La Russie pourrait perdre un million d’habitants d’ici 2035

Dépopulation, natalité faible, mortalité élevée, migration intérieure… tels sont les défis démographiques auxquels la Russie doit faire face, selon un rapport présenté le 17 novembre par les experts du Centre des études stratégiques (CES). Pour les relever, le pays devra accueillir davantage de migrants et en faire des citoyens russes à part entière. Décryptage de RBC.

De moins en moins de Russes actifs

Début 2017, la Fédération de Russie compte 146,8 millions d’habitants. Après une baisse démographique qui se prolonge pendant 14 ans (1993-2007), une amélioration se dessine entre 2009 et 2016, insignifiante – la population n’augmente que d’1,8 million – et due exclusivement à l’afflux de migrants.

En 2016, une nouvelle baisse naturelle de la population est enregistrée, phénomène courant dans les pays développés. Selon les prévisions les plus optimistes, à l’horizon 2035, le pays pourrait perdre 400 000 habitants, voire un million à en croire les plus pessimistes.

Croissance naturelle de la population russe pour 1000 habitants et par régions en 2015

La Russie se ressent encore des événements qui ont marqué le XXe siècle : la pyramide des âges reste instable, la population active a chuté à un niveau record. En 2012, on recense 95 millions de Russes âgés de 20 à 64 ans, chiffre aujourd’hui en baisse qui, selon les pronostics, devrait osciller entre 71 et 80 millions d’ici 2050.

On assiste en outre depuis 2011 à une diminution de la population active, d’où une augmentation des dépenses sociales pour les moins de 20 ans et les plus de 64 ans.

La pyramide des âges est principalement victime de la faible natalité. On observe une réduction sans précédent du nombre de mères potentielles, qui devrait se poursuivre pendant quinze ans encore. D’ici 2030, le nombre de femmes de 20 à 40 ans baissera de 7 ou 8 millions – soit près d’un tiers – par rapport au pic de 2010-2012 (de 22,7 à 15,5 millions).

La mortalité a diminué ces dix dernières années, mais ce n’est pas une tendance forte. En termes d’espérance de vie, la Russie accuse un retard de plusieurs décennies sur de nombreux pays. La faute en incombe aux moyens insuffisants du médical (lutte contre le VIH/sida) et du social. Des réformes de fond sont indispensables.

Pyramide des âges de la population russe en janvier 2017. Les parties sombres représentent les excédents comparés à l'autre sexe. Crédits : Wikimedia
Pyramide des âges de la population russe en janvier 2017. Les parties sombres représentent les excédents comparés à l’autre sexe. Le « trou » des années 1990 et la forte mortalité des hommes constituent des défis démographiques pour la Russie. Crédits : Wikimedia

Une immigration bienvenue

Depuis vingt-cinq ans, on observe à l’intérieur du pays une « dérive occidentale » : un déplacement massif de la population de l’Est vers le Sud-Ouest. Entre les recensements de 1989 et de 2010, la population de la partie asiatique du pays a baissé de 3,2 millions de personnes (soit 10 %), tandis que celle de sa partie européenne s’est réduite d’1 million (0,9 %).

Cette « dérive » entraîne une concentration de la population dans trois régions : Moscou, Saint-Pétersbourg et Krasnodar. 27 % de la population vivent aujourd’hui sur moins de 4 % du territoire.

Les migrants intérieurs sont, pour la majorité, des Russes âgés de 17 à 35 ans, ce qui permet aux principaux centres d’attraction migratoire de résister au vieillissement de leur population. Dans les lieux désertés par leurs habitants, la population vieillit au contraire, les infrastructures s’effondrent, l’économie est moribonde.

« L’expérience des vingt-cinq dernières années montre que l’immigration est devenue une ressource démographique majeure pour notre pays. Si la population russe s’accroît aujourd’hui, c’est presque exclusivement grâce à elle », soulignent les auteurs du rapport. Entre 1993 et 2008, l’immigration a compensé à 60 % la baisse démographique naturelle. Entre 1992 et 2015, 9 millions de personnes se sont installées dans le pays. Pour faire contrepoids à la perte de population, la Russie devra accueillir au moins 500 000 immigrés par an.

Les départs de ressortissants russes à l’étranger n’ont pas une influence notable sur la situation démographique dans le pays. La seule émigration à souligner est la « fuite des cerveaux », un défi davantage économique et politique.

Pour combler son déficit démographique, le pays devra élargir sa « capacité d’intégration », octroyer la nationalité aux migrants, et définir avec précision le « seuil de tolérance » des régions et des populations locales afin d’éviter tensions et conflits. De la réussite de la politique d’intégration dépendra la capacité de la Russie à relever les défis démographiques auxquels elle est confrontée.

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RBC est un quotidien économique national tiré à 80 000 exemplaires. Fondé en 2006, le journal offre des décryptages pointus et détaillés de l’actualité politique et suit les principales tendances du développement des entreprises en Russie.
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