La détaxe russe à la conquête des touristes étrangers

Le système de détaxe instauré en Russie le 10 avril dernier permet aux touristes étrangers de se faire rembourser une partie de la TVA, à hauteur de 10 % sur les marchandises achetées dans le pays. Pour la Russie, dont le tourisme n’est pas, et de loin, la première source de revenus, l’adoption de ce système, déjà mis en place dans cinquante pays du monde, vise avant tout à améliorer son image.

La détaxe selon les pays. Crédits : DR
La détaxe selon les pays. Crédits : DR

Mathias est suisse. En visite en Russie pour quelques jours, il est allé au TsOUM, galerie commerciale de luxe située en face du théâtre Bolchoï. Il y a acheté deux flacons de parfum, pour un total de 30 000 roubles (390 euros). Grâce au nouveau système de détaxe, Mathias peut désormais se faire rembourser 3 000 roubles (39 euros). « C’est la troisième fois que je viens à Moscou. Et à chacune de mes visites, quand j’allais dans les magasins, je demandais quand fonctionnerait enfin un système de détaxe, explique le touriste helvète. Aujourd’hui, j’en bénéficie et je suis pleinement satisfait. » Pour autant, Mathias n’est pas certain que la Russie puisse un jour devenir une réelle « destination shopping », les prix des marchandises de luxe à Moscou étant sensiblement les mêmes qu’en Europe.

Toutes les villes hôtes de la Coupe du monde de football proposeront un système de détaxe aux visiteurs étrangers

Pour récupérer la facture qui lui permettra de bénéficier de la détaxe, Mathias se rend au quatrième étage du grand magasin, dans un bureau prévu à cet effet. Il y présente son passeport, ses achats et obtient sa facture en quelques minutes. On lui demande aussi de présenter la carte bancaire sur laquelle il pourra être remboursé dans un délai de deux semaines. À l’aéroport, au moment de son départ, Mathias n’aura plus qu’à faire tamponner sa facture et à la déposer à la douane.

Plus de quatre-vingts factures de détaxe ont été émises le jour même de l’instauration du système en Russie, qui ne fonctionne pour l’instant qu’à Moscou et Saint-Pétersbourg. D’ici au lancement de la Coupe du monde de football 2018, les neuf autres villes hôtes de l’événement devraient le proposer (dans une centaine de boutiques). À Moscou, le système fonctionnera dans les grandes galeries commerciales et des boutiques de luxe, situées dans le centre-ville.

Le remboursement suit la même procédure que dans tous les autres pays ayant adopté le système de détaxe. Pour en bénéficier, les touristes étrangers (à l’exception des ressortissants des pays membres de l’Union économique eurasiatique : Arménie, Biélorussie, Kazakhstan et Kirghizie) doivent effectuer des achats supérieurs à 10 000 roubles (130 euros) en un jour et dans un seul point de vente. La détaxe, toutefois, ne s’étend pas aux produits tels que les voitures, l’alcool, le tabac et le carburant.

« Pour la Russie, il s’agit d’une question d’image »

Pour Vadim Zasko, directeur de l’Institut de management fiscal et d’économie immobilière de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou, le système devrait bénéficier à tous les acteurs : « Les opérateurs toucheront leur pourcentage, les boutiques augmenteront leurs ventes et les touristes récupéreront une partie de leur argent. »

Toutefois, le remboursement de la TVA aux étrangers pourrait faire perdre au Fisc russe environ 200 millions de roubles par an (2,6 millions d’euros). Mais « pour la Russie, c’est avant tout une question d’image. Cela permet d’améliorer la perception du pays auprès des touristes étrangers », reconnaît Vadim Zasko.

Le gouvernement espère pourtant de larges retombées économiques. En 2016, le ministère de l’Industrie et du Commerce prévoyait que l’instauration de la détaxe pourrait accroître de 33 à 550 milliards de roubles (0,4 à 7 milliards d’euros) le volume des ventes au détail.

Elena Djandjougazova, enseignante à l’Université russe d’économie Plekhanov, estime que ces prévisions du ministère sont basées sur l’expérience des pays européens, où le remboursement de la TVA aux étrangers a effectivement donné des résultats satisfaisants. Or le contexte russe est très différent, juge-t-elle, et avant de parvenir à de tels chiffres, le pays devra « mener un travail de long terme » sur le développement du tourisme. Pour elle, la Russie doit avant tout créer « de bons produits touristiques régionaux, développer le tourisme gastronomique, événementiel, culturel et de découverte ». Tant que ce travail de fond n’aura pas été effectué, il est illusoire d’espérer des retombées économiques importantes. « Sur les cent trente pays qui perçoivent une taxe sur la valeur ajoutée, seuls cinquante ont adopté le système de détaxe. C’est le signe que tous les pays n’y trouvent pas un avantage sensible », souligne Elena Djandjougazova.

Une zone de détaxe dans le TsOUM. Crédits : DR
Une zone de détaxe dans le TsOUM. Crédits : DR

Quel sera l’impact sur le tourisme ?

La directrice de l’Association des tours opérateurs de Russie, Maïa Lomidze, est également sceptique : « Les étrangers ne vont pas multiplier leurs voyages en Russie simplement parce qu’ils peuvent se faire rembourser la TVA, estime-t-elle. En revanche, cette mesure peut effectivement rendre leur séjour chez nous plus agréable et les inciter à dépenser leur argent plus volontiers. Mais le pays, « en dépit de la chute du rouble, a peu de chances de devenir une destination de shopping tour », juge la représentante des voyagistes russes.

Chaque année, environ 25 millions de personnes visitent la Russie. Chacune dépense en moyenne, 77 000 roubles (1 000 euros), au cours de son séjour. Mais seulement 10 % (100 euros) de ses dépenses concernent le commerce de détail. Les touristes étrangers achètent essentiellement du caviar, des jouets en bois, des chocolats, des pains d’épices, du miel et des fourrures. Les plus gros acheteurs sont les touristes chinois.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *