Sergueï Lavrov : « Il n’y a aucune différence entre Barack Obama et Donald Trump »

Lundi 15 janvier, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a donné une conférence de presse devant des journalistes russes et étrangers. En voici les passages les plus marquants.

Sur le conflit syrien

« La Syrie est un dossier où se croisent les intérêts d’un très grand nombre d’acteurs. Moscou tente de les mettre à l’unisson en organisant le Congrès du dialogue national syrien [qui se tiendra les 29 et 30 janvier à Sotchi, NDLR]. Le processus d’Astana [réunions sur le conflit syrien sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie, NDLR] a stimulé l’activité de l’ONU, qui, avant ces rencontres, tout bien considéré, ne faisait rien. J’espère que le dialogue national syrien incitera l’ONU à intensifier son travail. Le processus d’Astana n’est pas en concurrence avec ceux engagés dans le cadre de l’ONU. Des représentants de l’organisation sont d’ailleurs toujours présents à nos rencontres. Les principaux griefs de la Russie envers le processus de Genève sont liés au fait qu’y prennent principalement part des membres de l’opposition syrienne émigrée, tandis que les groupes intra-étatiques sont peu représentés. Or, selon la résolution 2254 de l’ONU, le dialogue doit inclure l’éventail le plus large possible de participants. »

Rencontre internationale sur la Syrie à Astana, les 30 et 31 octobre 2017. Crédits : ministère des affaires étrangères du Kazakhstan
Rencontre internationale sur la Syrie à Astana, les 30 et 31 octobre 2017. Crédits : ministère des affaires étrangères du Kazakhstan

Sur les différences entre Barack Obama et Donald Trump concernant le dossier syrien

« Malheureusement, il n’y a aucune différence. Nous constatons une volonté non pas d’apporter une aide mais de mettre en place des mesures concrètes pour renverser le gouvernement syrien. Rex Tillerson [le secrétaire d’État américain, NDLR] et John Kerry m’ont assuré que la présence américaine en Syrie visait uniquement à éliminer l’État islamique. Or, alors que, comme le reconnaissent les Américains, l’EI n’a pas été détruit, leur action montre qu’ils ne veulent pas préserver l’intégrité territoriale de la Syrie. »

Barack Obama et Donald Trump lors de la passation de pouvoir du 20 janvier 2017. Crédits : Wikimedia
Barack Obama et Donald Trump lors de la passation de pouvoir du 20 janvier 2017. Crédits : Wikimedia

Sur le programme nucléaire nord-coréen

« Le dossier nucléaire nord-coréen est un des sujets les plus graves de l’actualité internationale. La Russie et la Chine coopèrent activement en la matière. Nous avons une approche commune, qui consiste à passer de la confrontation à une solution pacifique. Dans un premier temps, nous suggérons à tous de se calmer et de suspendre toute confrontation, en particulier les lancements de missiles, les essais nucléaires ou les exercices militaires à grande échelle, menés par les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Lorsque ce moratoire entrera en vigueur, nous soutiendrons les contacts directs entre toutes les parties intéressées, principalement Pyongyang et Washington. Nous serons prêts à accompagner un format de pourparlers à six. Mais les avancées sur cette question sont difficiles. Les États-Unis évoquent presque ouvertement le caractère inéluctable d’une solution militaire, bien que le monde entier ait conscience des répercussions catastrophiques d’une telle décision. »

Un missile balistique nord-coréen lors d'une parade à Pyongyang. Crédits : vimeo.com
Un missile balistique nord-coréen lors d’un défilé à Pyongyang. Crédits : vimeo.com

Sur l’Ukraine et les accords de Minsk

« D’un point de vue politique, j’estime que nous continuons à respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qui s’est constituée après l’expression de la volonté des Criméens et du rattachement de leur territoire à la Russie. Le mémorandum de Budapest [accord signé en 1994 par lequel l’Ukraine renonce à l’arme nucléaire en échange du respect de son intégrité territoriale et de l’absence de toute agression contre elle, NDLR] n’a en aucun cas été enfreint étant donné que nous n’avons pas menacé l’Ukraine avec l’arme nucléaire. Nous souhaitons que les accords de Minsk soient appliqués dans leur totalité, sans la moindre dérogation. L’Ukraine a signé ces accords, qui ne concernent nullement la Crimée. Nos collègues occidentaux comprennent parfaitement que les autorités ukrainiennes essaient de provoquer une confrontation armée et, par là même, de détourner l’attention de leur non-respect des accords de Minsk. »

Sur l’hostilité russo-américaine

« Vladimir Poutine s’est exprimé plusieurs fois sur ce sujet. Il ne s’agit pas du paradoxe de l’œuf et de la poule, mais d’une question de vision du monde. L’exceptionnalisme est un concept profondément ancré chez les Américains. Barack Obama en a parlé ouvertement à de nombreuses reprises. Donald Trump n’a pas directement utilisé ce terme mais toutes les mesures prises par les États-Unis sur la scène internationale témoignent de leur attachement à cette doctrine. Ils recourent à la force pour conserver leurs positions dans la politique mondiale, ne respectent pas la charte de l’ONU et imposent des sanctions contre d’autres pays dès que leurs propositions sont contestées. »

Sergeï Lavrov et Donald Trump lors de leur rencontre en mai 2017. Crédits : MID.
Sergueï Lavrov et Donald Trump lors de leur rencontre en mai 2017. Crédits : MID.

Sur l’accord nucléaire avec l’Iran

« Nous sommes convaincus que le plan d’action relatif au programme nucléaire iranien est une des réussites les plus importantes de la communauté internationale au Proche- et au Moyen-Orient et qu’il contribuera à la stabilisation et au désarmement de la région. Depuis que Washington a commencé à évoquer l’inutilité de ces accords, nous avons tenté, avec nos collègues chinois et européens, de faire prendre conscience aux Américains du danger de cette politique. L’Iran remplit tous ses engagements, ce que vérifie l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les États-Unis souhaitent changer le texte des accords adoptés pour obliger les Iraniens à leur donner accès, à tout moment, à n’importe quel site et à renoncer aux droits dont ils bénéficient en vertu de la charte de l’AIEA. »

Sur la coopération russo-japonaise

« La récente décision adoptée par Tokyo d’accueillir des systèmes américains de défense antimissile Aegis Ashore complique les relations russo-japonaises. Selon le gouvernement japonais, le système déployé au Japon sera différent de celui déployé en Europe et en Corée du Sud. Nous ne disposons pas de précisions à ce sujet. Toutefois, selon nos informations, ce système reposera sur des dispositifs universels capables de lancer des armes offensives. Tokyo affirme également que ce système ne sera pas intégré au système global de défense antimissile américain et sera géré par le Japon. Nous ne connaissons aucun cas dans le monde où les États-Unis, après avoir déployé leurs armes, en ont transmis le contrôle à un autre pays. Je ne pense pas qu’ils feront une exception pour le Japon. »

Vladimir Poutine et Shinzo Abe, le 15 décembre 2016. Crédits : Kremlin.ru
Vladimir Poutine et Shinzo Abe, le 15 décembre 2016. Crédits : Kremlin.ru

Logotype du quotidien Kommersant

Kommersant est le principal quotidien national de Russie, tiré à plus de 92 000 exemplaires et distribué dans tout le pays. Créé en 1992, il se distingue par son souci d’objectivité dans le traitement de l’information et par ses analyses fines et impartiales des relations internationales.

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