En 2017, la Russie enregistre le nombre de prisonniers le plus bas depuis 80 ans

La population carcérale en Russie représente aujourd’hui 630 000 personnes, soit le chiffre le plus bas enregistré au cours des 80 dernières années. À quoi est due cette diminution flagrante ? La revue Rousski Reporter a mené l’enquête ; Le Courrier de Russie la résume.

Il y a un siècle exactement, en septembre 1917, les prisons de Russie ne comptaient que 34 000 détenus, selon la statistique officielle. En septembre 1921, leur nombre était passé à 62 500, et n’a cessé de croître depuis, pour atteindre 1 million en 1935, puis 2 millions 400 000 en 1941, soit 1 500 détenus pour 100 000 personnes.

En 1952, un an avant la mort de Staline, la Russie comptait plus de 2,5 millions de prisonniers. En 1955, sous l’effet de l’amnistie générale proclamée par Khrouchtchev, le nombre de prisonniers est divisé par deux et reste stable jusqu’aux années 1970. Puis, on assiste à une nouvelle hausse, avec un pic en 1986 : le nombre de détenus double de nouveau, passant à 2,3 millions, soit 864 détenus pour 100 000 personnes. Avec l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir, le chiffre repart à la baisse pour atteindre, en 1991, 1,2 millions de prisonniers, soit 433 détenus pour 100 000 personnes.

Dans les années 1990, les taux s’envolent : entre 1996 et 2000, le pays compte 700 détenus pour 100 000 personnes. À partir de 2001, le nombre de prisonniers commence de baisser, puis augmente en 2004 pour se réduire de nouveau en 2008. Il ne cesse de diminuer depuis pour atteindre, en 2017, ce taux record de 431 détenus pour 100 000 personnes.

Les détenus prisonniers et leurs gardiens se comprennent aisément D.R.
Prisonniers dans un centre de détention en Russie. Crédits : DR

Moins de crimes, moins de détenus

Le nombre de crimes diminue en parallèle : alors que 2 700 crimes et délits (pour 100 000 personnes) avaient été enregistrés en 2006, en 2016, le taux n’est plus que de 1 474, selon la statistique officielle, citée par le criminologue Yakov Guilinski. C’est le nombre de meurtres qui a le plus diminué, souligne l’expert, passant de 23 pour 100 000 personnes en 2001 à 7,1 en 2016 – soit une division par trois. Le nombre de cambriolages et de viols diminue également.

Autre chiffre porteur d’espoir : celui de la délinquance juvénile. Selon les données officielles, le nombre de mineurs détenus en colonies spécialisées est passé de 25 000 en 1998 à 1 700 en 2016, soit plus de 20 fois moins.

La durée moyenne de détention s’est également réduite, passant de huit ans en 2005 à cinq ans aujourd’hui. Motif : l’humanisation de la législation, réalisée en grande partie par Dmitri Medvedev, alors qu’il était président – en 2010 et en 2011, le pays a adopté une série d’amendements qui ont sensiblement adouci le Code pénal. Par conséquent, le nombre de détenus a baissé de 175 000 individus entre 2008 et 2012.

En 2015, la Douma, sur demande du président Vladimir Poutine, a fait passer un certain nombre de délits du Code pénal au Code administratif, qui ne prévoit pas d’emprisonnement. Cette réforme concerne les menaces d’assassinat, le non-paiement de pensions alimentaires, l’usage de faux papiers ou encore les coups portés à des membres de sa famille sans causer de dommages graves à leur santé. Ce dernier amendement a d’ailleurs provoqué de vifs débats au sein de la société russe et à l’étranger – pourtant, malgré la controverse, cette décision s’inscrit bien dans la tendance générale à l’adoucissement des peines observée en Russie ces derniers temps.

Autre signe de cette tendance : certains crimes et délits, autrefois punis d’emprisonnement, ne sont aujourd’hui plus passibles que de travaux d’intérêt général, d’amendes ou encore de résidence surveillée.

Le nombre de femmes détenues diminue également : elles sont passées de 54 659 en 2013 à 48 442 en août 2017, selon la statistique officielle. La part des femmes dans la population carcérale est de 7,7 %.

Moins qu’aux États-Unis mais plus qu’au Brésil

Pourtant, si la Russie fait des efforts considérables pour réduire le nombre de ses détenus, les chiffres demeurent largement supérieurs à ceux de l’Union européenne. Selon Rousski Reporter, en 2017, la Russie compte ainsi moins de prisonniers que les États-Unis (666 pour 100 000 personnes), le Turkmenistan (583) ou Cuba (510), mais plus que le Brésil (319), la Chine (266), l’Ukraine (167), la France (103) ou l’Allemagne (59).

Sur fond de cette libéralisation générale, Rousski Reporter note aussi quelques contre-tendances : alors que la quantité de peines pour crimes graves diminue depuis dix ans, le nombre d’individus emprisonnés pour « trafic de stupéfiants » est en hausse permanente : il est passé de 65 000 en 2006 à 140 000 en 2017. Surtout, précise la revue, on trouve parmi ces condamnés des dealers mais aussi de simples usagers, interpellés et poursuivis en justice « afin de permettre à la police de respecter son plan d’affaires judiciaires ».

Autre tendance négative : la recrudescence des condamnations pour « extrémisme » et « incitation à la haine », passées de 137 en 2011 à 661 en 2016. La plupart de ces décisions de justice punissent la publication de propos et contenu sur Internet. Ainsi, en 2017, le blogueur Rouslan Sokolovski, 21 ans, a été condamné à deux ans et trois mois de prison avec sursis pour « offense aux sentiments des croyants ». En cause : un clip vidéo, tourné à Ekaterinbourg, où le jeune homme se filme en train de jouer à Pokemon Go dans une église. Maxime Kormelitski, 21 ans, habitant de Berdsk, en Sibérie, a été condamné en 2016 à un an et trois mois de détention pour avoir publié sur sa page Vkontakte une image tournant en ridicule des personnes se baignant pour la Théophanie. En 2015, enfin, Elvira Soultanakhmetova, musulmane, 23 ans, habitante de Pervoouralsk, a été condamnée à 120 heures de travaux d’intérêt général pour avoir qualifié sur sa page Vkontakte de « païens abjects » des personnes célébrant le jour de l’An.

À l’encontre de la libéralisation générale de la législation russe, enfin, Rousski Reporter note une tendance à la hausse des condamnations de hauts fonctionnaires pour corruption.

Rousski reporter

Rousski Reporter est une revue bimensuelle d’information qui travaille, depuis 2007, à faire découvrir aux Russes leur propre pays. Elle consacre des reportages photos à divers coins de Russie et publie régulièrement des articles de fond sur ceux de ses habitants qui lancent des projets humanitaires et scientifiques visant à rendre leur pays et le monde meilleurs. Site.

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