Coupe du monde de football : Attention à la douche froide !

Chaque été, toutes les villes de Russie sont privées d’eau chaude pendant dix jours. Selon les fonctionnaires des services publics, cette coupure est effectuée « dans un but préventif », afin que le réseau fonctionne correctement et de façon ininterrompue pendant l’automne et l’hiver. Cette année, dans les villes accueillant les matchs de la Coupe du monde, les coupures devraient avoir lieu avant ou après le championnat de sorte que rien ne vienne nuire au confort des joueurs et des supporters. Ces aménagements sont toutefois loin de concerner tout le monde.

Dix jours sans eau chaude, c’est trois fois rien pour les Russes de l’ancienne génération qui, à l’époque soviétique, devaient se contenter d’eau froide pendant un mois entier au cours de l’été.

Aujourd’hui encore, les grandes villes du pays ‒ à commencer par Moscou et Saint-Pétersbourg ‒ continuent d’être alimentées en eau chaude à la soviétique : ce sont toujours d’immenses centrales thermiques qui réchauffent l’eau et la distribuent directement dans les immeubles. En clair, pas de besoin de ballon ou de chaudière, il suffit d’ouvrir le robinet, l’eau qui coule est déjà bouillante.

Un immeuble de l'époque soviétique, dit « Khrouchtchevka », à Moscou. Crédits : Jean Colet - LCDR
Un immeuble de l’époque soviétique, dit « Khrouchtchevka », à Moscou. Crédits : Jean Colet – LCDR

À l’occasion des Jeux olympiques de Moscou, organisés durant l’été 1980, les autorités avaient ordonné le report des coupures d’eau dans la ville afin que les athlètes et les visiteurs étrangers ne repartent pas avec une mauvaise impression de la capitale du socialisme mondial.

Quarante ans plus tard, bien qu’un certain nombre de citadins se soient dotés de chauffe-eau individuels, le même scénario se reproduit : aucune coupure d’eau chaude n’aura lieu à proximité des stades, des terrains d’entraînement et des hôtels dans les villes-hôtes de la Coupe. Certaines zones résidentielles font partie de ce « secteur favorisé », notamment à Moscou. « Les logements qui partagent le même réseau de chaleur que les sites sportifs et les hôtels ne seront pas non plus privés d’eau chaude pendant le championnat », assure le service de presse de la Société énergétique unie de Moscou.

Chantier de conduites d'eau, à Moscou. Crédits : mos.ru
Chantier de conduites d’eau à Moscou. Crédits : mos.ru

Pas d’eau chaude, pas de location

Toutefois, dans certains quartiers résidentiels moscovites, notamment celui attenant au stade Loujniki, l’eau devrait être coupée durant la première et la deuxième semaine du Mondial, soit à partir de la mi-juin. Une nouvelle qui risque de ne pas faire plaisir aux visiteurs, notamment aux étrangers ayant loué des appartements. Sachant que, selon les données officielles, 570 000 supporters assisteront à la Coupe du monde, ce désagrément devrait en toucher plus d’un.

À la veille du championnat, les prix des chambres d’hôtel dans les villes-hôtes ont déjà triplé voire quadruplé. Les supporters ont néanmoins pu compter sur des options bien plus accessibles proposées par des particuliers sur des sites comme Airbnb et Couchsurfing. Mais en raison de la coupure d’eau chaude annuelle, certains Moscovites ont été contraints de renoncer à héberger des invités. « Pendant la coupure, je ne louerai mon appartement à personne », explique Anton, un entrepreneur de 36 ans, contacté sur Airbnb. Il vit à côté de la station de métro Universitet, située non loin du stade Loujniki, où aura lieu le match d’ouverture de la Coupe ainsi que le dernier match de poule de la France, contre le Danemark. « Il vaut mieux que je profite de ces dix jours pour faire le ménage. », se résigne t-il.
Alexandre, rencontré lui aussi sur Airbnb, avait prévu de louer une chambre dans le quartier voisin. Il a également dû renoncer : « Les réservations sont fermées entre le 14 et le 23 juin inclus en raison d’une coupure d’eau chaude », a ainsi écrit le jeune homme dans la description de son offre de logement.

Appartement d'Anton, proposé sur Airbnb. Crédits : Airbnb
Appartement d’Anton proposé sur Airbnb. Crédits : Airbnb

Un team building à l’échelle nationale

Une partie des habitants de la capitale a malgré tout décidé d’héberger des hôtes. Vladislav, 22 ans, qui propose sur Airbnb une chambre près du stade Loujniki a pris les devants en achetant un chauffe-eau. « Tout le monde n’est pas prêt à une telle dépense » pour seulement une ou deux semaines de location, reconnaît-il. Et beaucoup de propriétaires envisageraient facilement de louer leurs appartements aux touristes sans même les avertir de l’absence d’eau chaude : « L’homme est un être avide », philosophe Vladislav.
« Dix jours par an, on peut bien aller se laver chez des amis, ou faire sa toilette chez soi à l’eau froide, s’amuse Alexeï, un informaticien âgé de 26 ans, qui héberge des couchsurfeurs. C’est un peu comme un team building à l’échelle nationale. »
Malgré la coupure d’eau chaude, Alexeï accueillera deux supporters américains, auxquels il a déjà annoncé la mauvaise nouvelle : « L’un des deux n’a pas encore réagi, l’autre a rigolé et a répondu : On trouvera bien une solution. »

Le stade Loujniki. Crédits : FIFA
Le stade Loujniki, où aura lieu le match d’ouverture de la Coupe. Crédits : FIFA

Un chauffe-eau qui vaut de l’or

Pour de nombreux Moscovites, louer son logement reste rentable malgré les dépenses occasionnées par l’achat d’un chauffe-eau. « Jugez vous-même : acheter un chauffe-eau coûte entre 100 et 300 euros, alors que louer un logement peut rapporter entre 1 000 et 3 000 euros », explique Svetlana Korneva, agent immobilier à Moscou. D’après elle, certains appartements de deux ou trois pièces rénovés et situés dans des quartiers prestigieux vont rapporter pendant le Mondial « entre 600 000 et 800 000 roubles (entre 9 000 et 11 000 euros), voire plus ».

Les loueurs d’appartement doivent impérativement installer un chauffe-eau, estime Elena, 59 ans, aujourd’hui à la retraite. Elle s’apprête à héberger des supporters venus d’Inde, du Mexique, de Colombie et de France : « Après tout, la vie continuera après le championnat : il est plus simple d’installer un chauffe-eau aujourd’hui et d’être ainsi débarrassé une fois pour toutes de ce problème d’eau chaude. », juge cette ancienne coiffeuse.

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