BlaBlaCar va poursuivre son aventure en Russie

Accusé de favoriser le transport commercial clandestin, le service de covoiturage français BlaBlaCar, utilisé par près de 12 millions de russes, vient d’obtenir l’annulation d’une décision de justice qui ordonnait le blocage de son site Internet en Russie. Retour sur l’affaire en cinq actes.

La plainte

Investi en 2014, le marché russe est très rapidement devenu l’un des plus importants pour le groupe français BlaBlaCar, qui fait état de 12 millions d’utilisateurs dans le pays, réalisant quelque cent mille trajets chaque jour.

Mais ce développement à grande vitesse ne plaît pas à tout le monde : en juillet dernier, l’Union régionale du transport automobile de Krasnodar (RAS) a déposé une plainte contre le service de covoiturage auprès d’un tribunal de cette région du sud de la Russie, l’accusant de favoriser une concurrence déloyale, dommageable aux transporteurs professionnels.

Selon la RAS, de nombreux taxis clandestins, notamment des propriétaires de minibus et d’autobus, utilisent BlaBlaCar pour proposer leurs services, causant au secteur une chute de 15 % à 20 % du volume des transports automobiles interurbains dans le kraï de Krasnodar depuis le lancement du site.

« Les transports de passagers non déclarés ont toujours existé, sans exercer d’influence significative sur le trafic global. Mais depuis l’arrivée de BlaBlaCar, le manque à gagner pour les transporteurs légaux est démultiplié et devient problématique », insiste Alexeï Dynko, représentant de la RAS, cité par Kommersant.

BlaBlaCar mise sur des utilisateurs jeunes et voyageurs dans ses campagnes promotionnelles. Crédits : BlaBlaCar.ru
BlaBlaCar mise sur des utilisateurs jeunes et voyageurs dans ses campagnes promotionnelles. Crédits : BlaBlaCar.ru

La pression

L’été dernier, « plusieurs utilisateurs de BlaBlaCar ont commencé à connaître des mésaventures avec les forces de l’ordre », explique le directeur du service en Russie, Alexeï Lazarenko. C’est le cas « d’une jeune maman et de sa fille, qui allaient de Krasnodar à Goriatchi Klioutch. Elles ont pris un passager, qui s’est avéré être un employé du ministère régional des transports, raconte-t-il. Seul covoitureur à bord, il a payé pour son trajet 150 roubles (2,15 euros), c’est-à-dire à peine assez pour rembourser sa participation aux frais d’essence.

La police a arrêté la voiture peu après leur départ de Krasnodar et la jeune femme a été verbalisée. L’affaire a été portée devant le juge de paix, qui a condamné la conductrice à verser une amende de 2 000 roubles (environ 28 euros) », précise le patron de BlaBlaCar.

Le portail d’informations Meduza rappelle que la lutte contre les transports clandestins fait partie des priorités du gouvernement de Krasnodar, qui estime que le phénomène fait perdre à la région, tous budgets confondus, plus de 6 milliards de roubles (850 millions d’euros) d’impôts par an.

Sergueï Eremine, ministre des transports du kraï de Krasnodar. Crédits : ministère des transports du kraï de Krasnodar
Sergueï Eremine, ministre des transports du kraï de Krasnodar. Crédits : ministère des transports du kraï de Krasnodar

La décision

Le 12 septembre dernier, la plainte de la RAS est satisfaite. La justice reconnait que BlaBlaCar propose des services « de transport de passagers et de bagages en véhicule léger (taxi) sur une base commerciale, sans autorisation légale ».

Il est demandé que le site du transporteur soit bloqué sur l’ensemble du territoire russe – par l’agence fédérale de surveillance des communications, Roskomnadzor -, dès l’entrée en vigueur de la décision de justice.

L’appel

L’opérateur russe de BlaBlaCar, Comuto Rus, n’est informé de ce verdict que le 18 octobre, par un utilisateur. L’entreprise demande alors au tribunal de la région de Krasnodar le droit de lancer une procédure d’appel, malgré le délai écoulé depuis la première décision de justice. Soulignant qu’elle n’a jamais été confrontée à un tel problème ailleurs, ni en Russie ni dans le monde, Comuto Rus affirme sa volonté de prouver que BlaBlaCar n’enfreint pas la loi russe.

Les termes même du contrat conclu par les conducteurs avec BlaBlaCar excluent en effet une utilisation à des fins commerciales et, selon ses représentants, le système limite le prix annoncé pour un trajet et contrôle le type de véhicule proposé. Convaincu, le tribunal régional accorde à BlaBlaCar le droit de faire appel le 27 octobre.

Une voiture BlaBlaCar. Crédits : BlaBlaCar.ru
Une voiture BlaBlaCar. Crédits : BlaBlaCar.ru

Le redémarrage

Lors des débats, l’accusation reste sur ses positions, soulignant que les utilisateurs de BlaBlaCar ne sont pas soumis aux règles régissant la profession de chauffeur de taxi en Russie, qui exigent notamment que les conducteurs s’enregistrent comme entrepreneurs individuels et se soumettent à un suivi de leur état de santé et à un contrôle de leurs horaires de travail.

Les représentants de BlaBlaCar, de leur côté, affirment que les utilisateurs du site ne proposent pas de services commerciaux mais se contentent de rechercher des compagnons de route. Comuto Rus affirme lutter lui-même contre une utilisation détournée de BlaBlaCar et assure avoir bloqué plus de 20 000 utilisateurs dans toute la Russie, rien qu’en 2017.

Le tribunal de la région de Krasnodar vient finalement de trancher en faveur de BlaBlaCar. Il a ordonné, le 19 décembre, l’annulation du blocage du site Internet du transporteur. « Nous saluons cette décision, qui confirme que BlaBlaCar ne sert pas à proposer des services de taxis clandestins », s’est réjoui Comuto Rus.

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