Poutine : une conférence de presse sous le signe de la présidentielle

Jeudi 14 décembre, le président Vladimir Poutine a tenu sa traditionnelle conférence de presse annuelle. Près de quatre heures de « Moi, moi, moi ! », de « Hmm, hmm » et plus de 60 questions posées. Le Courrier de Russie a sélectionné les déclarations les plus marquantes de ce marathon médiatique.

Sur son programme en tant que candidat

« Je répète encore une fois comment je vois la Russie : elle doit être tournée vers l’avenir, être très moderne, son système politique doit être souple, son économie doit reposer sur les technologies de pointe et la productivité doit être décuplée. (…) Tout doit, sans le moindre doute, viser et contribuer à augmenter les revenus de la population. »

« Je me présente comme candidat indépendant. »

Sur l’absence de concurrence politique

« Je souhaite et je vais oeuvrer à ce que nous ayons un système politique équilibré. Mais il est impossible de s’imaginer un tel système sans concurrence. Pourquoi nos opposants, manifestement bruyants et remuants, ne concurrencent-ils pas réellement le pouvoir ? L’opposition ne doit pas se contenter de faire du tapage dans la rue ou en coulisses, ni de dénoncer un régime antipopulaire. Elle doit proposer des idées novatrices. […] Il me semble qu’en cela réside le principal problème de ceux qui aimeraient être des opposants dignes de ce nom – ils doivent proposer un programme concret et non éphémère ou provocateur, un programme auquel la population pourra se fier. J’espère que cette opposition va apparaître, et le plus tôt sera le mieux. »

Poutine donne quelques chiffres depuis son arrivée au pouvoir début 2000

Le PIB a augmenté de 75 %
La production industrielle de 70 %
L’industrie de transformation de 60 à 70 %
Les salaires réels ont été multipliés par 3,5
Les retraites réelles par 3,6
La mortalité infantile a été divisée par 2,6
L’espérance de vie est passée de 65 à presque 73 ans

Poutine conférence presse
Plus d’un millier de journalistes étaient présents lors de cette 13e conférence de presse annuelle du président Vladimir Poutine. Crédits : kremlin.ru

Sur la croissance

« La croissance du PIB et celle de la production industrielle s’élèvent toutes deux à 1,6 %. Les secteurs automobile, chimique, pharmaceutique et agricole affichent de très bons rythmes de croissance. En fin d’année, les récoltes auront augmenté d’environ 3 % : un record. Hier, le ministre russe de l’agriculture Alexandre Tkatchev a annoncé pour cette année une récolte céréalière totale de 130,5 millions de tonnes, voire davantage. En URSS, on avoisinait les 127 millions en 1978. Les investissements dans le capital fixe ont augmenté de 4,2 %. À ce jour, les investissements directs étrangers en Russie s’élèvent à 23 milliards de dollars pour 2017, soit deux fois plus que l’an dernier et le meilleur indice de ces quatre dernières années. L’inflation a atteint un minimum record dans toute l’histoire récente de notre pays : elle se situe aujourd’hui à 2,5 % seulement. Le déficit budgétaire s’élève à 2,2 %, mais je pense qu’il va diminuer. »

Sur l’opposant Navalny (question de Ksenia Sobtchak, candidate à la présidentielle)

« Concernant les personnes [Alexeï Navalny] que vous avez mentionnées, souhaitez-vous que des dizaines de Saakachvili se promènent dans nos rues ? Je suis persuadé que la majorité des citoyens russes ne le souhaitent pas et s’y opposeront. (…) Nous ne voulons pas que le scénario ukrainien (Maïdan) se reproduise en Russie. »

Sur Saakachvili

« [Les actions de Saakachvili] sont un affront aux peuples géorgien et ukrainien. Il a été président de la Géorgie et maintenant il gambade [à Kiev] et crie sur tous les toits qu’il est Ukrainien. N’avez-vous pas de vrais Ukrainiens en Ukraine ? C’est vraiment triste à voir. »

Saakachvili a obtenu la nationalité ukrainienne en 2015, ce qui lui fait perdre la géorgienne, et est devenu dans la foulée gouverneur de l’oblast d’Odessa. L’année suivante, bénéficiant d’une certaine popularité en Ukraine, il a démissionné de son poste, fondé un parti politique, puis s’est vu déchu de sa nationalité ukrainienne par le président Petro Porochenko, qui le rend ainsi apatride. Depuis fin novembre, l’ex-président géorgien proteste avec ses partisans dans les rues de Kiev pour exiger la destitution du président Petro Porochenko. Accusé de fomenter un coup d’Etat, il a été arrêté le 9 décembre puis libéré le 11.

Sur le scandale du dopage visant le sport russe

« Ce n’est évidemment pas un hasard, pour nous, si le scandale autour du sport russe a éclaté à la veille de la campagne électorale russe. Quoi qu’on en dise, j’en suis convaincu. Mais nous en sommes nous-mêmes coupables. Nous avons tendu le bâton, puisque des cas de dopage avérés ont été enregistrés. D’autres pays sont également concernés, mais là-bas, l’affaire n’a pas été politisée. »

Sur l’ingérence russe aux USA

« Tout a été imaginé par des opposants à Donald Trump pour rendre son travail illégitime. Je trouve cela étrange. C’est comme s’ils ne se rendaient pas compte qu’ils nuisaient à la politique intérieure de leur pays. Ils manquent de respect envers leurs électeurs. »

Les services de renseignement américains ont conclu depuis plus d’un an que la Russie avait tenté d’influencer les électeurs en 2016 à travers des cyberattaques et une vaste campagne de propagande. Cette ingérence présumée de Moscou fait l’objet d’une enquête fédérale aux Etats-Unis, qui porte également sur des soupçons de collusion entre la Russie et l’équipe de campagne du candidat Donald Trump. Des soupçons qui empoisonnent le mandat du nouveau président, et qui ont jusqu’ici empêché toute embellie entre Washington et Moscou.

Sur RT et Sputnik

« Leur poids dans le volume global d’information est infime par rapport aux grands médias américains dans le monde et en Russie. Et cela passe pour une menace. Mais que fait-on de la liberté de la presse ? Il s’agit après tout d’une des pierres angulaires de la démocratie américaine. »

Les deux médias étatiques russes, qui diffusent dans diverses langues étrangères, sont régulièrement accusés de manipulation aux Etats-Unis et en Europe. Récemment, la chaîne de télévision RT (anciennement Russia Today) a été contrainte de s’enregistrer en tant qu’« agente de l’étranger » aux Etats-Unis. En réponse, la Russie a voté une loi permettant de désigner les médias financés à l’international comme des « agents de l’étranger » et de les obliger à s’enregistrer en tant que tels auprès des autorités russes.

Poutine conférence de presse
Vladimir Poutine a répondu à 65 questions en l’espace de 3h40. Crédits : kremlin.ru

Sur l’Ukraine : “Nous sommes un même peuple”

« L’armée russe n’est pas au Donbass. Mais des formations policières et militaires y ont effectivement été créées, autosuffisantes et prêtes à repousser n’importe quelle attaque d’envergure menée contre le Donbass. Cela sert d’après nous les intérêts de la population locale car, sans cela, un massacre -pire que celui de Srebrenica – serait perpétré par des bataillons nationalistes. Rien ne les arrêtera, pas même les appels aux ONG internationales – comme me l’ont conseillé certains collègues occidentaux -, si ce genre d’événement survient. Et nous en avons pleinement conscience.

« L’efficacité des accords de Minsk est bien entendu faible – d’après moi, principalement en raison de la position non constructive des autorités ukrainiennes actuelles. Elles n’ont ni la volonté d’appliquer les accords de Minsk, ni celle de lancer un véritable processus politique qui pourrait aboutir à l’exécution de la loi sur le statut spécial du Donbass, adoptée par le parlement ukrainien mais pas encore entrée en vigueur pour différents prétextes. »

Sur la Corée du Nord

« Nous ne reconnaissons pas le statut de puissance nucléaire à la Corée du Nord. Tout ce qui s’y passe est contreproductif. Il faut que les deux camps (Washington et Pyongyang) cessent d’envenimer la situation. »

Sur le terrorisme en Syrie

« Une des principales sources du terrorisme est le manque d’éducation et de revenus. Il faut résoudre ce problème, mais la Syrie et la Russie n’y parviendront pas seules. »

Sur la langue tatare facultative à l’école au Tatarstan

« La question de la langue vise uniquement à créer des conditions égales pour tous les enfants de Russie, quel que soit l’endroit où ils vivent. S’ils connaissent leur langue maternelle, ce que j’estime être crucial, mais maîtrisent mal le russe, la langue des échanges interethniques, il me semble que c’est un problème, étant donné que les cours sont donnés en russe dans les principaux établissements supérieurs du pays. Ce ne serait pas correct vis-à-vis des enfants vivant au Tatarstan. Voilà tout. »

Depuis le 29 novembre, après plusieurs années de débats houleux, l’enseignement de la langue tatare n’est plus obligatoire dans les écoles du Tatarstan. Le Conseil d’État de la république, sous la pression de Moscou, a tranché : il devient facultatif, à raison de deux heures de cours par semaine. Pour aller plus loin, rendez-vous ici.

Sur le droit à l’avortement

« Dans le monde actuel, la décision d’avorter doit appartenir à la femme. Sinon, les avortements illégaux et clandestins se développeront. »

Sur l’Arctique

« Pour paraphraser le grand Lomonossov, qui disait que la richesse de la Russie se trouvait en Sibérie, je dirai qu’aujourd’hui la richesse de la Russie se trouve en Arctique. C’est là que se trouvent nos principales réserves de matières premières minérales. Mais l’exploitation de ces réserves doit aller de pair avec la protection de la nature, le respect de toutes les exigences relatives à l’activité agricole dans cette région très sensible. Il faut également toujours garder en tête les intérêts des peuples autochtones du Nord. C’est crucial. Leurs intérêts économiques doivent être protégés. Et si quelque chose vient à contrecarrer la réalisation de ces grands projets nationaux, des mesures de compensation doivent être prises. »

Pour aller plus loin, retrouvez notre dossier spécial Arctique russe à cette adresse.

1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *