Russie : un pays des merveilles qui ignore les catastrophes

Glissements de terrain et incendies en Californie, incendies aussi au Portugal, dans le Sud de la France et en Corse, cyclone à Madagascar, typhon aux Philippines, séisme au Mexique, ouragan Maria à Porto Rico, ouragan Irma dans les Caraïbes, inondations au Chili, avalanche mortelle en Italie, sans oublier les tempêtes aux noms romantiques, Carmen, Eleanor… la liste est longue des catastrophes naturelles qui ont frappé la planète au cours de l’année 2017. Les télévisions du monde entier en ont montré des images, toutes plus effrayantes les unes que les autres. Les chaînes russes n’ont pas manqué à l’appel. Les téléspectateurs se sont ainsi « promenés » de cataclysme en cataclysme, au Vietnam, en Europe, sur tout le continent américain et africain, en Inde, en Australie, partout vous dis-je !

Partout ? Non, rien ou à peu près sur la Russie, qui représente malgré tout le sixième des terres émergées du Globe. Au temps de l’URSS, les étrangers qui visitaient le pays et regardaient la télévision soviétique pouvaient avoir l’impression d’être au jardin d’Eden : on montrait un tas d’horreurs survenues dans le monde entier – catastrophes en tous genres, guerres, révoltes, attentats, révolutions –, seul le pays du « socialisme réel » semblait béni des dieux.

Une éruption du pic Sarytchev dans les îles Kouriles, en Extrême-Orient russe. Crédits : NASA
Une éruption du pic Sarytchev dans les îles Kouriles, en Extrême-Orient russe. Crédits : NASA

On constate le même phénomène aujourd’hui, inversé. Manifestement, en 2017, la Russie a été mystérieusement épargnée, du moins si l’on en croit les médias occidentaux. Seul fait signalé : des orages accompagnés de vents violents, qui, en mai, ont fait seize morts à Moscou. Ailleurs, dans le pays, rien ! Or, il suffit de regarder brièvement les nouvelles à la télévision russe pour s’apercevoir que la Yakoutie a connu des « froids inhabituels » en novembre, « la température atteignant moins cinquante », mettant en danger la population. « Et ce n’est qu’un début », ajoutait le commentateur. Plus récemment, en janvier 2018, un véritable cyclone de neige a entièrement paralysé Sakhaline. Et l’on dénombre pas moins de trois séismes importants dans l’Extrême-Orient russe au cours de l’année dernière.

Dégage dans le marécage !

Il est, en russe, une expression populaire très utile lorsqu’on veut faire comprendre à quelqu’un qu’il devient pénible et qu’on ne veut plus l’entendre : « Nou tebia v boloto ! ». En français, cela donne à peu près ceci : « Dégage dans le marécage ! » Il existe, au demeurant, dans la langue russe, une foule d’expressions liées aux marécages, nombreux dans le pays : de vrais marécages, comme on n’en trouve plus depuis longtemps en Europe occidentale, et dans lesquels on peut s’engloutir sans laisser de traces.

Scène d'hiver en Petite Russie, d'Ivan Aivazovsky (1817-1900). Crédits : Domaine public
Scène d’hiver en Petite Russie, d’Ivan Aivazovsky (1817-1900). Crédits : Domaine public

Il semble que les Occidentaux aient une vision « marécageuse » de la Russie. Moscou existe, bien sûr, c’est une réalité tangible et même un peu effrayante, vue de Paris, de Berlin ou de Washington. Moscou, c’est le Kremlin, et le Kremlin fait toujours peur. Mais, Saint-Pétersbourg, objecterez-vous ? Objection rejetée : Saint-Pétersbourg est un beau décor, une ville fantomatique, une illusion d’Europe, bâtie sur des marécages. Et plus on va vers l’est, plus l’impression d’irréalité s’accentue. En version « pays des merveilles », cela donne d’immenses étendues neigeuses, de plus en plus neigeuses, silencieuses, désertes, froides, belles comme des contes de fées, style Reine des neiges. Or il y a des régions chaudes dans l’Extrême-Orient russe… Cela donne de magnifiques romans, on ne peut plus français, tel le Michel Strogoff de Jules Verne qui n’a jamais mis les pieds en Russie. Cela donne, aujourd’hui, des carnets de voyages parfaitement nombrilistes, photos à l’appui : « moi et la taïga », « moi et le Baïkal », « moi et le Grand Nord russe »…

Un touriste au lac Baïkal. Crédits : moveourworld.com
Un touriste au lac Baïkal. Crédits : moveourworld.com

Comment s’étonner, dès lors, que l’on ne parle pas, hors de Russie, des malheurs qui peuvent s’abattre sur les populations de ces régions ? Parlerait-on des êtres maléfiques qui, dans les légendes, peuplent les marécages ?

Une croyance russe très ancienne veut que, la terre étant plate, si l’on va toujours plus à l’est en Russie, vient un moment où l’on arrive au bout du bout du marécage. Alors, on tombe. Où ? En enfer.

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