De retour en France, Yoann Barbereau raconte et vide son sac

Après plus d’un an de fuite et de clandestinité, Yoann Barbereau, ex-directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk, est rentré en France par ses propres moyens le 8 novembre. Accusé d’actes pédophiles sur sa fille par les autorités russes, l’homme, qui qualifie ces accusations de montées de toute pièce, a raconté sa cavale lors d’une conférence de presse, vendredi 10 novembre, au cours de laquelle il n’a ménagé personne.

Yoann Barbereau travaille à Irkoutsk à partir de 2012 en tant que directeur de l’Alliance française locale avant d’être arrêté le 11 février 2015. La justice russe l’accuse alors d’actes à caractère sexuel sur mineur de moins de 14 ans, en l’occurrence sa propre fille, âgée de cinq ans à l’époque de l’arrestation ; de production et diffusion d’une photo pédopornographique ; de diffusion d’une vidéo pédopornographique et de trois photos pornographiques. Selon le Code pénal russe, l’ensemble de ces crimes est passible d’une peine allant jusqu’à vingt ans d’emprisonnement.

Yoann Barbereau affirme n’avoir jamais posté ces photos personnelles. Il suppose que les clichés lui ont été volés afin d’être utilisés pour lui nuire. Selon son avocat, Olivier Arnod, des malfaiteurs se sont servis d’une opportunité pour mettre son client en cause. Qui aurait eu intérêt à faire cela ? Barbereau dit ne pas réellement savoir. Il suppose que l’une des raisons pourrait être son rapprochement avec l’ancien maire communiste d’Irkoutsk, alors opposant à la politique du président Vladimir Poutine. « Je suis tombé au moment où il y avait une situation politique locale très trouble », pense-t-il, aujourd’hui.

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« Relâché » 71 jours plus tard, il est près d’un an assigné à résidence en attente de son procès. Mais le 11 septembre 2016, Yoann Barbereau, à bout, décide de fuir par ses propres moyens, convaincu que la voie juridique et politique n’aboutira pas. Selon son témoignage, il recouvre son bracelet électronique de papier aluminium, « prend une voiture » et rejoint une « autre ville de Sibérie occidentale ». De là, en utilisant BlaBlaCar, il arrive à Moscou, où il demande l’aide de l’ambassade.

S’il est accueilli par l’ambassadeur Jean-Maurice Ripert, Yoann Barbereau regrette toutefois que ce dernier « prévienne aussitôt » le ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, en poste à l’époque, qui lui-même communique l’information à son homologue russe Sergueï Lavrov, « alors qu’il aurait pu être exfiltré en trois jours ». Mais « ils ont préféré couvrir leurs arrières », d’après lui. Ce sont « des lâches », a répété à plusieurs reprises Yoann Barbereau en évoquant « le trio Ripert, Hollande, Ayrault ».

Après plus d’un an à se cacher à l’intérieur de l’ambassade, il décide finalement de fuir à nouveau par ses propres moyens, profitant « d’une faille de sécurité » et demande à un « ami russe » de l’aider à rejoindre une zone frontalière avec un pays de l’Union européenne. L’ex-directeur explique s’être au préalable longuement renseigné à partir d’images satellites sur le chemin à emprunter pour traverser illégalement la frontière et avoir acheté de l’équipement. Arrivé de l’autre côté, il se rend à la police et est pris en charge par les autorités d’un pays de l’Union européenne, qu’il ne cite pas. Il rentre à Paris le 8 novembre, où il ne demande qu’à être blanchi et appelle les autorités françaises à assumer leurs responsabilités.

Pour sa part, la Russie a annoncé de nouvelles poursuites contre Yoann Barbereau pour avoir quitté illégalement le pays. « Yoann Barbereau a déclaré ouvertement qu’il avait quitté illégalement la Russie et c’est aussi un délit passible de poursuites criminelles. Les autorités russes vont prendre toutes les mesures nécessaires pour engager des poursuites à l’encontre de Monsieur Barbereau », a réagi vendredi la diplomatie russe dans un communiqué.

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