Expert en sanctions : un nouveau métier très en vogue en Russie

La demande en spécialistes sur les sanctions augmente sur le marché russe. Les experts de cette nouvelle discipline rare, extrêmement recherchés par les employeurs, gagnent entre 250 et 500 000 roubles (entre 3 600 et 7 200 €) par mois.

Les agences de recrutement russes ont commencé à recevoir de premières demandes en spécialistes sur les sanctions dès le printemps 2014, lorsque l’UE et les États-Unis ont introduit des sanctions contre des citoyens et entreprises russes. À l’automne 2017, cette demande est devenue stable. L’agence de recrutement Hays a ainsi indiqué à RBC sélectionner chaque mois au moins cinq candidats spécialisés dans les sanctions.

Les compétences attendues des candidats sont : une formation poussée en droit ou en finance, des connaissances en anglais et une résistance au stress. Le juriste-spécialiste en sanctions vérifie que le propriétaire d’une entreprise avec laquelle un client a l’intention de conclure un contrat ne figure pas dans la liste des sanctions et rédige des contrats en tenant compte des restrictions internationales en vigueur.

Les services des experts en sanctions sont avant tout demandés par les banques russes. Depuis 2014, ces dernières ont publié 44 % des offres d’emploi les concernant sur le site headhunter.ru, suivies, en deuxième position, par les cabinets d’avocats (21 %). Une demande existe également parmi les sociétés de conseil ainsi que parmi les fonds d’investissements et les sociétés fiduciaires des oligarques visés par les sanctions.

Récemment, deux offres ont été publiées par Sberbank, première banque du pays, qui cherchait deux experts pour son groupe de contrôle des sanctions internationales. Selon l’annonce, les spécialistes doivent vérifier que les clients de la banque ne sont pas visés par des sanctions, conseiller les employés et répondre à leurs requêtes.

Sberbank, première banque de Russie, recherche des spécialistes en sanctions. Crédits : Wikimedia
Sberbank, première banque de Russie, recherche des spécialistes en sanctions. Crédits : Wikimedia

D’autres organismes financiers ont publié sur headhunter.ru des offres d’emploi pour les spécialistes en sanctions : VTB, UniCredit Bank, Raiffeisenbank, Globex Bank et la Banque russe de développement des régions. Selon une source de RBC travaillant pour une grande banque publique, un spécialiste en sanctions travaille déjà chez eux. Cette source a toutefois refusé de donner des détails, précisant que personne ne souhaite en parler publiquement étant donné qu’il s’agit d’un « thème sensible et qu’il n’y a rien dont se vanter ».

Les organismes financiers russes déjà touchés par les sanctions ont aussi besoin de spécialistes afin de ne pas être visés par des interdits encore plus lourds et de ne pas faire prendre de risques à leurs partenaires.

En général, les entreprises recrutent des experts possédant entre trois et quatre années d’expérience au sein du département de la conformité d’une banque (service chargé du respect de la législation) ou dans un service d’audit. Pour l’heure, le nombre de spécialistes expérimentés comprenant les subtilités des sanctions reste très faible. Trois ans et demi se sont écoulés depuis l’introduction des premières sanctions, soit trop peu pour voir apparaître une véritable communauté d’experts sur la question.

Selon les recruteurs, le salaire d’un spécialiste possédant une expérience modeste démarre à 250 000 roubles. Un expert expérimenté peut quant à lui gagner jusqu’à 500 000 roubles.

Moscow City, centre d'affaires de la Russie. Crédits : Flickr
Moscow City, centre d’affaires de la Russie. Crédits : Flickr

Zone interdite

Le premier paquet de sanctions liées au rattachement de la Crimée et au conflit dans le Donbass a été introduit par les États-Unis, l’Union européenne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada à la mi-mars 2014. Depuis, les listes noires se sont élargies avec l’entrée en vigueur de sanctions personnelles (dirigées contre des individus concrets et les organisations auxquelles ils sont liés) et sectorielles (contre certains secteurs et activités), soutenues par de nouveaux États et organisations internationales. Actuellement, plus de 100 citoyens et organisations russes figurent sur la liste noire des États-Unis, ce chiffre n’incluant pas les sociétés étrangères liées à des entreprises russes sous sanctions. L’UE a introduit des sanctions contre 149 personnes et 38 organisations.

Cinq banques russes avec une participation publique sont touchées par les sanctions : Sberbank, VTB, Gazprombank, Rosselkhozbank et Vnechekonombank. Ces dernières sont privées de financements étrangers de long terme et les investisseurs européens et américains ont l’interdiction d’acheter des actions et des euro-obligations auprès de ces banques. En outre, les États-Unis interdisent de conclure des transactions avec 33 organisations du secteur militaro-industriel russe, parmi lesquelles les groupes Kalachnikov, Almaz-Antei, Rosoboronexport, Rostec, la Compagnie aéronautique unie, Hélicoptères de Russie, etc. Parmi les représentants du secteur pétro-gazier figurent sur liste noire Rosneft, Transneft, Gazpromneft, Novatek, Gazprom et Surgutneftegaz. Les listes américaines et europénnes incluent non seulement des banques et des sociétés issues du secteur pétrogazier et de la défense, mais également des sociétés tout à fait « civiles ». Par exemple : le producteur d’eau potable et de boissons Aquanika, contrôlé par Volga Group, propriété de Guennadi Timtchenko.

En 2016, Victoria Nuland, alors secrétaire d’État assistante pour l’Europe et l’Eurasie, a déclaré à Kiev que les sanctions ne seraient pas levées tant que la Russie ne rendrait pas la Crimée à l’Ukraine.

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