La Russie comme lieu de rencontres d’affaires

L’industrie des rencontres ou du tourisme d’affaires non seulement favorise les échanges mutuels entre les cercles d’affaires mais est également un des principaux moteurs de l’économie et un instrument permettant de promouvoir des territoires et d’injecter de l’argent dans les budgets régionaux et fédéraux.

Le marché mondial des événements d’affaires est estimé à un milliard d’euros par an par les experts, avec une part de 1 % pour la Russie*. En moyenne, ce secteur représente jusqu’à 1,5 % du PIB des pays européens contre moins de 0,1 % en Russie.

Comment l’industrie russe des rencontres d’affaires se porte-t-elle et observe-t-on une tendance à l’augmentation de son poids dans l’économie du pays 

La Russie en queue de peloton

En 2016, la Russie se positionnait à la 42e place du classement des meilleures destinations pour le tourisme de congrès établi par l’Association internationale des conférences et des congrès (ICCA). Elle est devancée non seulement par les plus grandes économies du monde mais également par ses partenaires des BRICS, tels l’Afrique du Sud et le Brésil, ainsi que par la Thaïlande et la Turquie, pour ne citer que quelques pays. Les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne dominent le classement.

Parmi les villes leaders dans l’organisation d’événements d’affaires, les mégapoles russes occupent une position encore moins enviable. Saint-Pétersbourg se classe ainsi 88e, et Moscou 94e. Le peloton de tête est depuis de nombreuses années occupé par Paris, Vienne, Barcelone, Berlin et Londres.

Pour expliquer ces mauvais résultats de la Russie, les experts évoquent l’ouverture relativement récente de l’économie russe, la promotion insuffisante de l’industrie événementielle dans le pays ainsi que le régime des visas, qui complique l’entrée des étrangers sur le territoire.

« Des propositions sensées ont été formulées pour simplifier le régime des visas pour les invités et les touristes d’affaires de villes russes comme Vladivostok et Saint-Pétersbourg. Si des visas électroniques sont introduits dans une région pour que les touristes puissent en visiter les villes durant quelques heures, la majorité des problèmes seront résolus », estime Sergueï Alexeïev, président de l’Union russe des expositions et des foires.

« La Russie entretient des liens économiques et culturels de longue date avec différents pays, est un centre prometteur du développement de l’industrie des rencontres d’affaires et dispose de suffisamment d’infrastructures pour accueillir bien plus d’événements internationaux majeurs », estime Alexeï Kalatchev, directeur du projet « Bureau national de congrès de Russie ».

L'une des missions principales du Forum international de l'Arctique est d'assurer le développement durable de l'Arctique et l'élévation du niveau de vie des populations y résidant. Crédits : DR
L’une des missions principales du Forum international de l’Arctique est d’assurer le développement durable de l’Arctique et l’élévation du niveau de vie des populations y résidant. Crédits : DR

Rencontres de titans

Actuellement, la Russie organise chaque année près de 14 000 événements d’affaires. Toutefois, le nombre de rencontres d’affaires de haut niveau reste très faible. La plus importante d’entre elles est le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF), qui se tient dans la capitale du Nord chaque début d’été depuis 1997 et est surnommé le « Davos russe ». Le forum rassemble tous les ans d’éminents experts, les chefs des plus grandes entreprises et des personnalités politiques du monde entier. Le président Vladimir Poutine assiste régulièrement au SPIEF et des accords cruciaux pour la Russie y sont conclus.

L’organisateur du « Davos russe » – la fondation publique Roscongress – met sur pied, outre le SPIEF, une série d’autres grands événements d’affaires dans le pays. Il s’agit notamment du Forum russe d’investissement de Sotchi, du Forum économique oriental de Vladivostok et du Forum arctique d’Arkhanguelsk.

Le forum de Sotchi a obtenu le statut « international » en 2004. Initialement organisé à la fin du mois de septembre, il a été déplacé au mois de février en 2017, ce qui lui vaut d’être surnommé le « Forum hivernal de Saint-Pétersbourg » par les journalistes et le monde des affaires. L’envergure du Forum d’investissement de Sotchi n’est toutefois pas encore comparable à celle du SPIEF. Ici, ce sont les régions qui présentent leurs projets d’investissement, principalement celles du sud de la Russie, mais aussi des entreprises russes et étrangères ainsi que les ambassadeurs de différents États.

Le Forum international arctique et le Forum économique oriental commencent seulement à devenir internationaux et ont respectivement lieu depuis 2010 et 2015. Leurs objectifs sont de développer les régions (arctique et extrême-orientale) et d’établir un dialogue et des partenariats avec les pays voisins.

Une particularité notable de tous ces événements est qu’ils réunissent des représentants du big business et des dirigeants du monde entier, autrement dit ils défendent principalement les intérêts des grandes entreprises.

Vingt-huit accords ont été signés lors du Forum économique de Krasnoïarsk en 2017. Crédits : DR
Vingt-huit accords ont été signés lors du Forum économique de Krasnoïarsk en 2017. Crédits : DR

Formats « réduits »

Les forums d’affaires destinés aux acteurs plus petits ne sont pas aussi nombreux en Russie. Un des plus importants est le Forum économique de Krasnoïarsk, qui rassemble chaque printemps depuis 2004 non seulement d’éminents experts et représentants des pouvoirs publics mais aussi des PME.

Depuis quelques années, un grand nombre de régions russes entreprennent elles aussi des initiatives et organisent des événements annuels pour attirer des investisseurs. On peut par exemple citer le Forum économique de Russie centrale de Koursk, le Forum économique de Vladimir et le « Pont d’affaires » d’Ijevsk.

Outre ces forums régionaux, des congrès spécialisés ont régulièrement lieu à travers la Russie, tels la Semaine de l’énergie russe ou le Congrès international de finances. Les événements agricoles sont particulièrement populaires du fait de la politique de substitution aux importations. Ainsi, en avril 2017, s’est tenu à Rostov-sur-le-Don le 2e Forum panrusse sur la sécurité alimentaire, organisé tous les deux ans et consacré au développement du secteur agro-industriel russe sur fond d’embargo alimentaire.

Parmi les rencontres d’affaires russes, on peut également évoquer les espaces de discussion destinés à l’échange d’opinions. Le Forum Gaïdar, par exemple, réunit chaque année depuis 2010 les plus grands experts et personnalités politiques internationaux autour de discussions sur les principaux problèmes et tendances de l’économie russe.
Des conférences thématiques sont également organisées par les grands médias russes. Plusieurs fois par an, RBC et Vedomosti mettent ainsi sur pied des espaces de discussion consacrés aux problèmes économiques actuels et aux secteurs prometteurs que sont notamment l’agriculture, l’IT, les ressources humaines, le commerce de détail et la mécanique. Différents organismes publics et politiques, telles les chambres de commerce et d’industrie, abordent régulièrement ces thèmes lors de leurs propres événements.

Depuis quelque temps, un nouveau format de rencontres d’affaires gagne en popularité en Russie. Il s’agit par exemple du forum d’affaires Atlanty ou du club d’affaires Forbes, lors desquels interviennent de grands hommes d’affaires russes. On ne peut toutefois pas les qualifier de forums propices à la conclusion de contrats, mais plutôt de sessions de coaching et de lieux de rencontres utiles et d’échanges d’expériences.

Des experts originaires de plus de 70 pays ont participé au dernier Forum Gaïdar. Crédits : DR
Des experts originaires de plus de 70 pays ont participé au dernier Forum Gaïdar. Crédits : DR

Une longueur d’avance

Une des sphères de l’industrie russe des rencontres d’affaires qui se démarque quelque peu au niveau régional, à défaut du niveau mondial, est celle des expositions et des foires. Si le secteur russe des congrès représente 14 milliards de roubles, celui des foires est deux fois plus important avec 28 milliards de roubles. Différents classements réputés incluent le marché russe des expositions dans leur top 10 mondial.

Selon plusieurs études menées conjointement par l’Union russe des expositions et des foires et l’entreprise Russcom IT Systems, près de deux millions de m2 d’espaces d’expositions sont construits chaque année en Russie, dont environ 1,5 million à Moscou, soit 75 %.

« Le montant estimé des contrats conclus à l’issue de toutes les expositions moscovites, soit 350 événements, s’élève à 1 065 milliards de roubles par an. Ainsi, la part estimée des expositions moscovites dans le PIB de la Russie est de 1,9 % », a déclaré Andreï Joukovski, directeur du programme d’exposition « Made in Moscow » du Département moscovite des sciences, de la politique industrielle et de l’entrepreneuriat.

L’industrie des expositions est apparue en Russie plus tôt que dans plusieurs pays européens. Si la première exposition de Saint-Pétersbourg s’est tenue en mai 1829, ce secteur a été délaissé à l’époque soviétique. « L’industrie a commencé à renaître en Russie en 1991 avec la création de l’Union russe des expositions et des foires. Auparavant, nous n’avions que le Centre panrusse des expositions (VDNKh) et le World Trade Center », souligne Sergueï Alexeïev, président de l’union.

« Malheureusement, beaucoup d’entreprises sont incapables de promouvoir leurs produits. Notre mission aujourd’hui est de faire accéder cette industrie au niveau international », a déclaré début juin M. Alexeïev au SPIEF 2017, lors d’une session consacrée aux rencontres d’affaires.

La Russie, futur leader des rencontres d’affaires ?

Le problème du développement de l’industrie des rencontres d’affaires a pour la première fois fait l’objet d’une discussion à part au SPIEF. Lors de la session « L’industrie des rencontres comme moteur de développement de l’économie russe », des experts russes et étrangers ont discuté du potentiel de la Russie et cité les meilleurs exemples d’organisation réussie d’événements d’affaires dans le monde.

La création dans le pays d’un Bureau national de congrès a également été abordée lors des débats. Son objectif principal vise à promouvoir la Russie et les régions russes au niveau international et à créer une image favorable du pays en tant que territoire propice à l’organisation d’événements mondiaux.

L’organisme, créé sous la direction de Roscongress pour le compte du ministère de l’industrie et du commerce, agira sous la forme d’un partenariat public-privé. Il prévoit de suivre les exemples de projets étrangers réussis tels que les Bureaux de congrès autrichien, finlandais, thaïlandais, etc. et compte en outre coopérer avec les bureaux de congrès régionaux et municipaux qui existent déjà en Russie.

Il est encore trop tôt pour évaluer le potentiel de cette nouvelle structure, qui n’a d’ailleurs pas encore été officiellement enregistrée. Toutes les formalités juridiques doivent être remplies à l’été 2017. L’organisation n’hésite pas à se fixer des objectifs ambitieux, notamment de faire entrer, d’ici quelques années, la Russie dans le top 10 du classement mondial de l’ICCA. Alexeï Kalatchev reconnaît toutefois que cet objectif nécessitera de gros efforts.

« L’organisation d’événements demande un long travail en amont. Ainsi, pour un événement qui aura lieu en 2020, nous devons déposer une demande dès aujourd’hui. L’objectif peut être atteint si nous commençons le travail dès maintenant », a-t-il conclu.

1 commentaire

  1. J’ai lu avec intérêt le sujet abordé dans cet article qui vient à point nommé maintenant qu’on apprend qu’Emmanuel Macron participera au Forum économique international de Saint-Pétersbourg
    SPIEF 2018.
    Pourquoi ne cite-on pas le Club Valdaï parmi les événements majeurs parmi « les titans » ?
    Le club Valdaï défend la vision d’un monde multipolaire, par opposition à un monde unipolaire dominé par les États-Unis d’Amérique. C’est bien du monde des affaires qu’il s’agit. Le Nouvel_Ordre_Mondial dont il a été question en 2014 au Forum de Valdaï concerne essentiellement l’économie même si ce n’est pas à proprement parler un Forum du « monde des affaires » ?
    Accessoirement je trouve que la mise en exergue du titre « La Russie en queue de peloton » dans l’article est un peu mal venue. La mise en avant d’une vision négative en début d’artricle a dérouté le lecteur sympatisant de la cause russe que je suis, à l’instar du Courrier de Russie.

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