Petite histoire de l’alphabet russe

Demain, 24 mai, sera célébrée en Russie et dans d’autres pays slaves la « Journée de l’écriture et de la culture slaves ». La date n’est pas choisie au hasard : elle correspond à la fête des saints Cyrille et Méthode, les pères de l’alphabet « russe » : on parle d’ailleurs d’alphabet « cyrillique », du nom du premier… qui s’est en réalité appelé Constantin toute sa vie, prenant Cyrille pour nouveau nom en devenant moine, un mois seulement avant sa mort ! Il semble, d’ailleurs, qu’il ne soit pas l’auteur du fameux alphabet. Alors, le cyrillique : info ou intox ? Faisons un petit voyage dans le temps pour traquer ses autres étrangetés…

L’alphabet cyrillique a été créé à la fin du IXe siècle à des fins d’évangélisation : en 862, un prince slave, Rostislav de Grande-Moravie, demanda à l’empereur de Byzance Michel III d’envoyer des missionnaires capables de prêcher dans la langue des Slaves. Pour évangéliser, il fallait traduire les Évangiles et les réécrire dans cette langue… or, ni le grec ni le latin n’avaient toutes les lettres susceptibles de rendre les sons slaves : la nécessité de créer un alphabet se fit donc vite sentir. On choisit pour cette tâche deux frères, Constantin et Méthode.

Avant l’alphabet cyrillique, ils mirent au point l’alphabet « glagolitique », totalement différent :

 

Alphabet Glagolitique. Crédits : DR
Alphabet glagolitique. Crédits : DR

 

Cet alphabet recèle de nombreux détails d’inspiration religieuse : la première lettre ressemble à une croix, quant aux lettres « i » et « s » (respectivement ligne 2, case 2 et ligne 3, case 4), elles ont la forme de petits poissons, le premier symbole chrétien : l’un avec la tête en bas, l’autre avec la tête en haut. Or, ce sont la première et la dernière lettre du mot « Issus », la version slave de « Jésus ».

 

Crédits : DR
Crédits : DR

 

L’alphabet cyrillique nous semble déjà plus proche, et il est facile de retrouver l’origine de la plupart des lettres : on en voit plusieurs issues du latin (T, M, O…), du grec (Х, П, Ф…), et même quelques-unes de l’hébreu (Ц, Ч, Ш). Mais le mystère demeure pour certaines, notamment la lettre Ж notant le son « J », comme dans « jupe » ou « gens ». Du haut-anglais au vieux-copte, on a tout imaginé sur la provenance de ce pictogramme étrange qui ressemble à une petite étoile ; le théologien Ambroise Iourassov a même émis l’hypothèse qu’il s’agissait de deux lettres grecques superposées : le I de Issus (Jésus) et le X de Xristos (Christ).

Chaque lettre avait un nom, comme en grec où nous connaissons la petite rengaine « alpha, bêta, gamma » : en russe, c’était « az, bouki, viédi, glagol », et ainsi de suite. Mais ce n’est pas tout : n’oublions pas qu’à l’origine, le but était d’évangéliser les peuples slaves, et, tout comme le glagolitique, l’alphabet cyrillique était donc pensé autour de l’enseignement religieux. Ces noms donnés aux lettres avaient un sens et, mises bout à bout, formaient les versets d’une prière. Chaque groupe de trois lettres formait une petite phrase, ce qui rendait l’alphabet plus facile à retenir tout en permettant de faire un peu de catéchisme.

L’alphabet cyrillique eut beaucoup d’autres aventures, notamment politiques : nous les explorerons la semaine prochaine. En attendant, n’oubliez pas, demain, de souhaiter à vos amis russes une bonne fête de l’écriture et de la culture slaves !

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