Les contes russes

Sredniéouralsk. Des cosaques présentent un spectacle dans lequel Dark Vador, après une discussion avec le héros des contes russes Ivan Tsarévitch, adopte les valeurs russes et devient cosaque.

Quel amoncellement d’incompréhensions dans cette brève pour l’Occidentale que je suis : pourquoi Dark Vador ? Pourquoi un cosaque ? Pourquoi Ivan Tsarévitch ? Pourquoi ces deux-là ensemble, comment, qui a pu imaginer un tel scénario ? Puis, me remémorant les contes russes que je connais, je comprends.

On a déjà beaucoup écrit sur l’univers étrange dans lequel gravitent des personnages pour le moins surprenant : Baba Yaga, la sorcière qui se déplace dans un mortier et vit dans une maison perchée sur des pattes de poules ; Kochtcheï, le sorcier impossible à tuer car son cœur est dans un œuf qui est dans un canard qui est dans un lapin qui est dans un coffre qui est dans la mer ; Ivan, qui peut être tsarévitch ou nigaud, mais est, quoi qu’il arrive, le dernier d’une fratrie de trois ; Kot-Baïoun, le chat conteur qui vit dans un chêne et joue de la musique sur une cithare avec ses petites pattes ; et une foule d’autres qui se croisent et se recroisent dans des situations toujours plus étonnantes.

Mais ce qui surprend avant tout le non-initié, c’est la manière dont se déroulent les contes : des événements parfois sans aucun rapport avec les autres se succèdent à un rythme effréné, la fin n’a aucun rapport avec le début, le personnage que l’on croyait principal ne l’est pas, en fait, et j’en passe.

Exemple : il y a ce héros, évidemment nommé Ivan, qui dort régulièrement plusieurs jours d’affilée (mais nous ne saurons rien de plus sur cette étrange maladie) et apprend à chaque réveil que quelqu’un lui a déclaré la guerre. Un jour, il part à la recherche d’un célèbre cavalier, le Paladin blanc : lorsqu’il le trouve, celui-ci est endormi, lui, depuis douze jours. Ivan se couche dans son lit et se rendort à son tour. Drôle de réflexe, me direz-vous : certes, mais l’intérêt de l’histoire n’est pas là. À leur réveil, nos deux héros se battent, puis se réconcilient, et partent ensemble délivrer une princesse retenue en otage par Baba Yaga, elle aussi, endormie depuis douze jours. Ivan lui tranche la tête avec son épée. « Frappe-moi encore ! », lance la tête en roulant sur le sol. Délivrée, la princesse explique qu’il existe une autre princesse plus belle encore, gardée par un dragon : le héros laisse donc celle-ci au Paladin blanc et part à la recherche de sa consœur. Vivra-t-il de nouvelles aventures ? Non, cette fois la conclusion arrive tout de suite : on est informé en une phrase qu’il est arrivé à temps, qu’il a tué le dragon et épousé la seconde princesse, merci et à bientôt.

Quid de sa narcolepsie initiale ? Pourquoi toutes ces guerres au début du conte ? Quel était le rôle du Paladin blanc ? Baba Yaga est-elle masochiste ? Tant de questions, et si peu de réponses : finalement, je n’aurais pas été autrement surprise d’y croiser Dark Vador.

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