La bande son de la révolution russe

De la Marseillaise à Hatikvah, quelles étaient les chansons populaires parmi les révolutionnaires russes en 1917 ? LCDR Radio en a concocté une petite compil’, inspirée par le portail d’information Arzamas.

La Marseillaise

Comme leurs confrères français de la fin du XVIIIe siècle, à qui ils vouaient une certaine admiration, les révolutionnaires bolchéviques se rassemblaient derrière la Marseillaise. Enfin, pas tout à fait la même – celle des travailleurs. Adaptée par le philosophe Piotr Lavrov en 1875, la Nouvelle Chanson, comme on avait aussi coutume de l’appeler, célébrait le reniement de l’ancien monde et appelait le peuple ouvrier à se soulever sur la mélodie originale de Claude Joseph Rouget de Lisle. Très populaire dans la rue, elle devint même l’hymne officiel du jeune État soviétique le 2 mars 1917 – cinq jours après la destitution de Nicolas II. Interprétée d’abord dans une forme originale un peu bancale, les paroles russes ne collant guère à la mélodie française, La Marseillaise des travailleurs est rapidement réadaptée par le compositeur Alexandre Glazounov, dans une version légèrement plus lente, avant d’être remplacée par L’Internationale en janvier 1918.

L’hymne de la Russie libre

Vive la Russie, un pays libre ! – le vers résume à lui seul cette chanson devenue un hymne officieux, composée par Konstantin Balmont et Alexandre Gretchaninov au lendemain de la révolution de Février, première étape de la grande révolution russe. Chantée principalement lors des rassemblements, elle ne parvint toutefois pas à se hausser au rang d’hymne d’État, demeurant populaire principalement au sein des émigrés d’Europe et d’Amérique. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle devient cependant, paradoxalement, l’indicatif de la Radio Free Europe, anti-communiste.

La marche funéraire

La marche funéraire est née bien avant que l’aube de la révolution ne se lève sur la Russie impériale, composée dans les années 1830 par Alexandre Varlamov sur des paroles d’Ivan Kozlov, qui s’était lui-même inspiré du célèbre poème L’enterrement de Sir John Moore après La Corogne, de l’Irlandais Charles Wolfe. En Russie, elle fut chantée dès 1905, lors de funérailles de « victimes de l’écrasement de la révolte », puis interdite. Elle ressort de la clandestinité en 1917 – alors que disparaissent les « premiers héros de la révolution ».

Smelo, tovarichtchi, v nogu !

Rédigé dans le coin d’une cellule de la prison moscovite de Taganskaïa par le chimiste révolutionnaire Leonid Radine en 1898, le célèbre Hardi !, camarades a d’abord conquis les révoltés de 1905, avant de s’imposer naturellement lors des événements de 1917. Marchons au pas, camarades, Marchons au feu hardiment ! Par-delà les fusillades, La liberté nous attend ! : un vrai chant de guerre, qui n’est pas sans rappeler le tube révolutionnaire français du siècle précédent.

Hatikvah (« L’Espoir », « L’hymne des sionistes »)

Écrite en Ukraine en 1878 par Naftali Herz Imber, sous le titre Tikvatenou (« Notre espoir »), cette chanson résonnait en 1917 comme un vent de liberté pour les populations juives de Russie, la révolution de Février ayant aboli la Zone de résidence, cette région de l’ouest de l’Empire où les Juifs, enregistrés comme tels, étaient cantonnés par le pouvoir depuis 1791. Signe de l’avènement du nouvel ordre, cette version de l’Hymne des sionistes, jouée ici dans la Kiev révolutionnaire de 1917, est dirigée par un ancien résident de la zone, Arkadi Itkis. Hatikvah est l’actuel hymne de l’État d’Israël.