Régions : une nouvelle garde de gouverneurs pour booster le développement économique

Depuis le 25 septembre, Vladimir Poutine a déjà renvoyé deux gouverneurs régionaux, et quatre autres ont annoncé leur démission prochaine. En tout, les responsables de dix sujets de la Fédération pourraient être remplacés en l’espace de quelques jours. Tour d’horizon. 

Les départs

Le 25 septembre, le gouverneur de la région de Samara, Nikolaï Merkouchkine, 66 ans, a annoncé sa démission. Dmitri Azarov, 47 ans, maire de la ville de Samara de 2010 à 2014, puis représentant de la région au Conseil de la Fédération, a été désigné pour le remplacer par intérim. On sait que les deux hommes avaient été en conflit. Le gouverneur intérimaire, interrogé sur sa nomination, a promis d’achever la construction du stade Samara Arena pour la Coupe du monde 2018 et d’entamer une « révision complète» du travail de son prédécesseur.

Le gouverneur de la région de Nijni Novgorod Valeri Chantsev, 70 ans, en poste depuis 2005, a fait part de sa démission anticipée le 26 septembre. Pour le remplacer par intérim, Vladimir Poutine a nommé Gleb Nikitine, 40 ans, premier vice-ministre russe de l’industrie et du commerce. Depuis 1999, Gleb Nikitine a assumé diverses responsabilités dans le domaine des biens publics, se chargeant notamment, en 2011, de la privatisation des actions de la banque VTB.

Le gouverneur du kraï de Krasnoïarsk, en Sibérie, Viktor Tolokonski, 64 ans, annoncé sa démission lors d’une réunion du gouvernement régional, le 26 septembre. En poste depuis 2014, il aurait dû y rester jusqu’en 2019. Alexander Ouss, 62 ans, président de l’assemblée législative, a été désigné pour lui succéder par intérim. Cette nomination a surpris : avant son annonce, les experts avançaient les noms de quatre candidats potentiels plus jeunes.

Le 28 septembre, c’est le chef du district autonome de Nénétsie, Igor Kochine, 43 ans, qui a annoncé son départ. Il sera remplacé par intérim par Alexandre Tsyboulski, 38 ans, vice-ministre russe du développement économique.

Le 28 septembre encore, le chef de la république du Daghestan, Ramazan Abdoulatipov, en poste depuis 2014, a confirmé sa démission. Raison formelle de cette décision : son âge. Ramazan Abdoulatipov a 71 ans, soit un an de plus que l’âge limite maximum pour les hauts fonctionnaires. Pour le remplacer par intérim, Vladimir Poutine a désigné Vladimir Vassiliev, 68 ans, vice-président de la Douma et chef de file du parti Russie unie. Diplômé de l’École de police, il a été adjoint du ministre russe de l’intérieur de 2001 à 2003, participant notamment à l’opération de sauvetage lors de la prise d’otages du théâtre de Moscou, en 2002, par des terroristes tchétchènes.

Le 2 octobre, enfin, le gouverneur de la région d’Omsk Viktor Nazarov, 54 ans, a fait ses adieux à son équipe lors d’une réunion matinale, avant l’annonce officielle de son départ par le Kremlin, a révélé le site d’information régionale Om1.ru. Le gouverneur, en poste depuis 2012, a expliqué que l’annonce de son renvoi paraîtrait avant la fin de la semaine, ajoute Om1.ru. Selon des sources proches du Kremlin citées par le quotidien Gazeta.ru, Viktor Nazarov pourrait être remplacé par Sergueï Sokol, 46 ans, directeur de l’entreprise publique Oboronprom, spécialisée dans la vente d’hélicoptères militaires à l’étranger.

Une nouvelle politique régionale

Alexandre Tsyboulski
Vladimir Poutine et Alexandre Tsyboulski, gouverneur par intérim de Nénétsie. Crédits : kremlin.ru

Cette nouvelle vague de démissions-nominations confirme le changement d’orientation de la politique régionale de Vladimir Poutine. À quelques exceptions près, le président remplace la vieille garde des gouverneurs par des candidats jeunes et issus du secteur industriel et commercial.

En février dernier, Poutine avait déjà remercié les gouverneurs de cinq régions russes, les remplaçant par des spécialistes du développement économique des branches de production et des territoires. La région de Novgorod a ainsi été confiée à Andreï Nikitine, 37 ans, diplômé de la Stockholm School of Economics et cinq ans directeur de l’Agence des initiatives stratégiques, chargée de soutien aux entreprises. De même, la région de Riazan est aujourd’hui aux mains de Nikolaï Lioubimov, 45 ans, ex-maire de Kalouga et l’un des initiateurs du « miracle économique de Kalouga ».

À Perm, les rênes ont été confiées à Maxim Rechetnikov, 38 ans, ancien ministre du gouvernement de Moscou, en charge du développement économique de la région.

Les nominations de ces derniers jours, notamment celle d’Alexander Tsyboulski en Nénétsie et celle de Gleb Nikitine à Nijni Novgorod, s’inscrivent dans la même tendance. La tâche principale des responsables nouvellement désignés sera le développement économique des régions, l’augmentation des recettes fiscales et la hausse du niveau de vie de la population, supposent la majorité des experts russes. Les gouverneurs devront développer l’industrie et attirer des investissements – et ce, malgré les sanctions économiques occidentales. Une mission complexe dans le contexte d’une Russie sortant tout juste de la récession et venant à peine de rétablir sa croissance économique (selon l’agence de notation Fitch Ratings, la croissance en Russie devrait atteindre 2 % pour 2017).

Jeux d’influence

La ressemblance physique – effectivement frappante – entre deux des gouverneurs nouvellement désignés, Gleb Nikitine (région de Nijni Novgorod) et Dmitri Azarov (région de Samara), est déjà devenue un objet de plaisanteries. Mais ce n’est pas leur seul trait commun, assure le politologue Evgueni Mintchenko.

gouverneurs régions russes
Gleb Nikitine et Dmitri Azarov. Crédits : kremlin.ru

À en croire ce dernier, les deux hommes sont des proches de Sergueï Tchemezov, directeur général du géant russe de l’industrie de la défense, Rostec. Appartiendraient aussi au cercle d’amis du puissant homme d’affaires le tout nouveau gouverneur de Sébastopol – élu en septembre 2017 –, Dmitri Ovsiannikov, et celui de la région de Kaliningrad, Anton Alikhanov.

Rostec est très actif dans toutes ces régions. Dans la région de Samara, par exemple, la corporation publique contrôle avec Renault le plus gros fabricant automobile russe, AvtoVaz. Et il est évidemment important pour Rostec, sur tous ces territoires, d’entretenir de bonnes relations avec le pouvoir régional.

Par ailleurs, selon le politologue Vitali Ivanov cité par le quotidien RBC, il faut voir derrière la désignation d’Alexander Tsyboulski à la tête du district autonome de Nénétsie la figure d’Igor Setchine, le président de Rosneft. Le prédécesseur du nouveau gouverneur, Igor Kochine, était considéré comme étant l’homme de Lukoil.

Krasnoïarsk et le Daghestan : des cas à part

Parmi les gouverneurs intérimaires fraîchement nommés, Alexander Ouss, à Krasnoïarsk, et Vladimir Vassiliev, au Daghestan, sensiblement plus âgés que leurs collègues parachutés dans d’autres régions, sortent du lot. La revue économique Expert explique le choix d’Alexander Ouss par sa grande notoriété à Krasnoïarsk – il est président de l’assemblée locale depuis 1998 – et l’« estime générale » dont il bénéficie dans la région. « La mission d’Ouss sera de réconcilier les diverses élites régionales, qui se sont fortement désolidarisées sous le mandat de son précurseur, Viktor Tolokonski », précise la revue.

Le choix de Vladimir Vassiliev pour la gouvernance du Daghestan, cette république caucasienne multiethnique, a, quant a lui, fortement surpris les experts. Traditionnellement, la région est en effet dirigée par des représentants des ethnies autochtones : Magomedsalam Medomedov, qui a présidé la république de 2010 à 2013, était darguine, et Ramazan Abdoulatipov, en poste depuis 2014, était avare. Or, Vladimir Vassiliev, né d’un père kazakh et d’une mère russe dans la région de Tver, n’a aucun lien manifeste avec le Daghestan. Toutefois, selon le rédacteur en chef du journal daghestanais Novoïe Delo Gadjimourad Saguitov, ce détail ne devrait pas l’empêcher de diriger la région. « En réalité, les Daghestanais sont las des divisions ethniques permanentes, ils veulent un chef compétent et juste – peu importe ses origines, affirme le journaliste », cité par RBC.

Poutine monte une équipe

La décision de renvoyer les gouverneurs vient du président en personne, et c’est également lui qui propose les candidatures de leurs remplaçants par intérim. Le gouverneur ainsi désigné doit ensuite remporter les élections dans sa région.

Le 10 septembre dernier, 16 régions russes ont organisé des élections de gouverneurs – tous les candidats victorieux, sans exception, avaient été préalablement nommés responsables intérimaires par Vladimir Poutine.

« Poutine est en train de monter une équipe pour 2018, qui sera composée non seulement de nouveaux hauts fonctionnaires, mais aussi de responsables régionaux », a affirmé à RBC Andreï Kolesnikov, expert du Moscow Carnegie Center. Une analyse partagée par Evgueni Mintchenko : « Le Kremlin se débarrasse des gouverneurs âgés, qui ne bénéficient pas de soutien au sein du cercle des proches de Poutine », a déclaré ce dernier au quotidien Kommersant.