Vladimir Kozlov : « Les défis démographiques de l’Europe sont similaires à ceux de la Russie »

Le Centre des études stratégiques (CES) a publié le 17 novembre un rapport dans lequel les experts russes dressent un constat alarmant : la Russie pourrait perdre un million d’habitants d’ici 2035. Le Courrier de Russie s’est entretenu avec l’un de ses auteurs, Vladimir Kozlov, chercheur à l’Institut de démographie de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou.

Le Courrier de Russie : Que faut-il faire pour résoudre le problème démographique de la Russie ?

Vladimir Kozlov : Actuellement, les problèmes démographiques de la Russie ne sont déjà pas si évidents, mais dans un avenir très proche, en raison du vieillissement rapide de la population, ils vont encore d’avantage s’aggraver.

Il est important de poursuivre et renforcer les programmes de soutien à la natalité, mener des politiques de développement social et économique et d’assurer aux familles des revenus décents. Il faut aussi investir plus de moyens dans les soins de santé pour améliorer l’espérance de vie.

Par ailleurs, dans des conditions de vieillissement de la population, nous n’avons d’autre choix que d’attirer des migrants, au moins 500 000 immigrés par an pour contrer le déclin démographique. Il faut toutefois tenir compte du fait que les nouveaux arrivants sont de plus en plus éloignés d’un point de vue culturel, ce qui nécessite au final la mise en place d’une politique d’intégration systémique.

Vladimir Poutine visitant une école orthodoxe en mai 2017. Crédits : Kremlin.ru
Vladimir Poutine visitant une école orthodoxe en mai 2017. Crédits : Kremlin.ru

LCDR : Les mesures prises par le gouvernement russe pour soutenir la démographie, comme les aides financières pour les familles nombreuses, ne fonctionnent-elles pas ?

V.K. : Jusqu’à présent, l’influence des mesures visant à soutenir la natalité en Russie n’est pas évaluée de façon univoque. Notons que les montants consacrés au soutien à la natalité en Russie (environ 1% du PIB) ne sont pas aussi importants qu’en Europe (environ 2,5% du PIB).

Néanmoins, ces mesures ont plutôt un impact important d’un point de vue psychologique et en terme d’image. Par exemple, suite à l’annonce fin 2013 de la possible suppression du « Capital maternel » (soutien public accordé aux familles pour la naissance d’un 2e ou 3e enfant), beaucoup de familles ont rapidement fait un deuxième enfant pour bénéficier de cette aide. Une réaction qui s’est d’abord traduite par une forte hausse du taux de natalité et puis, à l’automne 2014, une chute quand le gouvernement a assuré que la mesure serait finalement prolongée.

Actuellement, les études montrent que les mesures de soutien financier aux familles, comme le capital maternel et les avantages complémentaires, ont plutôt un effet positif mais ne se font pas ressentir de manière homogène. Par exemple, l’effet est nettement plus visible chez les familles avec un niveau d’éducation bas, vivant en périphérie et dans les campagnes que chez les familles ayant fait des études et vivant dans les grandes villes.

LCDR : Peut-on comparer la situation démographique en Russie et en Europe ?

V.K. : Les défis démographiques de l’Europe sont similaires à ceux de la Russie. Comme en Union européenne, le taux de natalité en Russie se trouve en-dessous du simple niveau de remplacement des populations et il est tout aussi faible qu’en Europe (environ 10‰).

Comme en Europe, on observe en Russie une augmentation de l’immigration [chaque année, entre 200 et 300 000 étrangers s’installent en Russie, selon l’agence fédérale russe chargée des statistiques Rosstat], principalement liée à l’afflux de migrants des anciennes républiques soviétiques. Il s’agit surtout d’une population active qui vient pour travailler. En outre, en raison d’un long passé commun, l’intégration des migrants en Russie se fait presqu’automatiquement sans que les pouvoirs publics n’aient à faire des efforts particuliers. Cependant, la situation des jeunes générations de migrants n’est plus aussi favorable qu’avant et les différences culturelles sont croissantes entre la population établie et les nouveaux arrivants.

Par ailleurs, malgré l’augmentation de l’espérance de vie [71 ans en 2016 contre 65 début 2000] au cours des dernières années, le taux de mortalité en Russie [12,9% en 2016] est encore beaucoup plus élevé qu’en Europe [9,7% en 2016].

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