Cryptorouble : naîtra? naîtra pas?

La création du cryptorouble a été l’un des thèmes les plus débattus de l’automne dernier. Vladimir Poutine a lui-même soutenu le projet. Faut-il s’attendre à l’apparition prochaine d’une cryptomonnaie russe ?

Depuis quelques mois, Vladimir Poutine s’intéresse à un sujet inhabituel pour un conservateur. Lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg organisé en juin 2017, le vice-Premier ministre Igor Chouvalov déclare que le président russe est « complètement accro » à l’économie numérique et à la technologie blockchain. Et de rappeler comment, un jour, Vladimir Poutine a réuni « une petite équipe » de membres du gouvernement et de l’administration présidentielle pour discuter des nouvelles technologies et de l’économie numérique, ne les laissant partir qu’au petit matin.

Fin août, Igor Chouvalov annonce que l’État envisage de lancer une cryptomonnaie nationale. « J’estime que le cryptorouble doit exister. Mais c’est un sujet complexe. Lorsque nous avons créé notre groupe de travail sur la blockchain, nous sommes convenus de faire preuve de prudence sans pour autant trop tarder », précise le vice-Premier ministre.

Dès octobre, Vladimir Poutine ordonne le lancement d’une cryptomonnaie russe. Une tâche qui doit être exécutée « dans les plus brefs délais », selon Nikolaï Nikiforov, ministre des Télécommunications et des Médias. « Nous voulons créer le cryptorouble pour une raison très simple : si nous ne le faisons pas, dans deux mois nos voisins de l’Union économique eurasiatique (UEEA) s’en chargeront », souligne le ministre.

Effectivement, quelques jours plus tard, le Kazakhstan annonce la création de sa propre cryptodevise. En Biélorussie, le président Alexandre Loukachenko signe un décret sur la légalisation des cryptomonnaies autorisant les citoyens à ne pas déclarer les revenus engendrés par ces opérations.

L'etherum et le bitcoin, deux cryptomonnaies. Crédits : Pexels
L’ethereum et le bitcoin, deux cryptomonnaies. Crédits : Pexels

Toutefois, aussi surprenant que cela puisse paraître, la Russie renonce rapidement à son projet, désapprouvé par le ministre des Finances et la Banque centrale. « Pour être honnête, je ne comprends pas très bien en quoi consiste le cryptorouble. Une cryptomonnaie a une multitude d’émetteurs. Si nous renonçons au principe selon lequel la Banque centrale est chargée de l’émission monétaire, nous pouvons créer un cryptorouble. Il apparaîtra d’ailleurs tout seul, sans notre concours, et nous ne serons pas en mesure de le contrôler. Tout le reste n’est pas de la cryptomonnaie », a affirmé Alexeï Moïsseïev, vice-ministre des Finances.

Dans un premier temps, le lancement éventuel du cryptorouble est assorti d’une multitude de conditions : absence de minage (sécurisation de la cryptomonnaie) indépendant, volume défini d’émissions réglementées et prélèvement d’une taxe de 13 % sur les achats et ventes de monnaie.

Selon la Banque centrale, le lancement d’une cryptomonnaie doit être envisagé de manière plus large. « Une monnaie numérique doit faire l’objet de discussions entre plusieurs pays, dans le cadre des BRICS et de l’UEEA. Ainsi, tous ces pays pourront utiliser la nouvelle devise », déclare Olga Skorobogatova, première vice-présidente de la Banque centrale, qui n’exclut pas l’ébauche d’un projet de cryptomonnaie « supranationale » en 2018.

Pour l’heure, le ministère des Finances et la Banque centrale se concentrent sur l’élaboration d’une législation relative aux cryptomonnaies. Fin décembre, les deux institutions ont présenté un projet de loi sur la réglementation des cryptodevises, dans lequel ces dernières sont considérées comme des biens et le minage comme une activité entrepreneuriale soumise à impôt.

Il semblerait donc que le cryptorouble soit, pour la Russie, un sujet temporairement clos. Toutefois, début janvier, le Financial Times a relancé le sujet en annonçant que la Russie pourrait créer sa propre cryptomonnaie afin de contourner les sanctions américaines. Selon le quotidien britannique, Vladimir Poutine en aurait lui-même donné l’ordre. Qui dit vrai ? Le mystère reste entier.

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