A Moscou, la folie des barrières automatiques

La mairie de Moscou est partie en guerre contre un nouvel ennemi : les barrières automatiques installées illégalement à l’entrée de nombreuses cours d’immeubles. Elle affirme en avoir déjà fait enlever une centaine depuis début 2017, sur les quelque 2 500 que compte la capitale.

barrière automatique moscou
Sur les quelque 23 000 cours d’immeubles que compte Moscou, plus de 2500 sont équipées de barrières automatiques. Crédits : LCDR

En l’espace de quatre ans, ces barrières zébrées ont poussé comme des champignons à l’entrée des cours d’immeubles moscovites. La tendance est partie du centre-ville, en juin 2013, après que toutes les rues à l’intérieur du premier périphérique moscovite sont devenues payantes 24h/24, six jours sur sept. Agacés de voir les automobilistes « extramuros » se garer dans leurs cours, les habitants du centre ont décidé de remédier ainsi au problème eux-mêmes.

La mairie, qui doit donner son feu vert pour toute installation de ce type, a au départ soutenu l’initiative et facilité au maximum la procédure, en permettant aux résidents d’un immeuble de déposer une demande aux conseils municipaux de quartier si plus de la moitié des propriétaires donnaient leur consentement. Depuis 2015, la Ville participe même au financement de ces barrières dans les zones de stationnement payant à hauteur de 50 mille roubles par installation, sachant que leur prix moyen oscille entre 70 et 120 mille roubles. Bilan de l’opération : il n’est plus un seul immeuble du centre de Moscou qui ne possède pas sa barrière aujourd’hui.

À la barrière du légal

L’affaire aurait pu s’arrêter là si les problèmes de parking n’avaient concerné que l’infime partie de la population vivant dans l’hyper-centre. Mais se garer près de chez soi est un calvaire, en réalité, pour la grande majorité des Moscovites, qui se plaignent régulièrement, sur les portails spécialisés, du manque de places prévues lors de la construction des immeubles.

Ainsi, à l’image de leurs voisins du centre, les citadins plus périphériques ont commencé à installer, eux aussi, ces barrières zébrées à l’entrée de leurs complexes d’immeubles. Le département des transports de Moscou indique que plus de 10 % (environ 2500) des cours et résidences en sont aujourd’hui équipées.

Toutefois, toutes ne le sont pas de manière 100 % légale, a dénoncé, sur les ondes de Kommersant FM, la représentante de l’organe d’État chargé de la surveillance des biens immobiliers, Maria Filaretova. « Certaines barrières ne respectent pas les normes en vigueur, telles l’obligation de laisser un accès libre à tout territoire clos pour la police ou les secours médicaux. Nous en avons donc déjà démonté une centaine au cours des derniers mois », a-t-elle précisé.

À en croire Vera Moskvina, directrice de l’association juridique Guilde interrégionale des promoteurs immobiliers, ces installations illégales sont très souvent l’œuvre d’administrateurs de biens malhonnêtes, qui ne prennent pas la peine de demander l’avis des résidents ou l’autorisation du conseil municipal. « Ces barrières automatiques sont rapidement apparues, notamment, à l’entrée des immeubles abritant des magasins au rez-de-chaussée – en réalité, en guise de mesure répressive contre les gérants de ces derniers, sur le thème : si vous ne payez pas vos charges, vous n’entrez pas », affirme la juriste au quotidien Kommersant.

À la barrière du tribunal

La situation qui s’est établie a déjà engendré, aussi, de nombreux conflits juridiques entre particuliers. Kommersant, citant des experts du secteur, fait état de plus de 150 plaintes liées à l’installation de ces barrières au cours des deux dernières années. La moitié de ces litiges ont abouti au démontage des dispositifs contestés.

« L’installation de barrières peut être contestée par des habitants opposés à la décision du syndicat de copropriété, ou, souvent, par des gérants de commerces installés dans les rez-de-chaussée, qui, privés de l’accès, ne peuvent plus se faire livrer leur marchandise », commente l’avocat Vladimir Starinski, cité par le quotidien Izvestia.

Face à cette nouvelle réalité, les acteurs du marché immobilier font déjà état d’une nouvelle tendance : depuis peu, on observerait, lors des recherches de logements, une préférence pour les immeubles sans barrière. La sortie, c’est par où ?

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