Les Chemins de fer de Russie célèbrent leur 180e anniversaire

À l’occasion du 180e anniversaire des Chemins de fer de Russie, le musée d’histoire russe contemporaine de Moscou consacre une exposition à leur histoire mouvementée : À travers le temps et les distances.

Le 30 octobre 1837 – il y a 180 ans –, la locomotive Provorny («Agile») tirait ses huit premiers wagons de Pétersbourg à Tsarskoïe Selo, résidence impériale située dans le village de Pouchkine, à 25 km de la capitale – ouvrant la première liaison régulière de l’histoire des chemins de fer de Russie. Quelques années plus tard, des trains circulaient de Saint-Pétersbourg à Moscou, puis de Moscou à Serguiev Possad. Et dès les années 1870, la construction des chemins de fer connaissait un véritable boum sur tout le territoire de l’empire.

L’année 1888 marque la première catastrophe de l’histoire des chemins de fer russes : un train qui emmenait la famille impériale de Crimée à Saint-Pétersbourg déraille à cause de l’érosion des traverses, près de la gare de Bokri, sur la ligne Koursk-Kharkov-Azov, dans l’actuelle région de Kharkov, en Ukraine.

Si les membres de la famille impériale ont été épargnés – plusieurs sources racontent que le tsar Alexandre III a soulevé lui-même le toit du wagon accidenté pour permettre à sa famille d’en sortir –, la catastrophe a coûté la vie à de nombreux membres de la cour et domestiques.

La survie de la famille impériale a été perçue à l’époque comme un miracle. L’exposition du musée d’histoire russe contemporaine présente notamment le livre Miracle de la grâce de Dieu, qui décrit ces événements, mais aussi une iconostase ambulante, offerte au tsar par le 16e régiment impérial de chasseurs en mémoire du sauvetage.

Une vitrine de l'exposition À travers le temps et les distances. Crédits : Musée d'histoire russe contemporaine
Une vitrine de l’exposition À travers le temps et les distances. Crédits : Musée d’histoire russe contemporaine

« La construction des chemins de fer a scellé le destin des villes entières »

On y trouve aussi des pièces tout à fait surprenantes, comme un morceau de peau de brachymystax (lenok) – un poisson désormais inscrit au Livre rouge des espèces protégées –, rapporté de Sibérie par Savva Mamontov, cet entrepreneur et mécène qui a beaucoup investi dans la construction des chemins de fer en Russie, suivant lui-même les chantiers de très près.

« Mamontov voulait savoir où allait son argent, explique Alexander Ilyne, directeur du département des expositions du musée. Il se passionnait pour les travaux, discutait avec les ingénieurs, s’y connaissait en la matière… Il ne faut pas oublier que la construction des chemins de fer a scellé le destin de villes entières. »

L’exemple le plus frappant de ce constat, pour Alexander Ilyne, est celui de l’érection du pont sur l’Ob au moment de la construction du Transsibérien. Il y avait deux options : Tomsk et Kolyvan. Bien que les marchands de Tomsk aient fait du lobbying pour leur ville, le pont sur l’Ob a finalement été construit plus au Sud, près de Kolyvan – sur l’insistance, notamment, de l’ingénieur des ponts et chaussées et écrivain célèbre Nikolaï Garine-Mikhaïlovski. Le passage du train a entraîné la croissance rapide de la ville de Novonikolaevsk – aujourd’hui Novossibirsk.

« Avec Chicago, aux États-Unis, Novonikolaevsk-Novossibirsk est une des deux seules villes au monde construites littéralement à partir de zéro au XIXè siècle, et finalement devenues des métropoles millionnaires », note le directeur des expositions.

Maquette du train à grande vitesse Sapsan. Crédits : Musée d'histoire russe contemporaine
Maquette du train à grande vitesse Sapsan. Crédits : Musée d’histoire russe contemporaine

Un billet de première classe pour Raspoutine

Autre voyageur célèbre du Transsib : le favori de la famille impériale Grigori Raspoutine, qui retournait en train depuis Saint-Pétersbourg dans son village natal de Pokrovskoïe, dans la province de Tobolsk.

L’exposition présente un document autorisant Raspoutine à voyager de Moscou à Kiev en 1914.

« Il n’a pas encore été possible d’établir qui précisément a émis ce document, ordonnant de délivrer à Raspoutine son billet de train, précise Alexander Ilyne. Raspoutine voyageait beaucoup, réalisant notamment de nombreux pèlerinages. Lors de ce voyage de 1914, il se rendait probablement à la Laure des Grottes de Kiev. »

Le « talon pour autorisation № 20 » a été remis à Grigori Raspoutine, présenté, dans la case « qualité », comme « serviteur du culte » le « 21e jour d’octobre de l’année 1914 ». Le document, qui porte la signature de Raspoutine, lui a permis « sans prélèvement de paiement » d’obtenir, en caisse de la gare de Moscou, un billet de première classe pour Kiev, avec « droit au transport gratuit d’un bagage pour le poids d’un poud » (cette unité de mesure en vigueur dans l’Empire russe équivaut à 16,38 kg, ndlr).

« C’est une des pièces les plus intéressantes de l’exposition, souligne Alexander Ilyne. Elle montre combien le chemin de fer, dès le début du XXè siècle, faisait partie intégrante de la vie des personnages célèbres autant que des gens simples. »

Plus généralement, l’exposition du musée d’histoire russe contemporaine retrace toutes les étapes du développement des voies de chemin de fer au XXe siècle et dépeint le rôle du train dans la vie quotidienne des Russes.

À travers le temps et les distances, jusqu’au 14 janvier. Musée central d’État d’histoire russe contemporaine, oul. Tverskaïa, 21. Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h, excepté le mercredi : 12h-21h. Fermé le lundi. Clôture des caisses une demi-heure avant la fermeture des salles.

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