SPIEF : Les entreprises françaises toujours coincées dans le labyrinthe des sanctions

Alors que la France vote, tous les six mois, le renouvellement des sanctions économiques européennes contre la Russie, elle est, à l’instar du Japon, l’invitée d’honneur du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui se tient du 24 au 26 mai. Le président Emmanuel Macron qui, à cette occasion, effectue sa première visite en Russie en tant que chef de l’État, est attendu par les entrepreneurs français installés dans le pays.

Parmi la multitude des pavillons qui composent le SPIEF 2018, celui de la France est particulièrement imposant : son périmètre est occupé par les stands des plus grandes entreprises de l’Hexagone présentes en Russie, tandis qu’en son centre un bar permet de déguster la cuvée spéciale Saint-Pétersbourg d’une célèbre maison de champagne. L’endroit est devenu naturellement le point de rendez-vous des représentants français et russes du monde des affaires. Les sanctions occidentales sont, comme les années précédentes, au cœur des discussions, mais n’empêchent pas certains d’afficher un relatif optimisme :

« J’ai l’impression que l’atmosphère est meilleure actuellement que l’an dernier, compte tenu de la venue d’Emmanuel Macron et de Shinzō Abe [Premier ministre japonais] », commente un chef d’entreprise sous couvert d’anonymat. Le président français doit visiter le forum aujourd’hui, 25 mai. Il a été devancé par sa compatriote, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), présente à l’ouverture du SPIEF.
« Je pense que cette visite représente une belle opportunité pour renforcer les liens entre l’Europe et la Russie. Reste à savoir si nos dirigeants politiques y parviendront », estime Ghislain Lescuyer, directeur général de Saft, filiale de Total.

Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et le président russe Vladimir Poutine. Crédits : Kremlin.ru
Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et le président russe Vladimir Poutine. Crédits : Kremlin.ru

Les sanctions vont durer

De son côté, Albert Grigoryan, représentant d’Engie en Russie, espère que la visite d’Emmanuel Macron permettra d’« avancer sur les questions qui touchent aux intérêts de grandes entreprises comme la nôtre ». On peut le comprendre : Engie participe à la construction du gazoduc Nord Stream-2, un projet que l’administration américaine entend, par tous les moyens, faire échouer. La semaine dernière, au cours de sa rencontre avec Vladimir Poutine à Sotchi, la chancelière Angela Merkel a confirmé la volonté du gouvernement allemand de construire ce gazoduc qui contourne l’Europe orientale, notamment l’Ukraine, en passant par la mer Baltique.

Néanmoins, la perspective de se retrouver sous le coup de sanctions américaines ne réjouit pas les entreprises européennes parties prenantes du projet. M. Grigoryan espère ainsi que la visite d’Emmanuel Macron « permettra d’éclaircir certaines questions » sur le sujet.

Arrivée du président français et de son épouse au palais Constantin, à Saint-Pétersbourg. Crédits : Kremlin.ru
Arrivée du président français et de son épouse au palais Constantin, à Saint-Pétersbourg. Crédits : Kremlin.ru

D’autres participants, tout en saluant la présence du président français à Saint-Pétersbourg, ne pensent pas qu’elle apporte des changements significatifs pour leurs entreprises. « Les sanctions ne nous facilitent pas la vie. Nous partons du principe que cette situation va malheureusement durer », regrette un patron français sous couvert d’anonymat.

Nikolaï Kartasidi, directeur de la région nord-ouest chez Schneider Electric Russie, témoigne des difficultés à mener des affaires commerciales dans le contexte actuel : « Il est par exemple devenu plus difficile de se financer, car différents crédits sont inaccessibles. Ce financement limité entraîne à son tour une réduction du nombre de projets et profite à la concurrence. » Toutefois, « le défi des sanctions nous incite à proposer de meilleures solutions », note M. Kartasidi.

Un signal fort

L’entreprise Danone, dont les usines sont implantées depuis longtemps en Russie, ne rencontre pour sa part aucune difficulté à travailler dans le pays. « Ce n’est pas toujours évident pour le grand public, mais les entreprises françaises se développent très bien en Russie », affirme Marina Balabanova, vice-présidente régionale du géant français des produits laitiers. La visite du président Macron et de la délégation qui l’accompagne au SPIEF est un « signal fort » pour ces dernières, souligne Mme Balabanova.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *