Les programmes économiques des candidats à la présidentielle 2018

Il y a seulement sept programmes pour huit candidats : le président en exercice, Vladimir Poutine, ne dévoilera le sien qu’après l’élection. Quant à ses concurrents, leurs propositions économiques varient entre réformes sociales radicales au parfum collectivistes et recettes libérales classiques. Recettes dont pourrait fort bien s’inspirer l’éternel locataire du Kremlin.

Les « 20 avancées » de Groudinine

Le principal candidat de gauche, le représentant du KPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie) Pavel Groudinine, arrive loin derrière Vladimir Poutine mais en deuxième position dans les intentions de vote. Son programme, baptisé « 20 avancées », appelle à réaliser « un virage à 180° depuis le capitalisme oligarchique vers l’État social ».

Pour ce faire, il propose de nationaliser les secteurs de l’industrie d’importance stratégique, l’énergétique, les chemins de fer et les grandes banques, ainsi que d’établir un monopole d’État sur la production et la vente de spiritueux.

Le programme de Pavel Groudinine plaide aussi pour une sortie de la Russie de l’OMC et une augmentation de la part de l’industrie manufacturière de 20 % à 80 %.

Se fixant pour « tâche historique » la renaissance de la province russe, le candidat communiste promet de soutenir les villes moyennes et les villages. Il souhaite également contrôler les prix des produits et marchandises de première nécessité et les tarifs des taxes communales.

L'usine La faucille et le marteau à Moscou, fermée en 2011. Crédits : Artem Svetlov - Flickr
L’usine La faucille et le marteau à Moscou, fermée en 2011. Crédits : Artem Svetlov – Flickr

Plus radical que radical

Les candidats du parti nationaliste conservateur Union du peuple russe, Sergueï Babourine, et des Communistes de Russie, Maxime Souraïkine, ont aussi des programmes de gauche, comportant une très forte dose de populisme.

S’il est élu, Souraïkine promet de mettre en œuvre le programme « Dix attaques staliniennes contre le capitalisme et l’impérialisme américain »

Sergueï Babourine plaide pour une remise en question des résultats des privatisations des années 1990, l’introduction de l’impôt progressif et l’indexation des retraites. Il propose également la création de zones économiques spéciales en Crimée et la formation d’un gouvernement de coalition anticrise alliant toutes les forces parlementaires.

Souraïkine se positionne comme le candidat « exclusivement des classes laborieuses, un président de classe, le président des pauvres contre les riches ». Il promet, s’il est élu, de mettre en œuvre un programme, élaboré par son parti, baptisé : « Dix attaques staliniennes contre le capitalisme et l’impérialisme américain ». Le document appelle au rétablissement de l’URSS, intégrant la Biélorussie et l’Ukraine, au retour à la voie socialiste et à l’instauration dans tout le pays du pouvoir des Soviets, assorti du démantèlement de toutes les banques commerciales.

Maxime Souraikine aux commémorations de la mort de Lénine en janvier 2018. Crédits : 360
Maxime Souraikine aux commémorations de la mort de Lénine en janvier 2018. Crédits : 360

« Pour les Russes et les autres peuples de Russie »

Le candidat populiste et nationaliste Vladimir Jirinovski, éternel provocateur, se présente à la présidentielle pour la sixième fois. L’économie n’est indubitablement pas le principal cheval de bataille du candidat du LDPR, qui doit ses précédents résultats électoraux à des slogans tapageurs et des coups d’éclat scandaleux.

Son programme économique est plutôt de gauche, avec une forte dose de populisme. Jirinovski réclame principalement la remise en question des résultats des privatisations des années 1990, l’effacement de la moitié des dettes des petites fermes et exploitations agricoles, la nationalisation des réseaux de production et de vente d’alcool, de tabac et de sucre.

Pour soutenir les petites entreprises, le chef du LDPR propose de diviser leur loyer par dix dans toute la Russie et de les exempter totalement d’impôts pendant deux ans. Par ailleurs, il souhaite introduire un salaire minimum de 15 000 roubles et un salaire maximum de 150 000 roubles. Il promet en outre d’éradiquer la corruption à la racine en obligeant les hommes d’affaires versant des pots-de-vin à rembourser « ce qu’ils ont volé » au centuple.

Jirinovski souhaite effacer la moitié des dettes des petites fermes russes. Crédits : Pinterest
Jirinovski souhaite effacer la moitié des dettes des petites fermes russes. Crédits : Pinterest

L’aile droite

Trois candidats à la présidence soutiennent des idées libérales de droite : le leader du parti Iabloko Grigori Iavlinski, le délégué aux droits des entrepreneurs et leader du Parti de la croissance Boris Titov et la candidate « contre tous » Ksenia Sobtchak.

Les programmes économiques des dirigeants de Iabloko et du Parti de la croissance sont détaillés dans des documents de nombreuses pages. Boris Titov a élaboré sa « Stratégie de croissance » avant de présenter sa candidature, en 2017, quand le président l’avait chargé d’avancer des propositions de développement économique.

Pour la plupart des observateurs, c’est précisément pour promouvoir ses idées auprès du Kremlin que Titov est entré dans la course présidentielle.

Le programme de Ksenia Sobtchak, baptisé « 123 étapes difficiles », est moins détaillé. La candidate ne l’a rédigé, avec l’économiste Vladislav Inozemtsev, qu’à l’automne 2017.

Ksenia Sobtchak présentant son programme. Crédits : Pinterest
Ksenia Sobtchak présentant son programme. Crédits : Pinterest

Grigori Iavlinski, qui a déjà brigué la présidence en 1996 et en 2000, propose de reverser les dividendes des grandes entreprises et corporations d’État au Fonds de retraites, de rétablir les emplois supprimés dans le secteur public, d’augmenter les dépenses consacrées à l’éducation, à la santé, à la culture et au sport de 8% à 17%, grâce à une réduction de 39% à 28% des dépenses liées aux grands projets publics coûteux, à l’armement et à l’administration. Le candidat de Iabloko plaide également pour une redistribution égalitaire des recettes fiscales entre l’État fédéral, les régions et les municipalités, avec 33 % pour chacun, et l’interdiction d’augmenter tous les impôts pendant six ans.

Les programmes des candidats de droite affirment l’inviolabilité de la propriété privée, un point qui n’avait jamais été mentionné dans les grandes exigences électorales en Russie.

Le programme de Titov plaide avant tout pour une meilleure gestion des finances publiques. Selon son équipe, le Trésor pourrait économiser 700 milliards de roubles (10 milliards d’euros), et la Banque centrale, plutôt que de procéder au sauvetage des banques privées, pourrait soutenir le crédit, le secteur social et le redressement de la production agricole. Pour assurer la croissance économique, le délégué aux droits des entrepreneurs propose de baisser les taux de crédit aux entreprises et aux particuliers, d’introduire une hypothèque à 5% et de limiter les tarifs des ressources naturelles.

Boris Titov lors d'une intervention dans son parti, le Parti de la croissance. Crédits : Parti de la croissance
Boris Titov lors d’une intervention dans son parti, le Parti de la croissance. Crédits : Parti de la croissance

La candidate « contre tous » Ksenia Sobtchak, enfin, propose de démilitariser et de débureaucratiser progressivement l’économie, en réduisant les dépenses consacrées à la Défense, à la police et au fonctionnement de l’appareil d’État. Elle réclame également la privatisation des grandes corporations et monopoles d’État et une modification radicale de la législation pour l’industrie et les services. Ksenia Sobtchak plaide pour une politique fiscale claire et prévisible, et un maintien de la tendance à la baisse de la charge fiscale sur les personnes juridiques.

Tous les programmes des candidats de droite, basés sur les principes de l’économie de marché, affirment l’inviolabilité de la propriété privée : un point qui n’avait jamais été mentionné dans les grandes exigences électorales en Russie.

Igor Nikolaev, directeur du département d’analyse stratégique du cabinet FBK Grant Thornton, commente les programmes des candidats à la présidence pour LCDR :

« Malheureusement, les électeurs russes n’ont pas l’habitude d’étudier les programmes des candidats à la présidentielle. Ils votent pour des personnalités, au mieux pour des slogans forts qui leur plaisent, mais pas pour des propositions concrètes. Pourtant, cette année, les programmes économiques sont plus satisfaisants que lors des précédentes élections.

C’est principalement dû à l’arrivée de nouveaux candidats, qui proposent des programmes élaborés. Celui de Boris Titov, en particulier, a été rédigé au cours des deux dernières années. Grigori Iavlinski, qui n’avait pas été autorisé à se présenter à la dernière élection, a dévoilé un plan d’action de 65 pages, qui est le fruit de l’ensemble de sa carrière politique. Pour le leader de Iabloko, les transformations économiques sont directement conditionnées au succès des réformes politiques.

Le programme de Sobtchak est intéressant, mais inachevé : visiblement, par manque de temps. L’économie n’y occupe qu’un peu plus de deux pages, alors que cet aspect exigerait une réflexion plus approfondie.

Les propositions économiques de Pavel Groudinine manquent également de profondeur. Il réclame par exemple la nationalisation des chemins de fer, soit, en pratique, de la société RJD, qui est déjà une entreprise d’État.

Tout le monde sait qu’aucun de ces candidats, même avec de bons programmes économiques, n’a de chances de l’emporter. Toutefois, si les électeurs s’intéressent à leurs propositions, ce dont témoigneront, évidemment, leurs pourcentages de voix respectifs, il est très possible que le vainqueur choisisse de les mettre en œuvre. Ce qui représentera déjà, pour eux, une victoire incontestable.

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