Le vin français prend l’eau

En 2017, la France, devancée par la Géorgie, est descendue à la quatrième place du classement des principaux fournisseurs de vin en Russie. Quelles en sont les raisons ?

Le podium des importateurs de vin en Russie n’avait pas changé depuis plusieurs années : l’Italie et l’Espagne se partageaient les première et deuxième marches tandis que la France se maintenait sur la troisième.

Contre toute attente, en 2017, le vin français s’est fait ravir la médaille de bronze par le vin géorgien, selon le Service fédéral des douanes. La France est suivie par l’Abkhazie, ancienne province géorgienne ayant proclamé son indépendance, reconnue par la Russie.

En 2017, les importations de vin français en Russie ont augmenté de 33 %, atteignant les 33,7 millions de litres. Toutefois, cette même année, celles en provenance de Géorgie ont été multipliées par 1,7, jusqu’à 35 millions de litres.

Des vignes de la Loire. Crédits : Wikimedia
Des vignes de la Loire. Crédits : Wikimedia

L’an dernier, la Russie a importé 40 % de vin en plus qu’en 2016, soit 244,4 millions de litres au total. Une croissance que les experts lient à la fin de la crise et à la stabilisation du cours du rouble.

La Géorgie à la reconquête du marché russe

La popularité du vin géorgien est due à plusieurs facteurs : son faible coût (un litre de vin géorgien coûte environ 3 dollars, contre 4,5 pour le vin français) et l’amour de longue date que les Russes vouent aux vins de l’ancienne république soviétique. Les vins géorgiens et moldaves ont toujours été les plus prisés des consommateurs russes, aussi bien à l’époque de l’URSS qu’après son effondrement.

En 2006, un embargo a été mis sur le vin géorgien lorsque l’agence fédérale de contrôle Rospotrebnadzor y a détecté la présence de métaux lourds et de pesticides. Cette mesure a été prise sur fond d’aggravation des relations russo-géorgiennes après la « révolution des Roses » en 2004, qui a conduit à l’arrivée au pouvoir de Mikheil Saakachvili.

Avant cette interdiction, la Russie importait 45 millions de litres de vin géorgien chaque année. Ce dernier occupait la deuxième place sur le marché après le vin moldave, dont les livraisons ont également été interdites en septembre 2013, lorsque la Moldavie a signé un accord d’association avec l’Union européenne.

Le domaine de Cricova, en Moldavie, est l'une des plus grandes cités souterraines du monde et garde plus d'un million de vins rares. Crédits : Maxence - Flickr
Le domaine de Cricova, en Moldavie, est l’une des plus grandes cités souterraines du monde et garde plus d’un million de vins rares. Crédits : Maxence – Flickr

L’été 2013 a marqué le grand retour du vin géorgien dans la Fédération. Les dirigeants russes ont pour la première fois évoqué une levée éventuelle de l’embargo dès l’automne 2012, après la victoire, aux législatives, du parti d’opposition Rêve géorgien, qui avait promis d’entamer un dialogue avec Moscou en vue d’un rétablissement des relations bilatérales.

En cinq ans, la Géorgie a reconquis le marché russe, où, en 2017, ont été exportés plus de 60 % de ses vins.

Des Français passifs

La France a-t-elle une chance de remonter dans le classement ? Oui, estime l’œnologue Igor Serdiouk. Mais à condition que la France en général et les viticulteurs en particulier adoptent une nouvelle stratégie à l’égard de la Russie.

« La raison principale de la sortie de la France du trio de tête est le ralentissement de l’activité des viticulteurs », affirme l’expert qui les trouve beaucoup moins actifs sur le marché russe qu’il y a 15 ans. « Ils s’intéressent davantage à des marchés en développement comme la Chine, ce qui se comprend vu la taille supérieure du marché chinois par rapport au russe. Mais cela n’empêche pas les Italiens d’organiser, dans la Fédération, bien plus de forums et de salons consacrés au vin que les Français. »

Un rayon de vins européens dans un magasin moscovite. Crédits : grandcruwineshop.com
Un rayon de vins européens dans un magasin moscovite. Crédits : grandcruwineshop.com

La baisse de popularité des vins français s’explique également par des facteurs de politique étrangère, estime l’expert : « L’Espagne et l’Italie mènent une politique plus bienveillante à l’égard de la Russie que la France, ce qui a indubitablement un impact sur le choix des consommateurs. »

Nostalgie

Quel que soit le pays concerné, la clef de la réussite repose sur un rapport optimal entre la qualité, le prix et l’image du pays, souligne Igor Serdiouk.

Le vin géorgien bénéficie toutefois d’un atout, ajoute le spécialiste : la nostalgie. « Le vin géorgien fait partie du patrimoine, du repas traditionnel russe. Il est associé à une multitude de souvenirs. Des Russes ont d’ailleurs participé à la création de la viticulture géorgienne. »

Le Tsinandali était le vin soviétique préféré de l'écrivain français André Gide, selon son Retour d'URSS. Crédits : vinofan.ru
Le Tsinandali était le vin soviétique préféré de l’écrivain français André Gide, selon son Retour de l’U.R.S.S. Crédits : vinofan.ru

Pour M. Serdiouk, l’embargo sur le vin géorgien était en grande partie justifié, car des contrefaçons existaient effectivement. « Cette interdiction a été bénéfique, elle a assaini le vin géorgien. Malheureusement, aujourd’hui, on soupçonne l’utilisation d’ingrédients étrangers dans sa production », affirme l’expert, pour lequel, si cette information était confirmée, la popularité des vins géorgiens auprès des consommateurs russes pourrait chuter.

1 commentaire

  1. La France devenue une province des Etats-Unis est en voie de déconstruction culturelle, ethnique et économique. Véritable mutation programmée pour casser toute tentation eurasiatique sur son axe Paris-Berlin-Moscou-Vladivostok. Hélas, l’aventurisme guerrier américain est là qui veille, pour que cela ne se fasse pas !

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