Un Salon du Livre au top !

La 38e édition du Salon du Livre de Paris (15-19 mars) s’est distinguée par une fréquentation en hausse. L’affluence a été au rendez-vous avec une augmentation du nombre de visiteurs de 7% par rapport à 2017, et une présence remarquée du jeune public. Plus de 30 000 participants aux conférences et débats ont témoigné de l’enthousiasme des visiteurs pour le livre et la lecture, ainsi que de leur attachement à la diversité éditoriale et à la liberté d’expression.

La Russie, pays invité d’honneur, a séduit un large public qui a pu découvrir la littérature russe dans toute sa diversité. L’excellence de la programmation et la qualité des auteurs du Pavillon russe l’ont emporté sur l’actualité politique internationale.

Il était très attendu, ce Salon du Livre 2018, avec pour invitée d’honneur la Russie. Le précédent (2005) avait laissé le souvenir de rencontres, de tables rondes et de débats pour lesquels on refusait du monde. Il avait aussi laissé le souvenir de ventes de livres phénoménales.

L'une des auteurs les plus attendus, Gouzel Iakhina dont l'ouvrage Zouleikha ouvre les yeux a reçu un accueil très enthousiaste. Crédits : Salon du Livre de Paris
L’une des auteurs les plus attendus, Gouzel Iakhina dont l’ouvrage Zouleikha ouvre les yeux a reçu un accueil très positif. Crédits : Salon du Livre de Paris

Treize ans après, l’inquiétude était vive. En treize ans, bien des choses avaient changé : les relations entre la France et la Russie s’étaient détériorées, il y avait eu les sanctions, les contre-sanctions ; côté français, en outre, la lecture n’avait plus le vent en poupe. Les organisateurs avaient beau se répéter que le public français était loin d’être idiot, que son intérêt pour la Russie et la littérature était toujours aussi vif, ils n’en étaient pas rassurés pour autant.

Une organisation titanesque

Le choix des écrivains de la délégation avait pris beaucoup de temps, nécessité nombre de discussions – au demeurant sympathiques et sereines – entre les parties française et russe, dans une volonté commune d’offrir au public les représentations les plus variées en termes de styles, genres, opinions, générations… Que certains aient préféré venir indépendamment de la délégation (Lioudmila Oulitskaïa) ou ne pas venir du tout, refusant de côtoyer des collègues de plume dont ils ne partageaient pas les valeurs (Vladimir Sorokine, Sergueï Lebedev) n’a pas empêché leur « présence », ne fût-ce que par le biais de leurs livres.

Une partie des écrivains, arrivés plus tôt en France, avait pu rencontrer des lecteurs en province et dans des médiathèques à Paris, élargissant ainsi l’audience du Salon.

Le stand russe. Crédits : Salon du Livre de Paris
Le stand russe. Crédits : Salon du Livre de Paris

Il faut, en outre, saluer l’immense travail effectué par la librairie du Globe, chargée du stand de la Russie, très élégant et extrêmement bien fourni en éditions russes et françaises. Précisons que les vingt jeunes libraires qui tenaient le stand avaient eu droit à sept heures (en une journée) de formation sur la littérature russe.

Le programme des manifestations enfin, tant russe que français, devait permettre au public d’assister à de nombreux débats et rencontres sur les thèmes les plus variés. Mais y aurait-il du public ?

À quelques minutes de l’ouverture

Tout est prêt, bientôt les portes du Salon vont s’ouvrir. Pas d’inquiétude particulière : le jour de l’inauguration, il y a toujours un monde fou, plus par intérêt pour les cocktails servis sur les stands, il est vrai, que pour les livres. Ajoutons les officiels, qui, comme au Salon de l’Agriculture qui s’est tenu au même endroit quinze jours plus tôt, ne manquent pas de se montrer. Cette fois, il est question que le président de la République s’entretienne avec quelques écrivains russes, soigneusement choisis.

Le président français en visite du Salon du Livre. Crédits : Salon du Livre de Paris
Le président français en visite au Salon du Livre. Crédits : Salon du Livre de Paris

Las, on apprend bientôt que le président sera bien là, mais qu’il ne viendra pas sur le stand de la Russie ! Et, en effet, le président arpente longuement le Salon, en évitant scrupuleusement les invités d’honneur. Quitte à paraître mesquin, il nous semble important de préciser que l’on paie des sommes folles pour avoir l’honneur d’être invité d’honneur au Salon du Livre de Paris…

Le moral des troupes – écrivains, organisateurs… – est en berne à la fin de ce premier soir. Tout a très mal commencé. Quelle sera la suite ? Mystère !

Il faut que ce Salon soit une réussite !

C’est un peu le mot d’ordre tacite en ce premier jour d’ouverture au « vrai » public (il faut une invitation spéciale pour assister à l’inauguration). Et le vrai public répond présent dès le matin, ce qui est inhabituel.

Tous, écrivains, exposants, modérateurs, lecteurs sont mobilisés. Des visiteurs viennent spécialement présenter, en leur nom propre, des excuses aux Russes qui, de leur côté, se serrent les coudes, oubliant leurs divergences, comme chaque fois qu’ils ont l’impression d’avoir été insultés par une puissance étrangère.

Tournoi d'échecs sur le stand russe avec Anatoli Karpov, champion du monde d'échecs de 1975 à 1985 et de 1993 à 1999. Crédits : Salon du Livre de Paris
Tournoi d’échecs sur le stand russe avec Anatoli Karpov, champion du monde d’échecs de 1975 à 1985 et de 1993 à 1999. Crédits : Salon du Livre de Paris

De jour en jour, les visiteurs se font plus nombreux. Les scènes et autres agoras, russes et françaises, grandes et petites, semblent autant d’aimants pour le public. On y présente des romans, des essais, des éditions académiques, des livres pour enfants… On y expose le projet des cent livres de la Bibliothèque russe. On y parle philosophie, politique intérieure et internationale, traduction, littérature aussi, cela va de soi. On y évoque l’avenir de la Russie et du continent européen. On y réfléchit sur le passé, le présent. On répond aux questions des visiteurs : qu’en est-il de la censure ? Et de l’autocensure ? Que penser du résultat, connu d’avance, de l’élection présidentielle ? On célèbre le bicentenaire d’Ivan Tourgueniev et le centenaire d’Alexandre Soljénitsyne devant une foule attentive. Marrant : il n’y a pas si longtemps, Soljénitsyne était honni comme le réac de service… Des auteurs (Yana Vagner, Alice Danchokh…) présentent leurs livres à des élèves de collège, impressionnés et ravis. On organise un procès ludique d’Anna Karénine : est-elle ou non coupable ? Zut, si j’assiste au procès, je loupe l’hommage à Vladimir Vyssotski. Impression de n’avoir pas assez de temps pour tout, de courir en permanence d’un bout à l’autre du Salon pour tenter de manquer le moins de choses possible.

Le Salon du Livre de Paris a également célébré le centenaire de Soljénitsyne. Crédits : Salon du Livre de Paris
Le Salon du Livre de Paris a également célébré le centenaire de Soljénitsyne. Crédits : Salon du Livre de Paris

En quarante-huit heures, le coût du stand russe (dans les cent mille euros) est remboursé par les achats de livres. Les deux jours suivants sont pur bonheur pour les libraires qui ne tiennent plus sur leurs jambes. Les éditeurs exposants sont contents, eux aussi : ce Salon marche bien en termes de vente.

Lundi soir, dernier jour, 17 heures. Les Russes invitent les Français à un pot sur leur stand pour fêter ce qui est une réussite plus grande encore que le Salon de 2005. Décidément, la Russie et sa littérature passionnent toujours la France.

19 heures : le Salon ferme ses portes. C’est fini. Ouf, on va pouvoir se reposer. Non, il faut, en trois heures, démonter les stands et tout débarrasser. Le repos sera pour demain.

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