Comment les adversaires de Poutine sont perçus sur les réseaux sociaux

Pavel Groudinine, Ksenia Sobtchak, Vladimir Jirinovski, Grigori Iavlinski, Boris Titov, Maxime Souraïkine, Sergueï Babourine : parmi les sept opposants à Vladimir Poutine lors de l’élection présidentielle, quel est celui dont les internautes parlent le plus et qu’ils préfèrent critiquer ? L’agence Interium a analysé, pour le quotidien Vedomosti, la fréquence avec laquelle et le contexte dans lequel les candidats de l’opposition sont mentionnés sur les réseaux sociaux.

Vladimir Jirinovski et Pavel Groudinine lors d'un débat télévisé sur la chaîne publique Rossia 1 en décembre 2017. Crédits : Youtube - Sila slova
Vladimir Jirinovski et Pavel Groudinine lors d’un débat télévisé sur la chaîne publique Rossia 1 en décembre 2017. Crédits : Youtube – Sila slova

VKontakte VS Facebook

43 % de tous les messages publiés sur les réseaux sociaux au sujet des candidats de l’opposition sont consacrés à Pavel Groudinine, 32 % à la présentatrice de télévision Ksenia Sobtchak, et 15 % à Vladimir Jirinovski, chef du parti libéral-démocrate (LDPR). La différence entre le nombre de messages positifs et négatifs est de -51 % pour Pavel Groudinine (pour 100 commentaires positifs, 151 autres sont négatifs), -29 % pour Ksenia Sobtchak, -12 % pour Vladimir Jirinovski. Les utilisateurs de Facebook parlent majoritairement de Ksenia Sobtchak et de Grigori Iavlinski, fondateur du parti social-libéral Iabloko, tandis que les cinq autres candidats sont plus populaires sur son équivalent russe VKontakte. Moins d’1 % des habitués de la messagerie Telegram discute des candidats. Par exemple, Pavel Groudinine comptabilise 720 975 messages sur VKontakte, 570 239 sur Facebook et 10 225 sur Telegram. Ksenia Sobtchak affiche un ratio comparable : 423 310 messages sur Facebook, 419 961 sur VKontakte et 13 079 sur Telegram.

La majorité des commentaires négatifs concernant Pavel Groudinine sont publiés sur les pages de vastes communautés ou de groupes de médias, en général par les mêmes auteurs. La principale source d’informations négatives à son sujet sont les groupes du site d’information Life.ru. Si les grands médias fédéraux et régionaux attaquent volontiers le candidat, les commentaires des lecteurs sont au contraire neutres, voire positifs.

Pavel Groudinine, le candidat du Parti communiste russe. Crédits : @grudinin_pn - Instagram
Pavel Groudinine, le candidat du Parti communiste russe. Crédits : @grudinin_pn – Instagram

Les internautes sont partagés à propos de Ksenia Sobtchak. Toutefois, si ce sont les médias qui présentent Pavel Groudinine sous un mauvais jour, la candidate provoque elle-même les scandales dont s’abreuvent ensuite les réseaux sociaux, estiment les auteurs de l’étude.

Vladimir Jirinovski et Grigori Iavlinski sont perçus comme des « symboles de stagnation dans le système politique ». Le second irrite toutefois davantage les internautes, d’où l’existence d’une multitude de mèmes (élément culturel repris et décliné en masse sur internet) à son sujet. Boris Titov, délégué aux droits des entrepreneurs, Maxime Souraïkine, chef du parti Communistes de Russie, et Sergueï Babourine, leader du parti nationaliste Union nationale russe, sont présentés de manière homogène dans le champ médiatique, où ils sont qualifiés de « spoilers » (nom donné à un candidat n’ayant aucune chance de remporter l’élection mais qui récupère une partie des voix destinées à un autre candidat au programme similaire, augmentant par là même les chances de victoire de leur principal opposant).

Des équipes de campagne omniprésentes

Les données du KPRF confirment le leadership de Pavel Groudinine et de Ksenia Sobtchak sur les réseaux sociaux. « Les publications concernant Pavel Groudinine sont avant tout négatives, autant sur les réseaux sociaux que dans les médias, commente Sergueï Oboukhov, secrétaire du Comité central du Parti communiste. Il s’agit du candidat suscitant le plus de réactions, positives ou négatives ; les autres donnent lieu à des messages tout à fait neutres. » Ce dont se réjouit Sergueï Oboukhov : « Grâce à ces réactions, Pavel Groudinine n’est plus un inconnu. Aujourd’hui, deux tiers des électeurs ont entendu parler de lui. »

Si les commentaires négatifs sont également bienvenus, les équipes de campagne les traitent toutefois dans leur ensemble, explique Vitali Chkliarov, membre de l’équipe de Ksenia Sobtchak. « Nous faisons des relevés, nous répondons aux messages. La majorité de notre électorat se trouve sur Facebook, où le public est plus jeune, ouvert et cultivé. Les partisans de Ksenia Sobtchak y sont principalement des femmes âgées de 35 à 45 ans. » L’ancienne génération préfère le réseau Odnoklassniki, privilégié par les électeurs de Pavel Groudinine mais aussi de Vladimir Poutine, précise M. Chkliarov, ajoutant que l’équipe de Ksenia Sobtchak est également très présente sur Telegram : « D’une part, nous considérons tous cette messagerie comme un instrument important ; de l’autre, aucune étude n’a encore été réalisée sur son influence par rapport à Facebook et d’autres réseaux. Il est donc difficile d’évaluer son efficacité dans la diffusion d’informations. »

Vladimir Poutine découvre les bureaux de Yandex. Crédits : kremlin.ru
En septembre 2017, Vladimir Poutine a visité les bureaux de Yandex pour renforcer son image auprès de la jeunesse et le domaine des nouvelles technologies. Crédits : Kremlin.ru

L’équipe de campagne de Grigori Iavlinski, selon son porte-parole Igor Iakovlev, réagit à toutes les nouvelles négatives, comme lorsque Alexeï Navalny a déclaré que 60 % des signatures du candidat du parti Iabloko avaient été falsifiées : « Ceux qui ont recueilli les signatures ont eux-mêmes donné des explications sur cette affaire. » Le réseau social dans lequel l’équipe de Grigori Iavlinski est la plus active est Facebook, affirme M. Iakovlev.

Attentes et réalité

Le taux de participation à l’élection montrera si le travail des candidats sur les réseaux sociaux aura été efficace ou non : un taux de 80 % signifiera que les utilisateurs sont allés voter, estime le politologue Mikhaïl Vinogradov. Si ce dernier partage les conclusions des experts d’Interium, il précise toutefois que l’activité de Grigori Iavlinski sur les réseaux sociaux ressemble à son activité hors ligne et qu’elle n’est pas adaptée à internet. Par ailleurs, selon le spécialiste, le travail des candidats sur les réseaux reste pour l’heure secondaire et inférieur à ce qu’on pourrait attendre : « C’est peut-être dû à l’âge des candidats, dont la majorité sont proches de la retraite et ne peuvent pas faire appel aux internautes sans que cela paraisse forcé. C’est toutefois étrange dans la mesure où on trouve sur les réseaux sociaux des gens actifs de tous âges. »

 

VKontakte est le premier réseau social de Russie en nombre d'utilisateurs et un milieu privilégié pour la communication politique. Crédits : Wikimedia
VKontakte est le premier réseau social de Russie en nombre d’utilisateurs et un milieu privilégié pour la communication politique. Crédits : Wikimedia

« Quand on voit ce qui se passe lors des grandes campagnes électorales en Occident, on se rend compte que la présence des réseaux sociaux dans la politique y est bien plus forte que chez nous », estime le politologue Gleb Kouznetsov. « En Russie, les groupes de soutien aux candidats servent avant tout à modérer les informations à leur sujet et ne donnent pas le sentiment de faire partie d’un mouvement populaire. C’est précisément ce dernier point qui garantit le succès d’une campagne internet en Occident, que ce soit en Nouvelle-Zélande, en France ou aux États-Unis. En Russie, nous ne sommes qu’au début de l’ère internet », constate l’expert.

2 commentaires

  1. Dommage qu’ Alexeï Navalny, souvent présenté dans les grands médias du « Monde libre » comme le principal opposant à Vladimir Poutine, ne puisse se présenter à cette élection. On aurait eu une idée précise de sa place dans le monde politique russe. Il semble s’être mis volontairement hors course. Habile, le monsieur. On va probablement le voir crier à la dictature dans les prochains mois. . старая игральная карта(traduction google).

  2. Les médias occidentaux présentent Navalny comme une victime du système Poutine alors qu’il a savamment orchestré sa non candidature. Bien sur « l’occident » voudrait avoir une marionnette à sa botte et pas un homme qui défend son pays.

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