Russie – Etats-Unis : chronique d’un conflit diplomatique

À compter du 23 août, les consulats américains en Russie suspendent l’octroi de visas « hors immigration » aux citoyens russes. Le Courrier de Russie revient sur la chaîne d’événements ayant conduit à cette décision.

Sergeï Lavrov et Donald Trump lors de leur rencontre en mai 2017. Crédits : MID.
Le président Donald Trump et le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov lors de leur rencontre en mai 2017. Crédits : MID/Flickr

Les États-Unis expulsent les diplomates russes

Le 29 décembre 2016, le Département d’État américain sous l’administration Obama a déclaré personæ non gratæ 35 diplomates russes, suspectés d’espionnage. « L’activité de ces représentants officiels ne correspond pas à leur statut diplomatique ou consulaire », indiquait le communiqué officiel de l’institution. Un peu plus tard, le service de presse de la Maison Blanche, dans une note complémentaire, faisait savoir que les diplomates expulsés avaient « 72 heures » pour quitter le territoire américain, ajoutant que la mesure concernait des collaborateurs de l’ambassade russe à Washington, mais aussi du consulat russe à San Francisco. Le communiqué du Département d’État précisait également que la représentation russe était dès lors privée de l’accès à ses résidences secondaires de Washington et de New York.

L’organe chargé des relations internationales avait alors expliqué que toutes ces mesures étaient « un des aspects de la réponse américaine plus globale à l’ingérence de la Russie dans les élections aux États-Unis ».

Il s’agissait du scandale le plus retentissant dans les relations bilatérales depuis l’expulsion par le président Reagan, en 1986, de 80 collaborateurs de la représentation diplomatique soviétique aux États-Unis.

La Russie annonce des mesures réciproques

Maria Zakharova
Maria Zakharova, porte-parole du ministère des affaires étrangères russe. Crédits : mid

Le 14 juillet 2017, le ministère russe des affaires étrangères (MID) a prévenu une première fois que la Fédération pourrait décider de réduire le nombre de diplomates américains en poste sur son territoire. La porte-parole de l’institution, Maria Zakharova, a alors déclaré que « trop d’espions américains » agissaient en Russie sous couverture diplomatique. Comme le précise l’agence Reuters, cette annonce faisait suite au refus américain de rendre à l’ambassade russe aux États-Unis l’usage de ses résidences secondaires sur place.

Les États-Unis durcissent les sanctions contre la Russie

Le 27 juillet, le Sénat américain a ratifié un projet de loi prévoyant le durcissement des sanctions américaines contre l’Iran, la Russie et la Corée du Nord. Ce texte renforce au niveau légal les sanctions introduites en 2014 et 2016 sur la base de décrets du président Barack Obama. La loi mentionne notamment l’absolue nécessité d’empêcher la construction du gazoduc Nord Stream-2. Le texte interdit aussi au président américain d’adoucir les sanctions ou de changer de façon significative la politique du pays à l’égard de la Russie sans l’approbation du Congrès.

La Russie répond aux sanctions américaines

Dès le 28 juillet, le MID a annoncé l’introduction de mesures limitatives réciproques à l’égard de Washington. « Malgré les attaques permanentes de Washington, nous avons agi et nous continuons à agir de manière responsable et avec retenue, jusqu’à présent, nous n’avons pas répondu à ce qui est manifestement de la provocation. Toutefois, les événements récents témoignent de l’ancrage aux États-Unis de la russophobie et du cap pris par ce pays vers la confrontation ouverte avec nous », affirmait le communiqué publié sur le site du ministère.
À compter du 1er août, la Russie a ainsi interdit à l’ambassade américaine l’usage de locaux d’entrepôt rue Dorojnaïa à Moscou et de sa résidence secondaire à Serebriany Bor.

Les autorités russes ont également demandé aux Américains de réduire à 455 personnes, avant le 1er septembre, le nombre de leurs employés diplomatiques et techniques en Russie, travaillant pour l’ambassade des États-Unis à Moscou et les consulats généraux américains de Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg et Vladivostok. Le nombre de ces derniers doit être « exactement équivalent à celui des diplomates et employés techniques russes présents aux États-Unis ».

Le 30 juillet au soir, le président Vladimir Poutine a annoncé qu’en réponse aux sanctions antirusses, le nombre de collaborateurs de la mission diplomatique américaine en Russie serait donc réduit de 755 personnes pour atteindre les 455. Outre l’expulsion des diplomates américains, cette décision implique le renvoi des divers spécialistes russes employés par l’ambassade et les consulats. C’est une mesure sans précédent dans l’histoire des relations diplomatiques russo-américaines, si l’on excepte la fermeture de la mission diplomatique américaine après la révolution d’Octobre en 1917.

Les États-Unis suspendent l’octroi de visas court séjour aux citoyens russes

Le 21 août, l’ambassade américaine à Moscou a annoncé la suspension de l’octroi de visas court séjour aux citoyens russes, expliquant qu’il s’agissait d’une réponse à la demande de la Russie de « réduire le nombre de collaborateurs de la mission diplomatique américaine en Fédération ». Le quotidien Kommersant précise que, jusque-là, les structures diplomatiques américaines employaient environ 1 200 personnes.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué que la Russie n’allait pas adopter de mesures réciproques équivalentes. « Nous n’allons pas déchaîner notre fureur contre les citoyens américains… Si quelqu’un espérait que le mauvais exemple serait contagieux, il s’est trompé », a-t-il déclaré, cité par le quotidien RBC.

L’octroi de visas américains court séjour sera suspendu dans toute la Russie à compter du 23 août. Il reprendra le 1er septembre, mais uniquement à Moscou – la procédure est suspendue pour une durée indéterminée dans les consulats généraux de Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg et Vladivostok. De fait, de nombreux hommes d’affaires, chercheurs, étudiants, passagers en transit et touristes devront renoncer, dans un avenir proche, à séjourner temporairement aux États-Unis.

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