Rencontre Trump-Poutine : les lignes bougent entre Moscou et Washington

À l’issue d’une rencontre qui a duré deux heures et seize minutes à Hambourg, le 7 juillet, Vladimir Poutine et Donald Trump se sont mis d’accord sur la déclaration d’une trêve en Syrie, la création d’un groupe de travail sur la cybersécurité et la nomination d’un représentant spécial sur l’Ukraine au sein du Département d’État américain. Le Courrier de Russie fait le point.

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La rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump a duré deux heures. Crédits : Kremlin.ru

Dimanche 8 juillet, à 12h, la trêve est entrée en vigueur dans le sud-ouest de la Syrie. Les troupes de Bachar el-Assad et celles de l’opposition n’échangent plus de tirs. « Une véritable percée », selon Vladimir Poutine. « Une décision qui nous permettra de sauver des vies humaines ! », a déclaré Donald Trump.

C’est la police militaire russe qui veillera au respect de la trêve, a précisé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. « La Russie va opérer sur ces territoires en tant qu’intermédiaire entre les forces de l’opposition et celles d’Assad, explique Alexandre Baounov, directeur du centre Carnegie à Moscou, à Fontanka.ru. Les troupes russes devront empêcher les belligérants de tous les camps de lancer des offensives et de conquérir de nouveaux territoires. » Pour l’expert, cette trêve est le signe que les États-Unis reconnaissent enfin à la Russie le droit d’agir en Syrie et de lutter contre le terrorisme. « C’est sensationnel », estime Alexandre Baounov, rappelant que la présence russe en Syrie ne constituait en Occident, jusque très récemment, qu’« un fort sujet de mécontentement ».

Un changement de cap que l’expert explique par la « lassitude» que le conflit syrien suscite aux États-Unis. « Washington veut faire cesser la guerre et, pour ce faire, elle a décidé de coopérer avec des Russes, qui en ont les moyens techniques et militaires, du moins dans un certain nombre de zones », précise Alexandre Baounov.

Le succès de cette trêve est pourtant loin d’être garanti. Il dépendra aussi de la position de l’Iran, souligne Kommersant. « Téhéran était déjà opposée à ce que les États-Unis contribuent à la désescalade de la situation dans le Sud-Ouest syrien, région que l’Iran envisageait de transformer en place d’armes, à son profit, près de la frontière avec Israël », note le quotidien russe.

Cybersécurité : une nouvelle page des relations russo-américaines

Autre accord important auquel sont parvenus MM. Trump et Poutine : la création d’un groupe de travail sur la cybersécurité. « Les Russes et les Américains viennent d’ouvrir une nouvelle page dans leurs négociations, se félicite Alexandre Baounov. Par la création de ce groupe de travail, les deux pays reconnaissent mutuellement leur capacité à agir dans le cyberespace et veulent établir des règles du jeu, ce qui est très bon signe. » L’expert rappelle que la Russie appelait depuis un moment déjà à la mise en place d’un accord bilatéral sur la sécurité dans le cyberespace, à l’instar de celui existant sur le climat, mais sans parvenir à se faire entendre de Barack Obama. Son successeur semble se montrer plus réceptif.

Ukraine : un interlocuteur pas commode

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Le ministre des affaires étrangères russe et le secrétaire d’État américain étaient également présents lors de la rencontre. Crédits : Kremlin.ru

Des avancées sont aussi à noter, enfin, sur le dossier ukrainien. La Russie aura désormais un nouvel interlocuteur sur le sujet à l’intérieur du département d’État américain, où Kurt Volker vient d’être désigné comme représentant spécial pour l’Ukraine, succédant à Victoria Nuland, qui assumait cette fonction au sein de l’administration Obama.

Né en 1962, M. Volker a commencé sa carrière en 1986 au département analytique de la CIA, pour rejoindre en 1988 le Département d’État. Dans les années 2000, il a travaillé comme directeur exécutif pour l’Europe et l’Eurasie au Conseil de sécurité nationale, puis, en 2008, il a remplacé Victoria Nuland au poste d’ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN. En 2011, Kurt Volker a travaillé au sein de la direction de BGR Group, agence de consulting engagée par le président ukrainien Petro Porochenko, après la victoire de Donald Trump, afin de défendre les intérêts de Kiev auprès de la Maison-Blanche.

Selon le ministère de la Justice américain, cité par Kommersant, Kiev s’est engagée à verser à BGR Group 50 000 dollars mensuels jusque fin 2017, pour « élaborer une stratégie dans le développement des affaires et des liens intergouvernementaux ».

Kurt Volker est connu pour ses positions très critiques vis-à-vis de la Russie. « La Russie cherche à détruire l’ordre mondial instauré au terme de la guerre froide en modifiant les frontières par le recours à la force militaire. L’armée russe a occupé une partie de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie, Moscou a fait preuve de sa force de façon arrogante et a annexé la Crimée », déclarait-il ainsi en avril 2017. Kurt Volker est aussi connu pour s’être opposé aux accords de Minsk, qu’il a qualifiés, à l’été 2015, d’ « accords sur la division de l’Ukraine imposés à Kiev par l’Allemagne, la Russie et la France ». C’est pourtant précisément l’application de ce texte qu’il devra défendre à son nouveau poste.

Le 9 juillet, Kurt Volker s’est rendu à Kiev en compagnie du secrétaire d’État américain Rex Tillerson. Le président ukrainien, après l’avoir rencontré, a salué l’arrivée du nouveau représentant spécial et confirmé sa volonté de développer une coopération forte et durable avec Washington. Petro Porochenko a notamment déclaré que Kiev continuerait d’acheter du charbon américain ainsi que du combustible américain pour les centrales nucléaires ukrainiennes – en remplacement du combustible russe, utilisé jusqu’à présent.

Première poignée de main entre Vladimir Poutine et Donald Trump lors du G20 à Hambourg.