Volgograd : Tu ne mordras point les footballeurs et les supporteurs

Volgograd s’apprête à accueillir la Coupe du monde de football. Afin de se montrer sous son meilleur jour, la ville se dote de nouvelles routes et se débarrasse de ses marchroutka (taxis collectifs) rouillées ainsi que de ses déchets. Pour éviter que les footballeurs et les touristes ne soient attaqués par des nuées de moucherons, qui, chaque année, dévorent sans merci la population locale, les autorités ont même décidé d’influer sur la nature. Explications avec Takie Dela.

Les moucherons se manifestent traditionnellement en juin, après la crue printanière, lorsque le barrage de Volgograd cesse d’évacuer l’eau apparue avec la fonte des neiges. Un mois également marqué par l’arrivée de la canicule dans la région. Le mercure peut alors atteindre les 30°C à l’ombre. Les températures et l’humidité élevées offrent des conditions propices à l’apparition de nuées de moucherons dans la plaine Volga-Akhtouba. Situé sur la rive gauche de la Volga, face à la ville de Volgograd, ce territoire unique – où l’on trouve une oasis, des forêts, des lacs et des bruyères – détient le statut de « parc naturel régional ».

La plaine d'Akhtouba, au sud de Volgograd. Crédits : Youtube
La plaine d’Akhtouba, au sud de Volgograd. Crédits : Youtube

À la différence des moustiques, les moucherons, dix fois plus petits, se nourrissent de chair humaine. Aucun remède n’existe contre ce fléau, que même les insectifuges ne permettent pas de repousser. La seule issue consiste à attendre que les moucherons disparaissent. Pour faciliter cette attente, les habitants de Volgograd et des environs s’enduisent de crème à laquelle ils ajoutent de la vanille. Ou bien diluent l’épice dans de l’eau dont ils s’aspergent. Difficile de dire si cette solution est efficace. Les villageois du coin lui préfèrent des remèdes plus radicaux : du DDT (insecticide chimique) et du pétrole, dont ils enduisent leurs vêtements et leurs moustiquaires. Aucun insecte ne se risquerait à s’approcher à moins d’un mètre de cette puanteur…

Le fléau des moucherons arrive par nuées. Crédits : forum.motolodka.ru
Le fléau des moucherons arrive par nuées. Crédits : forum.motolodka.ru

Crue artificielle

Craignant que l’invasion de moucherons ne donne une mauvaise image de la ville auprès des supporteurs, les autorités ont décidé d’avancer d’environ un mois la crue printanière et, par là même, l’apparition des insectes. 4,5 millions de roubles tirés du budget régional ont été alloués à des études qui devront permettre de fixer la date précise à laquelle l’eau pourra commencer à être déversée dans la plaine via la cascade Volga-Kama.

Pendant que les chercheurs font leurs calculs, le barrage de Volgograd a, lui, déjà commencé à évacuer l’eau. Selon les chiffres donnés par les responsables de la centrale hydroélectrique, entre 7 000 et 10 000 m3 d’eau par seconde ont été lâchés ces deux derniers mois, soit près d’une fois et demie le volume des années précédentes. Les écologistes tirent déjà la sonnette d’alarme : en raison du gel qui sévit encore dans la région, trop de neige se serait accumulée sur la Haute-Volga. L’eau relâchée par le barrage pourrait s’écouler au-dessus de la glace et du manteau neigeux et ne pas être absorbée par le sol, causant des dommages irréparables à la plaine Volga-Akhtouba.

« Réguler l’évacuation de l’eau afin d’avancer l’apparition des moucherons est une grosse bêtise. La régulation des ressources hydriques est soumise à des règles naturelles, avertit Vladimir Loboïko, président de l’Académie environnementale régionale de Volgograd. Pendant plusieurs millénaires, la plaine Volga-Akhtouba s’est habituée à ces règles, que nous violons artificiellement avec le barrage, simplement pour que les footballeurs et les supporteurs ne soient pas mordus par des moucherons . Ces insectes sont utiles à la région : ils nourrissent les oiseaux et les poissons. »

Une élimination inhumaine des chiens

Depuis quelques mois, des messages apparaissent dans différents quartiers de Volgograd, appelant les habitants à vacciner leurs animaux de compagnie contre la rage. De leur côté, les médias locaux rapportent régulièrement des histoires effrayantes sur des humains attaqués par des meutes de chiens. Résultat : les autorités municipales ont reçu pour mission de débarrasser les rues des quelque 7 000 chiens errants qui s’y trouvent, et ce quels que soient les moyens.

« Ces récits ont surgi de nulle part, après que les défenseurs des animaux ont soulevé la question des méthodes d’élimination des chiens errants, à l’approche du Mondial. Personnellement, je ne connais aucun cas de rage à Volgograd », s’insurge Angela Makarova, directrice du Fonds régional pour la protection des animaux et du seul refuge pour chiens de la ville.

Des chiens errants dans les rues de Volgograd. Crédits : Ufo snake
Des chiens errants dans les rues de Volgograd. Crédits : Ufo snake

« Nous avons passé un accord avec les autorités municipales, elles assurent qu’elles ne toucheront pas aux chiens dont nous nous occupons. En échange, nous devons les stériliser et leur mettre une puce, le tout à nos frais. Malheureusement, il ne s’agit que d’un accord oral, explique Mme Makarova. Nos bénévoles ont déjà vu des chiens être abattus alors qu’ils portaient un collier avec les cordonnées de notre association. L’abattage des animaux errants est autorisé si ceux-ci se montrent agressifs. Or, comment prouver que le chien n’a pas fait preuve d’agressivité ? ». Un abattage réalisé, selon elle, de façon tout à fait inhumaine: « On injecte du poison aux chiens, qui meurent d’étouffement dans la demi-heure. Le seul moyen efficace de réduire la population canine dans la ville est la stérilisation, c’est-à-dire la création artificielle d’une crise démographique. Mais celle-ci doit être réalisée plusieurs années en amont, et non quelques mois avant le Mondial. »

La fumée des usines au secours des fans de football

A Volgograd, de grands panneaux montrant de jolies vues de la ville et de la Volga ont commencé à apparaître sur les palissades des chantiers de longue durée et les façades décrépies des immeubles et des usines.

Le stade de Volgograd en construction en mars 2017. Crédits : Tatiana Zoubkova
Le stade de Volgograd en construction en mars 2017. Crédits : Tatiana Zoubkova

Début février, sur le mur de l’usine Krasny Oktiabr, située à côté du nouveau stade où auront lieu les matches du Mondial, a été accrochée la pancarte « Krasny Oktiabr a choisi : Vladimir Poutine ». S’il est peu probable que l’apparition de l’affiche soit liée à la Coupe du monde, elle sert toutefois à cacher un trou dans le mur. D’ailleurs, l’usine, qui pollue régulièrement l’air de la ville, cessera ses activités lors du championnat. Cela afin que la fumée rousse qu’elle rejette en raison de l’absence de système moderne d’épuration des gaz ne recouvre les joueurs et les supporteurs. On peut le regretter. En laissant se répandre ce nuage sur le stade, on pourrait éloigner les moucherons des fans de foot

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