La Coupe du monde de football « la plus chère de l’histoire » sera-t-elle rentable ?

Des médias russes comme le quotidien économique RBC et la radio Kommersant FM estiment que les recettes générées par la Coupe du monde de football – qui se déroulera du 14 juin au 15 juillet 2018 en Russie – ne couvriront jamais le coût de l’organisation de l’événement. Le Kremlin juge leur approche économique « primitive » et conteste leurs calculs.

RBC évalue le coût total de la Coupe du monde à environ 13 milliards de dollars, soit 10 % de plus que le budget initialement prévu. Il s’agit, selon le quotidien économique, de la Coupe du monde la plus chère de l’histoire et elle ne donnera à l’économie russe qu’une impulsion positive de courte durée, estiment les experts qu’il a consultés.

Pour Iouri Beloous, organisateur de l’exposition internationale Football Market, c’est l’appétit financier de la Fédération internationale de football (FIFA) qui en est la cause. Cette dernière encaisse la majorité des revenus générés par le tournoi, notamment ceux provenant de la vente des droits télévisés : « La FIFA a inventé et monétisé un système génial : tous les droits lui appartiennent et aucun produit où figure le logo de la compétition ne peut être vendu sans son accord. Même s’il est vrai qu’elle distribue ensuite cet argent aux fédérations nationales, les bénéfices qu’elle dégage sont colossaux. Quel bénéfice retire la Russie de ce tournoi ? Avant tout, une formidable impulsion pour le développement de ses installations sportives : stades, terrains de foot et centres d’entraînement », explique le patron de Football Market.

Un impulsion onéreuse. Victime de nombreux retards et donc d’importants surcoûts financiers, le nouveau stade Arena de Saint-Pétersbourg – dont la construction s’est étalée sur près de dix ans – aura coûté à lui seul la bagatelle de 570 millions d’euros. Ce qui en fait l’une des enceintes de football les plus chères au monde. A Moscou, les deux années de travaux nécessaires à la rénovation de l’enceinte du stade Loujniki (anciennement stade Lénine, qui accueillera la finale de la compétition) laissent, quant à elles, une facture de 340 millions d’euros.

Les recettes que peut espérer retirer la Russie de la Coupe du monde devraient s’élever à quelque 3 milliards de dollars. Un montant qui, évidemment, ne va pas compenser le coût de son organisation. « Personne en Russie ne compte là-dessus, admet Dmitri Svichtchev, membre du comité de la Douma pour la culture physique, le sport, le tourisme et la jeunesse. En tant que pays organisateur, la Russie peut seulement prétendre à des revenus indirects pour ses infrastructures : aéroports, hôtels, restaurants, etc. », précise M. Svichtchev.

Au Kremlin, on ne partage pas ce point de vue. On espère, comme après les JO d’hiver de Sotchi pour lesquels la Russie avait déboursé plus de 36 milliards d’euros, que la Coupe du monde va aider à relancer la croissance du pays. « La méthode de calcul utilisée ici n’est pas la bonne, juge ainsi Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine. Après Sotchi, certains s’étaient montrés pessimistes quant au legs économique de l’événement. Mais, comme vous le savez, la Russie a résolu mieux que n’importe quel autre pays la question de l’héritage olympique [la piste qui accueille désormais le Grand prix de Formule 1 de Sotchi a été, par exemple, construite sur l’ancien parc olympique, ndlr]. Le président Poutine s’en est personnellement chargé. Voilà pourquoi nous pouvons envisager avec optimisme que l’impact économique et social du Mondial sera équivalent aux dépenses engagées aujourd’hui », assure M. Peskov.

Les effets escomptés – à court terme – de l’Olympiade de 2014 sur l’économie russe (la Banque centrale estimait que grâce aux Jeux d’hiver, le PIB du pays aller croître de 1,8 %) avaient été, en grande partie, effacés par la baisse du prix du pétrole et par les sanctions occidentales prises contre la Russie pour son implication dans la crise ukrainienne. In fine, le pays affichera pour 2014 un famélique taux de croissance de 0,7 %, le plus bas depuis 2009. Mais pour le Kremlin, Sotchi était avant tout un projet « politique », dont la rentabilité ne pourrait s’établir que sur le long terme. C’était l’occasion pour l’État d’investir massivement dans les infrastructures de la principale station balnéaire russe et, par là même, de raviver l’attrait des investisseurs et des touristes pour toute une région (celle de Krasnodar). Depuis les Jeux, l’intérêt que porte Vladimir Poutine pour Sotchi ne s’est pas démenti. Il y reçoit régulièrement ses hôtes étrangers.

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