G20 à Hambourg : La Grande Bouffe

La ville de Hambourg se prépare au sommet du G20, qui se tiendra les 7 et 8 juillet. Lors de celui-ci, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres se réuniront entre autres autour d’un dîner. Angela Merkel et Vladimir Poutine auraient même déjà discuté par téléphone du menu de la soirée. Que mangeront les participants au G20 ? Quels plats seront contrôlés par la sécurité ? Et quelles allusions politiques pourrait contenir le menu ? Le quotidien Kommersant a mené l’enquête.

Poutine table
Vladimir Poutine doit rencontrer pour la première fois Donald Trump lors du sommet du G20 le 7 juillet. Crédits : kremlin.ru

Soupe aux champignons matsutake, crevettes trempées dans du thé et orange farcie au crabe : tel était le menu du dernier sommet du G20, organisé à Hangzhou en 2016, pour lequel une touche orientale avait été ajoutée tout spécialement. Les portions servies y étaient d’ailleurs assez modestes, à en juger par les photographies publiées à l’époque dans les médias. Le sommet se déroulant cette fois-ci en Allemagne, il n’est pas exclu que des spécialités nationales soient servies aux invités. Pour ce genre d’occasion, la cuisine proposée est relativement « standard », sans aucun aliment de luxe, explique Igor Boukharov, ancien directeur général du Combinat alimentaire Kremlievski et président de la Fédération des restaurateurs et des hôteliers de Russie : « Les banquets princiers où l’on mange de l’esturgeon ne plaisent plus à personne. Aujourd’hui, on préfère en général se réunir dans un restaurant en ville. »

La semaine dernière, Vladimir Poutine et Angela Merkel ont eu l’occasion de discuter du menu de ce repas de fête. C’est du moins ce qu’affirme Iouri Ouchakov, conseiller du président russe, incitant des journalistes à se demander si des plats russes seraient également servis lors du repas.

Il est peu probable que la question soit tranchée par les chefs d’État, observe Anatali Galkine, chef cuisinier du Kremlin : « Les chefs du protocole se réunissent avec le ou les chef(s) cuisinier(s). Ils leur font des propositions et, ensemble, ils déterminent le thème du menu. Un chef d’État est toujours accompagné de son cuisinier, qui examine le menu. Ainsi, s’il ne mange pas un certain aliment, un plat similaire est préparé spécialement pour lui. »

Poutine a-t-il un goûteur ?

Les grands dîners internationaux sont organisés par de grandes entreprises dont la fiabilité a été contrôlée. Celles-ci sont en contact avec les représentants des invités et règlent tous les détails, notamment avec les cuisiniers personnels des chefs d’État et le service de sécurité. La sécurité est en effet un autre point important lors de ce genre de rencontre. Après le sommet du G20 à Brisbane en 2014, The Daily Mail avait écrit que Vladimir Poutine avait un goûteur, qui veillait à ce que ses plats ne soient pas empoisonnés. Mais Anatoli Galkine, qui a travaillé 30 ans au Kremlin, a démenti cette affirmation : si le cuisinier personnel du chef d’État peut contrôler le processus de préparation des plats, c’est en général le service de sécurité qui s’en charge.

Des mesures de sécurité sont en outre prises dès la sélection des ingrédients, précise Dmitri Fonarev, vétéran de la 9e direction du KGB et chef de l’Association nationale des gardes du corps de Russie : « Que fait un goûteur ? Il mange et meurt ensuite ? Qu’est-ce que c’est que pour un métier ? On se croirait revenu au Moyen-Âge. Tous les services de sécurité professionnels ont une équipe spéciale responsable de la nourriture. C’est tout un système : ils savent même qui a cultivé quelles tomates. Pour le G20, il existe une règle toute simple : le pays hôte est obligé d’offrir des garanties. Nos agents examinent simplement si elles sont fiables. Ou bien ils viennent avec une équipe de cuisiniers, qui préparent les plats sous leur surveillance. »

Par ailleurs, il arrive parfois que le menu contienne des allusions politiques. En mai 2014, par exemple, lors d’une rencontre entre Vladimir Poutine et des journalistes étrangers dans les couloirs du Forum économique de Saint-Pétersbourg, un plat nommé « Crimean flounder » a été servi, pour lequel deux traductions existent : « flet de Crimée » mais aussi « difficulté criméenne ».

Il y a deux ans, lors du sommet du G20 en Turquie, la traduction russe du menu était pour le moins originale : par exemple, un plat de volaille était nommé « la viande revient », et une salade de légume « arc-en-ciel végétal ».