« Pas correct » : l’arrestation de Souleïman Kerimov vue de Moscou

Comment la classe politique russe a-t-elle réagi à l’arrestation et la mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale du milliardaire et sénateur russe Souleïman Kerimov par la justice française ? Prise de température.

 

« C’est tout à fait hors du commun ! »

Valentina Matvienko. Crédits : Wikimedia

Valentina Matvienko, présidente du Conseil de la Fédération

« C’est du jamais vu. Il arrive souvent que des blogueurs et des hackers russes soient arrêtés à l’étranger, envoyés aux États-Unis ou dans un autre pays, sans qu’aucune raison ne soit donnée, mais s’en prendre à un sénateur, à un diplomate ? C’est tout à fait hors du commun ! Notre collègue est un homme d’affaires chevronné connu dans le monde entier. On dit qu’il a été arrêté pour fraude fiscale. Mais s’il avait pressenti qu’on allait l’arrêter, serait-il vraiment parti à l’étranger ? »

 

« Ce n’est pas correct »

Vladimir Djabarov. Crédits : Conseil de la Fédération

Vladimir Djabarov, premier vice-président du comité international du Conseil de la Fédération

« Même si les forces de l’ordre françaises avaient arrêté Kerimov alors qu’il était en possession d’un passeport ordinaire et non diplomatique, elles savaient de toute façon pertinemment bien qu’il s’agissait d’un sénateur bénéficiant de l’immunité diplomatique. On n’agit pas ainsi avec un sénateur d’un pays comme la Russie… Ce n’est pas correct. »

 

« La première d’une longue série »

Dmitri Goudkov. Crédits : Wikimedia

Dmitri Goudkov, opposant politique

« Quelque chose me dit que l’arrestation de Kerimov en France n’est que la première d’une longue série. Que s’est-il passé ? Un sénateur russe a été arrêté. Il n’est certes pas issu du cercle le plus proche de Poutine, mais il est loin de faire partie du cercle le plus éloigné du président. On l’a arrêté pour fraude fiscale – rien de personnel, uniquement du business. Dans les meilleures traditions des arrestations de mafieux américains, qui, d’ailleurs, étaient également « mis à l’ombre » pour fraude fiscale.

Si, jadis, les reproches fiscaux faits à l’élite russe à l’étranger étaient résolus par voie diplomatique, ils sont désormais réglés par les forces de l’ordre. Les États-Unis préparent d’ailleurs un rapport sur « les amis de Poutine ». La liste est ouverte.

L’Europe refuse ainsi de rester à la traîne : ses dirigeants veulent montrer qu’ils peuvent recourir à la manière forte aussi bien que Trump. Et comment le faire le plus simplement du monde ? En matant (même via Kerimov, de façon ostentatoire) un « macho » de Poutine. »

 

« Ses droits seront défendus de la façon la plus active possible »

Konstantin Kossatchiov. Crédits : government.ru

Konstantin Kossatchiov, président du comité international du Conseil de la Fédération

« La seule chose évidente pour l’heure est que les droits et les intérêts de Souleïman Kerimov en tant que citoyen russe et membre du Conseil de la Fédération seront défendus de la façon la plus complète et active possible. La marche à suivre sera déterminée après l’analyse attentive de la décision de la justice française. Le Conseil de la Fédération travaillera en ce sens, et on peut également attendre des conclusions et des recommandations de la part des ministères russes de la justice et des affaires étrangères. »

 

« Rapatrier son argent en Russie »

Vladimir Jirinovski. Crédits : Kremlin.ru

Vladimir Jirinovski, président du Parti libéral-démocrate de Russie.

« C’est une nouvelle preuve qu’il est grand temps pour tous nos hommes d’affaires importants de rapatrier leur argent en Russie. À l’étranger, ni eux, ni leur argent ne sont en sécurité. Des milliers de milliards de roubles se baladent à l’étranger, qui pourraient tous revenir dans notre économie. »

 

« Une provocation »

Frantz Klintsevitch. Crédits : Wikimedia

Frantz Klintsevitch, premier vice-président du comité sur la défense et la sécurité du Conseil de la Fédération

« Je pense qu’il s’agit d’une provocation, que les forces de l’ordre n’avaient aucun reproche à lui faire, que tous leurs reproches sont inventés. Néanmoins, il a été arrêté. Une délégation du Conseil de la Fédération et des membres du ministère des affaires étrangères iront éclaircir l’affaire et il reviendra au pays. Ils ont réussi leur provocation : le monde entier parle de cette affaire. »

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