Quel avenir pour le tourisme en Russie après le Mondial ?

La Coupe du monde de football en Russie a attiré dans le pays un flux de visiteurs sans précédent, dans un pays qui ne se voit pas lui-même comme une destination touristique et auquel l’accès est habituellement compliqué par un strict régime de visas. L’organisation de la Coupe du monde sera-t-elle un événement sans lendemain ou marquera-t-elle le début d’une nouvelle ère pour le secteur touristique russe ?

La Coupe du monde 2018 a attiré en Russie un flux de touristes sans précédent : plus de 3 millions de personnes se sont rendues dans les stades. D’après la FIFA, plus de cinq cent mille visiteurs étrangers ont assisté à l’événement. Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev évoque, lui, le chiffre de trois millions de visiteurs en incluant les touristes venus profiter de l’ambiance de la compétition sans pour autant se rendre au stade.

Quel que soit le chiffre exact, la compétition a été une indéniable réussite touristique pour la Russie. D’après Oleg Safonov, directeur de l’Agence fédérale du tourisme, la Russie a accueilli des ressortissants de plus de cent pays différents. Moscou et Saint-Pétersbourg ont enregistré une augmentation de 20 %. Mais c’est dans les villes de province que la hausse a été la plus impressionnante. Kaliningrad, ville encore interdite aux étrangers il y a moins de trente ans, a connu une multiplication par dix du nombre de touristes par rapport à la même période l’année précédente. À Saransk, la hausse est même de 1 678 % ! En moyenne, l’augmentation est estimée à 74 % dans les villes organisatrices.

Mais une fois la compétition terminée, quel avenir attend le tourisme en Russie ?
L’organisation de la Coupe du monde était pour la Russie l’occasion de faire découvrir au monde ses richesses culturelles et historiques. Des investissements importants ont été consentis pour permettre au secteur touristique de se développer de façon continue : environ la moitié des 800 milliards de roubles consacré aux préparatifs de la compétition ont été dévolus à l’amélioration des infrastructures. Pour Oleg Safonov, « la tenue de la Coupe du monde a permis de créer une infrastructure touristique de très grande qualité, qui continuera à servir après le Championnat ».
« Le monde découvre notre pays sous un nouveau jour », ajoute M. Safonov. Cette image d’une Russie plus ouverte et moderne commence déjà à porter ses fruits. D’après le quotidien britannique Telegraph, les recherches de vol entre le Royaume-Uni et la Russie ont augmenté de 76 % après le Mondial.

Une croisière sur le lac de Kenozero. Crédits : kenozero.ru
Une croisière sur le lac de Kenozero. Crédits : kenozero.ru

Pourquoi la Russie n’est-elle pas une destination touristique établie ?

Pour Gilles Chenesseau, directeur commercial de Tsar Voyages, agence spécialisée dans les voyages en Russie, les Russes sous-estiment le potentiel touristique de leur propre pays : ils « ne comprennent pas que des gens puissent revenir pour le tourisme, c’est un manque de confiance dans sa propre capacité à attirer des gens. Si des étrangers veulent revenir en Russie, on les soupçonne aussitôt de s’y rendre pour affaires. La Russie ne se perçoit pas comme une destination touristique, il faut que cela change. »
Le pays s’attend à une augmentation de 15 % du tourisme étranger sous l’effet combiné du retentissement international de la compétition et du bouche-à-oreille. « Les fans vont rentrer chez eux et raconter quel bon moment ils ont passé », a déclaré la vice-Premier ministre Olga Golodets.

Tout le monde n’est pas aussi optimiste. L’agence de notation Moody’s a averti avant le tournoi qu’une augmentation des revenus du tourisme lors de la Coupe du monde n’apporterait qu’une contribution « éphémère » à l’économie et que de nombreuses régions d’accueil auraient du mal à conserver leur attrait touristique. Certaines sont trop difficiles d’accès, trop froides, ou souffrent de la concurrence directe de destinations plus séduisantes. Ajoutons que la fin de la Coupe du monde signifie également celle des trains modernes gratuits vers ces villes.

L’obstacle principal au développement du tourisme en Russie reste le système de visas, qui crée une double barrière : économique (il faut compter une centaine d’euros pour une entrée), mais aussi bureaucratique (au moins une semaine d’attente et un nombre élevé de documents à fournir). L’une des raisons du succès de la Coupe du monde est le régime sans visa instauré par le gouvernement russe pour les supporters. Tout détenteur d’un billet pour l’un des soixante-quatre matchs de la compétition pouvait s’enregistrer en ligne pour obtenir un « Fan ID », sésame dispensant son porteur de la plupart des formalités.

Le Fan ID Center de Kazan. Crédits : Twitter
Le Fan ID Center de Kazan. Crédits : Twitter

Un nouveau système d’obtention de visas

Si la fin de la compétition est synonyme de retour en force des visas pour la Russie, le pays vient de prendre une initiative dans le bon sens. Un nouveau système de visas, délivrés à l’entrée du territoire, est expérimenté depuis plusieurs mois dans l’Extrême-Orient russe, avec des résultats satisfaisants. Il va maintenant être étendu à l’« exclave » de Kaliningrad. « Nous espérons que ce système sera ensuite généralisé à tout le pays », confie Oleg Safonov. À terme, certains espèrent que la Russie prendra la même décision que l’Ukraine, qui, après l’Eurovision 2005, a aboli le régime des visas pour tous les citoyens de l’Union européenne.

Un geste symbolique important a par ailleurs été annoncé par Vladimir Poutine dès la fin officielle de la compétition, le 15 juillet : « Les étrangers détenteurs de Fan ID pourront entrer sans visa dans la Fédération de Russie jusqu’à la fin de l’année. » Cette initiative converge avec la proposition du gouvernement russe d’accorder des subventions aux agences de voyages faisant venir des touristes en Russie, sur le modèle des systèmes existants en Turquie ou Israël.

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