La forêt ivre et la cité engloutie

La Russie, en tant que plus vaste pays du monde, recèle une impressionnante proportion de lieux étonnants qui ravissent les passionnés du dark tourism. Les immenses chantiers soviétiques, parfois abandonnés du jour au lendemain, n’y sont d’ailleurs pas pour rien, et on ne compte plus les bases militaires désertées et autres villes fantômes. Le trou creusé dans le sol jusqu’à douze kilomètres de profondeur au nord d’Arkhangelsk, que j’ai évoqué dans une précédente chronique, est un des exemples de ces chantiers laissés de côté : une fois que la vis se fut tordue, on vissa une plaque au-dessus du forage pour le fermer, et le reste fut laissé tel quel.

Il arrive que la mort d’une ville soit prononcée par les autorités, comme ce fut le cas pour Kaliazine. Ce village situé à quelques heures de train de Moscou fut en partie déplacé sur une partie plus en hauteur, puis submergé par les eaux du réservoir d’Ouglitch lors de sa mise en service. Longtemps, on vit dépasser les bulbes du monastère englouti, qui fut finalement démantelé. Aujourd’hui, seul le clocher dépasse encore, et il est possible d’en faire le tour en barque.

Par-delà les lieux abandonnés ou disparus, la Russie abrite aussi des trésors de mystères, et plusieurs endroits ont une réputation magique. Dans Moscou même, au parc de Kolomenskoïe, se trouve un ravin appelé « ravin Golossov », au-dessus duquel plane une légende étonnante. On raconte qu’en 1621, un détachement de Tatars portant des armures du siècle précédent émergea, ahuri de ce ravin, et expliqua au tsar qu’il fuyait des poursuivants lors de l’assaut de Moscou de 1571.

Descendus dans ce ravin pour quitter la ville par le sud, ces hommes avaient été enveloppés d’un épais brouillard, et en étaient ressortis après quelques minutes pour découvrir que cinquante années s’étaient écoulées. L’enquête commanditée par le tsar statua qu’ils disaient probablement la vérité. Depuis, d’autres témoignages de voyages dans le temps furent rapportés, au point que les Soviétiques menèrent à leur tour une enquête, qui ne donna rien.

Non loin de Moscou, aux abords de la vieille cité de Riazan, se trouve un autre lieu qui excite les imaginations : la « forêt ivre », appelée aussi « forêt qui danse ». Pour des raisons difficilement explicables, ses arbres poussent tous de la même manière tordue, formant à leur base une sorte de S ; nombreux sont les curieux qui viennent y chercher des traces éventuelles d’extra-terrestres.

On rencontre également des passionnés de mystère aux environs de Nijni-Novgorod, au bord des eaux transparentes du lac Svetloïar. Selon certains, ce serait là l’emplacement de Kitej, « l’Atlantide russe » : au XIIIe siècle, les Mongols, qui s’étaient emparés de la région, arrivèrent à Kitej pour prendre cette ville à son tour, et la légende dit que la ville devint invisible aux yeux des mécréants. Seuls les « purs » peuvent en voir, parfois, le reflet dans les eaux du lac et entendre le carillon de ses cloches.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *