Syrie : guerre ou paix ?

Attaque de drones sur la base aérienne russe de Hmeimim, opération militaire turque dans la ville d’Afrine, avion de chasse Sukhoï-25M abattu par un missile anti-aérien : depuis le début de l’année, chaque nouvelle en provenance de Syrie ne fait qu’anéantir davantage l’espoir de voir un dialogue politique s’y établir.

Le commandant Roman Filippov, pilote du Su-25M abattu le 3 février dans la province syrienne d’Idlib (premier avion de chasse détruit depuis le début de la campagne militaire en Syrie), recevra à titre posthume le titre de Héros de la Russie, a annoncé, à Moscou, le ministère de la Défense. Après que son avion a été touché par un missile sol-air, le pilote est parvenu à indiquer à son commandement d’où le missile avait été lancé et, jusqu’au dernier moment, s’est efforcé de garder le contrôle de l’appareil. Lorsque la situation est devenue désespérée, il s’est éjecté, avant d’atterrir dans une zone contrôlée par les combattants du Front al-Nosra. Une fois arrivé au sol, ces derniers l’ont encerclé. Roman Filippov, armé d’un pistolet et d’une grenade à main, aurait réussi à toucher deux combattants. Refusant d’être fait prisonnier par l’ennemi, il se serait donné la mort en faisant exploser sa grenade.

Cette histoire fait suite à celle du lieutenant des forces spéciales russes Alexandre Prokhorenko, mort près de Palmyre en mars 2016. Blessé, cet officier s’était retrouvé encerclé par des combattants de l’État islamique (EI). Il n’avait pas hésité, pour ne pas tomber aux mains de ces derniers, à réclamer un bombardement aérien de sa position… Personne alors n’avait encore ceint son front des lauriers de la victoire sur l’État islamique.

« Les officiers russes ne se rendent pas et meurent en héros en Syrie » : tel est le leitmotiv qui revient souvent dans les commentaires que l’on peut trouver dans les médias russes à propos de ces deux événements tragiques. Cette affirmation ne répond toutefois pas à la question : la Syrie peut-elle aujourd’hui espérer la paix ou bien est-elle à l’aube d’une nouvelle guerre ?

Pourquoi les militaires russes continuent-ils d’y mourir ? Et combien de vies faudra-t-il encore sacrifier sur l’autel de la « victoire » contre les terroristes ? Victoire dont l’état-major et les dirigeants politiques parlent, depuis quelque temps, comme d’un fait accompli.

Un blindé russe dans les rues d'Alep. Crédits : MIL
Un blindé russe dans les rues d’Alep. Crédits : MIL

Le commandant Filippov est mort quelques jours après la fin du Congrès du dialogue national syrien, organisé à Sotchi, en Russie, et dont les participants ont discuté des conditions d’un règlement politique du conflit. N’est-il pas prématuré de parler de réformes politiques quand ce pays, ou du moins une de ses provinces clés – celle d’Idlib –, se trouve entièrement sous le contrôle de groupes armés qui refusent d’entendre parler d’une quelconque issue pacifique?

Malgré les processus de négociations de Genève et d’Astana, la guerre syrienne se poursuit. Elle n’a pour l’heure aucun véritable vainqueur. On pourrait même dire qu’elle entre dans une nouvelle phase.

1 commentaire

  1. N’oublions pas que le front Al Nosra a été armé par les américains et qu’il a eu pendant longtemps le soutien de la France. N’oublions Laurent Fabius parlant de bon petits gars qui faisaient un excellent travail.

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