Le prix de l’essence s’envole

Le prix du pétrole augmente dans le monde, celui de l’essence russe également ‒ cette dernière, à un rythme record. Pour quelle raison ?

« Regardez moi ça ?! Le sans-plomb 95 à 46 roubles (0,63 euro) le litre ! », s’énerve le chauffeur de taxi alors que nous passons à côté d’une station-service moscovite.

Depuis quelques mois, le prix du carburant à la pompe augmente à un rythme sans précédent : de 13 % en avril par rapport au mois de mars, d’après l’Agence fédérale de statistique Rosstat, alors que l’an dernier, sur la même période, cette hausse n’était que de 4,9 %.

Les Russes en colère

En province, les habitants, excédés par la situation, commencent à manifester leur mécontentement, un phénomène très rare dans la société russe. Le 31 mai, les habitants de Novossibirsk ont ainsi défilé en arborant des pancartes avec les slogans suivants : « Non aux prix exorbitants sur le carburant » ; « Le carburant trop cher dévore la Russie » ; « L’essence au prix américain pour le niveau de vie du Honduras » ; « Vous fabriquez votre carburant dans des mines d’or ? »… D’autres manifestations se sont déroulées dans la région d’Irkoutsk, au Daghestan, à Omsk et, selon Kommersant, de nouvelles actions sont prévues dans les jours à venir dans plusieurs régions de Russie.

Manifestation contre l'augmentation des prix de l'essence à Omsk, le 1er juin. Crédits : Youtube
Manifestation contre l’augmentation des prix de l’essence à Omsk, le 1er juin. Crédits : Youtube

L’offre est en berne sur le marché russe et les prix grimpent à la pompe

Il existe plusieurs explications à cette hausse du prix de l’essence. « Les sociétés pétrolières se sont mises à augmenter leurs prix tout en réduisant les livraisons de carburant sur le marché intérieur. L’exportation de produits pétroliers est en effet plus rentable pour elles », explique l’analyste Boris Grozovski. Résultat : l’offre est en berne sur le marché russe et les prix grimpent à la pompe.

« Notre analyse montre que l’offre en produits pétroliers est insuffisante », confirme Anatoli Golomolzine, directeur du Service fédéral anti-monopole (FAS). Pour lui, Rosneft, la plus grande compagnie pétrolière russe, est la principale responsable de la chute des ventes.

Le FAS a adressé un avertissement à Rosneft, lui ordonnant de livrer plus d’essence sur le marché russe avant le 8 juin. D’autres compagnies pétrolières, comme Surgutneftgaz et Tatneft, sont également concernées.

Rosneft a vivement réagi aux critiques. Selon son porte-parole, Mikhaïl Leontiev, le FAS « stigmatise » l’entreprise. Selon lui, c’est à cause de la politique fiscale russe qu’il est devenu plus intéressant pour les pétroliers d’exporter du carburant sur les marchés étrangers. D’après les données de la Bourse internationale des matières premières de Saint-Pétersbourg (SPIMEX), une tonne de diesel rapporte actuellement 686 euros dans la région de Moscou, et son prix à l’export, une fois déduits les taxes et les coûts de transport, 744 euros. Pour M. Leontiev, seule une restructuration de la fiscalité du secteur pétrolier pourrait changer la situation.

Mikhaïl Leontiev, porte-parole de Rosneft. Crédits : Youtube
Mikhaïl Leontiev, porte-parole de Rosneft. Crédits : Youtube

Des mesures fiscales d’urgence afin d’éviter les troubles

Le ministre de l’Énergie Alexandre Novak a organisé une rencontre entre des représentants du FAS, du ministère des Finances et les dirigeants des grandes sociétés pétrolières.

Selon les médias, un accord entre les parties, visant à geler les prix du carburant pendant un mois, aurait été trouvé à l’issue de cette réunion. En échange, le gouvernement s’est engagé à réduire, à partir du 1er juin, les taxes qu’il prélève sur l’essence et le diesel.

Si la situation des automobilistes pourrait donc s’améliorer à court terme, le budget du pays ‒ qui dépend en grande partie des taxes prélevées sur les entreprises énergétiques russes ‒ risque d’être, quant à lui, sérieusement amputé. Selon le ministère des Finances, la baisse des taxes annoncée devrait se traduire par un trou de 140 milliards de roubles (1,93 milliard d’euros) pour les caisses de l’État.

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