Ksenia Sobtchak, « vraie fausse candidate » à la présidentielle russe

Selon certains médias, la très mondaine journaliste, présentatrice télé et fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg Ksenia Sobtchak pourrait se présenter à la présidentielle russe de 2018 en tant que représentante du camp libéral. Une information que la jeune femme ne cesse de démentir depuis début septembre. Décryptage.

Ksenia Sobtchak, vraie-fausse candidate. Crédits : VK - kseniasobchakgroup
Ksenia Sobtchak. Crédits : VK – kseniasobchakgroup

Son père était le mentor et l’ami de Vladimir Poutine ; elle, suite à un passage par la case téléréalité, se dit dans l’opposition. Ksenia Sobtchak, 35 ans, aujourd’hui journaliste pour la chaîne de télévision indépendante Dojd, compterait se lancer dans la course à la présidentielle.

« Compterait », oui. Car outre une poignée de grands titres de la presse libérale, « personne » n’en a jamais parlé. Le premier à avoir lâché l’info sur les ondes médiatiques est le très sérieux quotidien économique Vedomosti, qui indiquait dans un article du 1er septembre que le principal adversaire de Vladimir Poutine pourrait être une femme, et plus précisément, Ksenia Sobtchak.

Le 21 septembre, BBC Russia remettait une couche, en rapportant que la jeune femme se préparait à déposer sa candidature et cherchait un directeur de campagne parmi les grands noms de la médiasphère russe.

« Intox »

La principale intéressée, pour sa part, a été très claire sur la question à de nombreuses reprises : elle n’a jamais prévu ni tenté d’entrer dans la course à la présidentielle. À l’en croire, toute cette histoire est de l’« intox », distillée par Kremlin. « Je pense qu’il existe des forces au sein de l’administration du président qui veulent saper toute activité politique de ma part », a-t-elle laissé entendre à Kommersant.

La jeune femme évoque « divers groupes d’intérêts », qui souhaiteraient influencer sur le « projet politico-journalistique » auquel elle travaille en ce moment.

« Ce que je suis en train de préparer engendre, pour une raison que j’ignore, ce genre de réactions. Et quand je le présenterai, j’exposerai mon opinion sur tout ce qui est en train de se passer. Pour l’instant, cela risquerait d’influer sur son avenir », a-t-elle assuré, laissant planer le mystère.

Sobtchak vs Navalny

Toutefois, Pavel Saline, directeur du Centre des études politiques de l’Université des finances du gouvernement russe, voit en Sobtchak-fille une sparring partner idéale pour Vladimir Poutine, du fait de sa popularité au sein de la jeunesse et de sa capacité potentielle à affaiblir Alexeï Navalny, principal opposant à l’actuel président, en lui grappillant des voix.

« Je pense que, malgré les démentis, ces rumeurs contiennent une part de vérité. Si le pouvoir échoue à isoler Navalny, qui a déjà entamé sa campagne informelle, il aura besoin d’un candidat, dans le camp libéral, capable de s’accaparer une partie de son électorat. Et Ksenia Sobtchak pourrait devenir cette candidate en compétition non contre Vladimir Poutine mais contre Alexeï Navalny », a-t-il expliqué à Kommersant.

Ainsi, précise le chercheur, si candidature de la journaliste il y avait, elle serait très certainement poussée en coulisses par le Kremlin. « Elle n’a aucune chance sans l’aval de l’administration présidentielle. En réalité, tout ce petit jeu pourrait servir à préserver l’image d’indépendance de Mme Sobtchak alors que l’administration se trouve bien derrière elle », ajoute-t-il.

Pour BBC Russia, l’idée de présenter Sobtchak viendrait effectivement de l’entourage du président russe, mais aurait avorté par manque de moyens pour financer sa campagne. L’intéressée, de son côté, dément en bloc.

Alexeï Navalny, enfin, sur sa chaîne Youtube, a émis l’espoir que la journaliste cesse de « participer à tout ce jeu pré-électoral », rappelant entretenir de « bonnes relations » avec elle.

Pour mémoire, Ksenia Sobtchak a souvent été classée par les Russes, lors de différents sondages, au « top 10 » des principaux représentants de l’élite. De 2011 à 2013, elle était même considérée par la population comme la « quatrième femme de l’année », après la chanteuse Alla Pougatcheva, la femme politique Valentina Matvienko et la chancelière Angela Merkel.

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