La Tchétchénie va apporter une aide humanitaire aux réfugiés rohingya

La Tchétchénie distribuera bientôt une aide humanitaire d’un montant de 800 000 dollars au demi-million de Rohingya, minorité musulmane du Myanmar (nom officiel de la Birmanie), ayant fui les persécutions dans leur pays pour se réfugier au Bangladesh, annonce Kommersant.

Les autorités du Bangladesh, qui a accueilli la grande majorité des réfugiés rohingya, ont donné leur accord pour que la fondation caritative du président tchétchène Ramzan Kadyrov exerce ses activités sur leur territoire, a indiqué le sénateur tchétchène Ziyad Sabsabi à Kommersant. « Nous comptons commencer le travail dès le 15 octobre, a-t-il affirmé. Il s’agira ainsi de la première organisation humanitaire russe accréditée au Bangladesh. »

Ziyad Sabsabi précise que la fondation a déjà acheté des « vêtements, tapis, aliments et matériaux de construction », qui seront distribués aux Rohingya. D’ici fin 2017, la fondation prévoit d’allouer près de 800 000 dollars à l’aide aux réfugiés du Bangladesh.

Cette aide humanitaire tchétchène sera la bienvenue, car la situation sur place demeure « critique », a déclaré à Kommersant Ikhtiyar Aslanov, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Bangladesh.

« Le district de Cox’s Bazar, où se trouvent la majorité des 520 000 réfugiés, fait 40 km de long et 10 km de large, a expliqué M. Aslanov. 500 000 autochtones et 300 000 réfugiés birmans arrivés précédemment y vivent également. » À en croire le chef de la délégation, « la situation était déjà très tendue le 25 août, au début de la phase actuelle de la crise » : les fonds manquaient pour purifier l’eau, construire des abris et installer des sanitaires. Tout au long du mois qui a suivi, 500 000 nouvelles personnes sont arrivées dans la région, un afflux massif qui a coïncidé avec la saison des pluies.

Des réfugiés Rohingya ayant fui les violences dans un camp du district de Cox's Bazar. Crédits : Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.
Des réfugiés rohingya ayant fui les violences dans un camp du district de Cox’s Bazar. Crédits : Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

« Nous avons demandé 7 millions de dollars de financements supplémentaires d’ici la fin de l’année, poursuit Ikhtiyar Aslanov. Les gens sont affaiblis, ils ne peuvent pas se chauffer et n’ont pas de toit sur la tête. Tout autour, c’est la saleté et la surpopulation, qui pourraient tout à fait entraîner des épidémies. »

« L’affluence des réfugiés a détruit l’économie locale »

Si la population locale et les autorités bangladaises ont de la « compassion » pour les réfugiés rohingya, leur affluence a détruit l’économie du district, souligne M. Aslanov. « La majorité de la population vit de l’agriculture, or les réfugiés occupent physiquement les champs », explique-t-il. Le gouvernement birman s’est déclaré prêt à accueillir de nouveau ces réfugiés, mais seulement ceux ayant quitté le pays au cours de l’année écoulée. Les autorités du Bangladesh insistent, de leur côté, pour que la Birmanie organise le retour des 800 000 Rohyngia venus s’installer sur leur territoire au cours des 20 dernières années.

Toutefois, aucun des deux scénarios ne paraît envisageable : Aung San Suu Kyi, dirigeante de facto de la Birmanie, a annoncé la semaine dernière que le rapatriement inclurait un contrôle de la nationalité des réfugiés. Autrement dit, la majorité d’entre eux rencontreront des difficultés pour rentrer chez eux. De nombreux Rohyngia ont en effet soit laissé leurs papiers d’identité chez eux lors de leur fuite, soit n’en ont jamais eu, afin de limiter au maximum leurs contacts avec les autorités birmanes.

Aung San Suu Kyi, actuelle ministre des affaires étrangères de Birmanie et inspiratrice du pouvoir actuel. Crédits : Wikimedia.
Aung San Suu Kyi, actuelle ministre des affaires étrangères de Birmanie et inspiratrice du pouvoir actuel. Crédits : Wikimedia.

Rappelons que le pouvoir birman considère les Rohyngia comme des émigrés bangladais illégaux et leur refuse de nombreux droits civils et politiques. La phase actuelle de la crise a démarré après une série d’attaques perpétrées par l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA), créée en 2016, contre des postes de police birmans. Les dirigeants de l’ARSA ont plus tard reconnu que leur objectif était d’« attirer l’attention du monde sur la situation misérable des Rohingya ». L’armée birmane a réagi par une opération militaire de grande ampleur dans l’Arakan, qui a provoqué un exode massif de civils.

Mikhaïl Korostikov

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