L’Entraîneur : le cinéma russe en quête d’une nouvelle identité

Fin avril, le film L’Entraîneur (« Trener »), un drame sur le thème du football, a pris la tête du box-office russe. Le jour de sa sortie en salle, la superproduction a engrangé la somme record de 42 millions de roubles (570 000 euros), détrônant le film Aller plus haut (« Dvijenie vverkh ») consacré aux joueurs de basket soviétiques. L’Entraîneur fait également partie des meilleures sorties cinéma dans les pays de la Communauté des États indépendants (CEI), où il a récolté un total de 530 millions de roubles (7 200 000 euros) en une semaine.

Cadre du film. Crédits : Kinoslovo / TriTe Studios / DK Entertainment
L’acteur Danila Kozlovski dans un cadre du film. Crédits : Kinoslovo / TriTe Studios / DK Entertainment

L’Entraîneur est le premier film réalisé par l’acteur Danila Kozlovski, qui en est également le scénariste, le coproducteur et l’acteur principal. Il a été tourné par le studio et distributeur de films Central Partnership avec la participation du studio TRITE de Nikita Mikhalkov, la chaîne de télévision Rossiya 1 et plusieurs sociétés de production russes. Si le film affiche une belle distribution (il est impossible de ne pas souligner le jeu de Danila Kozlovski ainsi que celui de l’éminent acteur russe Vladimir Iline), la participation de footballeurs professionnels a permis à l’œuvre d’être la plus proche possible de la réalité. Certains supporters de la populaire équipe moscovite Spartak ont même préféré ne pas aller voir le film parce que leur club préféré y perd en finale.

Un film sur l’âme russe

Force est de constater que les productions nationales dominent de plus en plus souvent le marché russe du cinéma, alors que récemment encore, les films occidentaux occupaient le devant de la scène, à Moscou et dans les grandes villes du pays. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Selon la critique, le cinéma russe est aujourd’hui en quête d’un concept national. Certains spectateurs étrangers ayant vu L’Entraîneur affirment par exemple que c’est un film sur le caractère, l’âme russe.

Standards hollywoodiens

Après s’être concentrées un temps sur le thème de la guerre, les sociétés de production russes se sont tournées vers le sport – Glace (« Liod »), Aller plus haut et maintenant L’Entraîneur –, un thème qui continue de gagner en popularité.

Cadre du film. Crédits : Kinoslovo / TriTe Studios / DK Entertainment
L’acteur Vladimir Iline dans un cadre du film. Crédits : Kinoslovo / TriTe Studios / DK Entertainment

Superproduction tournée selon les standards hollywoodiens, L’Entraîneur raconte l’histoire du footballeur russe Iouri Stolechnikov, qui dénonce les injustices du monde, et en particulier du monde du football professionnel. Le personnage principal est un rebelle qui, après avoir surmonté dignement toutes les embûches dressées sur son chemin, finit par l’emporter à la fin du film. Si cette trame est typique des films américains, elle est effectivement atténuée par l’« âme russe » et même les bagarres ont quelque chose de russe, comme dans les films de Nikita Mikhalkov.

L’Entraîneur ne contient presque aucune scène choquante ou violente. La majorité de l’action se déroule dans la province russe, dans la ville côtière de Novorossiïsk. À la fin du film, on peut entendre la chanson Eto vsio (C’est tout) de celui que de nombreux critiques de musique surnomment « le plus russe des rockeurs » : Iouri Chevtchouk et son groupe DDT. Bref, L’Entraîneur fait mouche en matière de russitude.

Danila Kozlovski raconte son film : « J’ai toujours voulu incarner le rôle d’un entraîneur de foot. »

Propos recueillis par R. Zalotoukha

Danila Kozlovski et Vitaly Mutko lors d'un match Russie - Côte d'Ivoire. Crédits : wikimedia
Danila Kozlovski et Vitaly Mutko lors d’un match amical Russie – Côte d’Ivoire. Crédits : wikimedia / soccer.ru

« Au début, je pensais uniquement produire L’Entraîneur. L’objectif était d’écrire l’histoire et de lui trouver le bon réalisateur. Mais ensuite, en travaillant sur le concept et sur le scénario, je me suis mis à imaginer le film, ses héros, ses couleurs, sa mise en scène et, à un moment, j’ai compris et senti à quoi il devait ressembler, y compris du point de vue stylistique et musical.

J’ai toujours voulu incarner le rôle d’un entraîneur de foot. Son comportement surexcité au bord du terrain, son environnement – des stades immenses remplis de milliers de fans –, tout cela m’attirait énormément en tant qu’artiste. J’ai parlé de ce projet à Pacha Rouminov, avec lequel je travaillais alors sur Statut : Libre (« Statout svoboden »), mon premier film en tant que producteur. Il m’a envoyé un synopsis qui m’a convaincu que l’histoire pouvait émouvoir et intéresser les spectateurs.

Je suis très reconnaissant envers nos amis sportifs : le FC Tambov, membre de la première ligue russe. Nous nous sommes rendus à Tambov, où nous avons rencontré les footballeurs et autres membres du staff de l’équipe. J’ai assisté aux matchs, discuté avec les entraîneurs, les médecins, la direction, les agents sportifs, les joueurs… Pourquoi le FC Tambov ? Parce que ce club a vécu l’histoire racontée dans le film : lui aussi, grâce à son ambition, est passé de la deuxième à la première ligue.

En tant que producteur, il m’importe de trouver pour chaque histoire son public. Je suis convaincu que si un film est raconté avec passion, avec l’âme et, surtout, s’il est vivant, il trouvera son public.

Notre film contient évidemment une dose d’ironie et porte parfois un regard négatif, en partie justifié, sur le football. Mais le football n’est pas le plus important ici. L’essentiel, c’est l’histoire personnelle des héros. Le football n’est qu’un prisme. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *