Dans la tête du gouverneur de Saint-Pétersbourg

Si Gueorgui Poltavtchenko gouverne la deuxième ville de Russie depuis six ans, les Pétersbourgeois en savent assez peu sur cet homme de 64 ans, discret et peu bavard, connaissance de longue date de Vladimir Poutine. Les interviews du personnage sont rares. En septembre dernier, il a fait une exception pour Novaïa Gazeta, journal indépendant, connu pour ses positions critiques vis-à-vis du pouvoir. Le Courrier de Russie vous en relate l’essentiel.

« Je n’aime pas donner des interviews » : c’est ainsi que Gueorgui Poltavtchenko commence son entretien avec la rédactrice en chef de Novaïa Gazeta à Saint-Pétersbourg, Diana Katchalova. Pour ce diplômé de l’école du KGB de Minsk, la com’ n’est clairement pas une priorité. « Je ne cherche pas à plaire, affirme-t-il. Je préfère parler moins et travailler davantage, afin d’être jugé uniquement sur les résultats de mes efforts. ».

Gueorgui Poltavtchenko est de ceux qui aiment passer inaperçus. « Pour moi, la situation idéale, c’est quand les gens ne se demandent qui est leur gouverneur qu’en arrivant au bureau de vote, le jour de l’élection. Ils apprennent que c’est Poltavtchenko. Puis, on leur énumère les autres candidats. Mais les gens se disent que, puisque tout va bien pour eux, ils n’ont qu’à garder le même… », explique-t-il encore.

Aux dernières élections régionales, en 2014, Poltavtchenko a été élu à 79,3 % des voix – un score qui lui fait dire aujourd’hui que les Pétersbourgeois sont plutôt « bienveillants » à son égard. « Quand je me promène dans la rue, les gens me saluent. Je ne vois pas d’hostilité dans les regards, confie-t-il, l’air candide, à Novaïa Gazeta. Quid de ceux qui sont descendus par milliers battre le pavé de Saint-Pétersbourg, l’hiver dernier, afin de protester contre le transfert de la cathédrale Saint-Isaac, aujourd’hui musée d’État, sous l’autorité de l’Église ? « Ce n’est qu’un groupe de gens, très actif et qui fait du bruit, mais toujours le même », rétorque le gouverneur. Des gens, qui plus est, qui osent affirmer que tous les maux de Saint-Pétersbourg viennent du fait que ceux qui la gouvernent n’en sont pas originaires. Une allusion que Gueorgui Poltavtchenko prend mal. Très mal.

« C’est vrai, je suis né non à Leningrad mais à Bakou, dans le grand pays que l’on appelait l’URSS, dit-il à la journaliste. Mais je me suis toujours considéré comme un Pétersbourgeois, car mes ancêtres sont nés et ont servi dans cette ville, notamment dans la flotte de la Baltique. Ma mère a perdu toute sa famille pendant le siège de Léningrad, elle est restée seule à 14 ans, elle a travaillé pendant la guerre… De 7 à 17 ans, j’ai vécu dans un appartement communautaire sur la perspective Nevski. Je sais ce que c’est, Léningrad : c’est ma ville natale et bien aimée.»

Quant au « groupe de gens actifs » qui manifestent aux cris de « Aucun pardon pour Poltavtchenko », ils n’auraient tout simplement « pas de vrais problèmes » dans la vie, selon le gouverneur. « Parce que quand les gens ont de vrais problèmes – d’argent, de travail ou de santé -, ils ne vont pas discuter de l’avenir de la Saint-Isaac, poursuit Gueorgui Poltavtchenko. Ils vont directement au pied du palais Smolny (résidence du gouverneur de Saint-Pétersbourg, ancien Institut Smolny, ndlr) et mettent le pouvoir face à ses responsabilités. Or, je ne vois personne de ma fenêtre. Ce qui veut dire que les choses ne vont pas si mal que ça à Saint-Pétersbourg. »

Le palais Smolny, résidence du gouverneur de Saint-Pétersbourg. Crédits : Wikimedia
Le palais Smolny, résidence du gouverneur de Saint-Pétersbourg. Crédits : Wikimedia

Tous croyants

Pour le gouverneur, la question de la cathédrale « est réglée ». « Nous en avons longuement discuté avec le patriarche, et l’Église est tout à fait prête à assurer l’entretien de l’édifice, tout comme à continuer d’y accueillir des visiteurs, précise-t-il, avant d’exprimer sa position sans détours : La plus grande cathédrale de Russie doit appartenir à l’Église orthodoxe russe, il ne peut en être autrement. »

Gueorgui Poltavtchenko ne cache pas ses convictions religieuses : s’il précise que la foi « est chose intime », il se dit ouvertement orthodoxe, croyant, et même pèlerin assidu. À la question de savoir pourquoi certains hauts fonctionnaires pétersbourgeois préfèrent se rendre en pèlerinage sur le mont Athos, en Grèce, plutôt qu’au monastère d’Optina, en Russie, le gouverneur répond : « Moi, je vais régulièrement à Optina et je compte y retourner. Tout comme je voudrais retourner à Athos dès que je le pourrai », ajoute-t-il, en regrettant de ne pas en avoir la possibilité « aussi souvent » qu’il le désire. « Les sensations que l’on éprouve [sur le mont Athos] sont incomparables », confie-t-il, avant d’énumérer les autres hauts lieux de pèlerinage où il se rend régulièrement : le monastère Alexandre Svirski près de Saint-Pétersbourg, Saint Tikhon à Kalouga… Et de recommander à la journaliste d’y aller, elle aussi. « Mais je ne suis pas croyante ! », s’exclame Diana Katchalova. « Je ne suis pas d’accord avec vous, réplique le gouverneur. Vous croyez bien en quelque chose. Vous croyez que Dieu n’existe pas – donc, vous êtes croyante. »

C’est aussi pour ces « croyants malgré eux » que le gouverneur organise, chaque automne depuis 2013, une grande procession religieuse sur la perspective Nevski. En septembre dernier, elle a réuni 100 000 personnes, dont le président de l’assemblée législative municipale Viatcheslav Makarov et deux vice-gouverneurs, Igor Albine et Konstantin Serov. Un événement qui, dans l’esprit de certains Pétersbourgeois, vient en remplacer un autre : le grand carnaval qui se déroulait tous les ans depuis 2001 à l’occasion de l’anniversaire de la ville, annulé par Gueorgui Poltavtchenko en 2011. « La ville a-t-elle tellement changé depuis ? », demande la journaliste. « La ville n’a pas changé, répond le gouverneur. C’est la vie qui change. Certes, nous n’avons plus de carnaval mais… » Et d’énumérer les événements culturels organisés à Pétersbourg depuis qu’il est en poste : « les ponts chantants», « l’opéra pour tous », le forum culturel international et même la valse des bateaux-remorqueurs « qui dansent sur l’eau en musique, c’est magnifique », s’enthousiasme le gouverneur, avant de conclure : « Si les Pétersbourgeois avaient voulu que le carnaval revienne, ils m’auraient assailli de questions sur son sort. Mais six ans ont passé depuis que nous l’avons annulé, et je n’ai jamais reçu la moindre plainte. Nous ne sommes pas Rio, tout de même ! » Décidément non.

1 commentaire

  1. Voila pourquoi, je prononce toujours la sainte Russie.
    Oui c’est un miracle de Dieu de voir des anciens du KGB renouer avec la foi.
    Vive la sainte et grande Russie, vive monsieur Poltavtchenko et vive monsieur Poutine, quelle classe tous ces dirigeants russes, ils ont une noblesse que n’ont pas nos dirigeants français.
    Mon rêve c’est de visiter saint- Pétersbourg et Moscou mais je n’en ai pas les moyens, c’est pas grave, je les aime déjà.

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