Or des Scythes de Crimée : Moscou ravive la crise

À l’occasion d’une interview donnée à l’agence de presse RIA Novosti, le ministre russe de la culture Vladimir Medinski est revenu sur l’affaire de l’Or des Scythes de Crimée, ces collections prêtées à un musée hollandais avant que la péninsule passe des mains de l’Ukraine à celles de la Russie et dont le sort fait l’objet d’une polémique entre Kiev et Moscou. Vladimir Medinski menace aujourd’hui de rompre toute coopération culturelle avec les musées des Pays-Bas si les collections ne sont pas restituées aux musées qui les ont prêtées et donc à la Russie. Retour sur l’affaire.

Début 2014, quatre musées de Crimée prêtent au musée Allard Pierson d’Amsterdam quelques deux mille pièces de leurs collections, dont 500 vestiges de l’or des Scythes, à l’occasion d’une exposition consacrée à ce peuple nomade des steppes d’Eurasie centrale ayant connu son apogée entre le VIIe siècle avant notre ère et la fin de l’Antiquité.

Mais à l’issue de l’exposition, au mois d’août de la même année, les responsables du musée Allard Pierson ne savent plus à qui rendre les pièces… A l’Ukraine ou à la Russie?

Entre temps, la Crimée, annexée en un tournemain par la Russie, a voté (le 16 mars 2014) son rattachement à cette dernière. Un rattachement souhaité par plus de 96% des votants mais jugé illégal par Kiev et les capitales occidentales. Conscient de l’affrontement politique au milieu duquel il se retrouve malgré lui, le musée Allard Pierson décide d’attendre et demande à la justice néerlandaise de trancher. Ce qui est fait par un tribunal d’Amsterdam le 14 décembre 2016, au bénéfice de Kiev.

Triomphant, le président ukrainien Petro Porochenko saisi l’occasion pour politiser encore plus l’affaire en affirmant que la décision de la justice hollandaise démontre que «ce n’est pas seulement l’or des Scythes qui est ukrainien mais aussi la Crimée ».

« Digne des bolchéviques »

Vladimir medinski
Vladimir Medinski. Crédits : kremlin.ru

A Moscou, évidemment, on fait grise mine, considérant le verdict comme politique. Vladimir Medinski sort alors de ses gonds, dénonçant une approche « digne des bolchéviques » : « C’est comme en 1917 : on exproprie et on nationalise ! », accuse le ministre de la culture.

Aujourd’hui, il repart à la charge, prévenant que si cette décision entre en vigueur, la Russie devra mettre fin à ses échanges avec l’ensemble des musées hollandais.

« Je veux bien que l’on m’explique comment nous pourrions désormais organiser des expositions avec les Pays-Bas? Mettons que nous envoyions là-bas des collections de l’Ermitage ou de la Galerie Tretiakov : comment avoir la certitude qu’un nouveau juge ne va pas restituer les œuvres prêtées à d’autres que nous ? », interroge Mr. Medinski.

Pour le ministre russe, il s’agit ni plus ni moins d’un cas d’« expropriation » d’une collection de musée sans précédent. « Toutes les normes du droit international, ainsi que les usages et les traditions des échanges entre musées sont du côté des musées de Crimée. Cette collection a été découverte en Crimée, étudiée et conservée là-bas. Cela ne peut être comparé qu’aux pillages des musées russes à l’époque des campagnes napoléoniennes ou à ceux pratiqués durant la Seconde Guerre mondiale par l’Allemagne nazie », accuse Valdimir Medinski.

Une issue incertaine

Les quatre musées concernés – le Musée d’histoire et d’archéologie de Kertch, le Musée central de Tauride, le Musée d’histoire et d’archéologie de Bakhtchissaraï et la Réserve nationale de Chersonèse taurique ont fait appel (le 16 janvier 2016) de la décision du tribunal ordonnant la restitution des collections à l’Ukraine.

Les dates des audiences devant la Cour d’Appel d’Amsterdam ne sont pas encore fixées. L’or des Scythes se trouve toujours aux Pays-Bas.

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