Coupe du monde : la Russie est-elle dans les temps ?

À un peu plus de deux mois de la Coupe du monde de football (14 juin-15 juillet), de nombreux détails doivent encore être réglés avant l’arrivée d’un million et demi de supporteurs étrangers en Russie. Stades, fan zones et logements, les infrastructures prévues ne sont pas toutes opérationnelles. Pas de quoi inquiéter les autorités du pays pour autant.

L’annonce a été faite le 2 avril par le ministre de l’Intérieur russe, Vladimir Kokoltsev : la Russie va déployer une « police touristique » pendant la Coupe du monde de football. « Ces unités seront constituées d’agents du ministère de l’Intérieur qui parlent plusieurs langues. Si nécessaire, une formation supplémentaire leur sera proposée », a précisé la porte-parole de la police Irina Volk. Cette police spéciale sera déployée « autour des stades et des fan zones des onze villes hôtes » à partir du 25 mai et pour la totalité du tournoi. Une manière pour les autorités russes de rassurer au mieux les supporteurs étrangers des trente et une nations qualifiées qui se rendront en Russie dans quelques semaines.

Signalisation pendant le match Russie - Portugal de la coupe des confédérations 2017. Crédits : Jean Colet - LCDR
Signalisation pendant le match Russie – Portugal de la Coupe des confédérations 2017. Crédits : Jean Colet – LCDR

Depuis la Coupe des confédérations l’été dernier (17 juin-2 juillet 2017), les organisateurs mettent tout en œuvre pour accueillir, dans les meilleures conditions, la 21e édition de la plus grande compétition sportive de la planète. Les informations disponibles dans les stations du métro de Moscou ont été transcrites en caractères latins pour faciliter la compréhension des touristes étrangers et les arrêts sont annoncés aux voyageurs en anglais. Des autocollants de couleur permettront d’identifier aux guichets de vente les employés qui parlent la langue de Shakespeare. Dans les autres villes hôtes, toutes les affiches et les panneaux de signalisation dans les transports en commun devraient être traduits en anglais. Toutefois, la plupart des noms de rues demeurent indiqués en cyrillique, et la perspective de la Coupe du monde ne devrait rien y changer.

Six stades toujours pas homologués

La question la plus préoccupante reste l’achèvement des travaux dans les stades censés accueillir les soixante-quatre rencontres de la compétition. Six stades ne sont toujours pas opérationnels et les autorités ont demandé, en décembre dernier, un délai supplémentaire de trois mois à la FIFA (Fédération internationale de football association). Cinq enceintes sont achevées mais doivent encore passer ce mois-ci les tests de sécurité réglementaires (le stade de Kaliningrad, la Rostov Arena, le stade de Nijni-Novgorod, l’Arena Mordovia à Saransk et la Volgograd Arena). Du côté des organisateurs, on assure que le stade de Samara, le dernier en construction, sera prêt pour la rencontre Costa-Rica–Serbie prévue le 17 juin. Mais le temps est désormais compté. La date du match inaugural a été repoussée une première fois du 8 au 21 avril. L’ouverture du stade devrait maintenant se faire lors d’un match de deuxième division russe, le 28 avril.

Des ouvriers pendant la construction du stade de Samara. Crédits : FIFA
Des ouvriers pendant la construction du stade de Samara. Crédits : FIFA

Sur les douze stades des onze villes hôtes, seuls cinq sont donc entièrement prêts à accueillir la Coupe du monde. La Kazan Arena et le stade olympique Ficht de Sotchi sont homologués depuis cinq ans. Le stade Loujniki, qui accueillera le match d’ouverture (Russie – Arabie saoudite le 14 juin, et la finale le 15 juillet) a été entièrement rénové pour un coût total de 24 milliards de roubles (342 millions d’euros) et sa capacité a été portée à 81 000 personnes. L’autre site moscovite, l’Otkrytie Arena, accueille, depuis septembre 2014, les rencontres d’un des clubs de la capitale, le Spartak Moscou. À Saint-Pétersbourg, le stade Krestovski a beaucoup fait parler de lui. En forme de vaisseau spatial, cette enceinte ultramoderne, ouverte en 2017, a coûté un milliard et demi de dollars selon les chiffres officiels, ce qui en fait le stade le plus cher d’Europe. Sa construction aura duré dix ans.

Stade Krestovski, Saint-Pétersbourg. Crédits : Wikimedia
Stade Krestovski, à Saint-Pétersbourg. Crédits : Wikimedia

Les résidences d’étudiants ont été réquisitionnées pour loger les forces de police

Des fan zones sont également prévues dans chacune des villes hôtes. À Moscou, le lieu depuis lequel 40 000 supporteurs pourront regarder gratuitement les matchs dans une ambiance de fête, sera aménagé sur les monts des Moineaux au pied de l’Université d’État de Moscou, offrant une vue magnifique sur la capitale russe. En février, des étudiants et des professeurs de la prestigieuse université moscovite s’étaient pourtant opposés à cette installation devant leurs salles de cours. Une protestation qui a laissé de marbre les organisateurs : ils ont, depuis, demandé aux universités d’avancer les dates des examens de fin d’année et les résidences d’étudiants ont été réquisitionnées pour loger les forces de police du début du mois de juin à la mi-juillet.

Étudiante volontaire pour la coupe du monde 2018. Crédits : welcome2018.com
Étudiante volontaire pour la Coupe du monde 2018. Crédits : welcome2018.com

Les aménagements des fan zones sont plutôt bien avancés dans les autres villes hôtes, comme à Kazan où « la mise en place de réseaux d’infrastructures temporaires, de canalisations et de distribution d’eau ont commencé sur le site », indique l’administration municipale. À Samara, un match s’est tenu en décembre à l’emplacement de la future fan zone sur la place Kouïbychev, la plus grande place d’Europe. La prochaine phase d’aménagement prévoit l’installation de la vidéosurveillance et du Wi-Fi. À Sotchi, les préparatifs seront achevés « d’ici au 10 juin », soit à peine une semaine avant le début de la compétition, annonce l’administration du territoire de Krasnodar dans un communiqué. Pas de quoi affoler les autorités locales : « À ce jour, la préparation à l’événement se déroule conformément au planning. La fan zone accueillera jusqu’à dix mille personnes », assure le communiqué.

Stade olympique Ficht, Sotchi. Crédits : FIFA
Stade olympique Ficht, à Sotchi. Crédits : FIFA

Éviter un remake de « Sotchi 2014 »

Les logements pour les fans étrangers seront également scrutés. En 2014, durant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, des journalistes et des touristes européens avaient eu la mauvaise surprise de se retrouver dans des hôtels à peine terminés, parfois sans eau potable. Cette fois, l’exécutif a « mis la pression » sur le secteur hôtelier. Des voix se sont pourtant élevées ces derniers mois pour dénoncer le manque d’infrastructures d’accueil du pays. « Il n’en est rien. Tout sera prêt en temps et en heure », rétorque le Comité d’organisation de la Coupe du monde. Les prix des logements, eux, flambent déjà : sur la plateforme AirBnB, certains appartements sont disponibles les soirs de match à trente fois leur prix habituel.

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