Moscou dévore les livres

Pour la troisième année consécutive, à l’occasion du Festival du livre russe, la place Rouge s’est transformée quatre jours durant, du 3 au 6 juin, en une libraire géante à ciel ouvert. Un événement devenu incontournable pour les Moscovites mordus de lecture, mais aussi de nombreux éditeurs venus des quatre coins de Russie. Reportage.

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À l’occasion du festival, la place Rouge s’est transformée en une libraire géante à ciel ouvert. Crédits : Manon Masset / LCDR

Malgré la météo fraîche et capricieuse de ce début juin, les Moscovites sont venus en nombre fouler le pavé de la plus célèbre place de Russie. En quatre jours, plus de 200 000 personnes se sont pressées le long des stands et rayons des douze pavillons du festival, dédiés chacun à un genre littéraire – de la littérature russe et étrangère aux livres pour enfants, en passant par les ouvrages sur les régions russes, de Moscou au Kamtchatka.

Zoya, 79 ans, qui visite le festival pour la première fois, se promet de ne manquer aucune des prochaines éditions. « J’avais entendu dire beaucoup de bien de cet événement, mais en vrai, c’est encore mieux que ce que j’imaginais ! », lance la vieille dame, emballée par la quantité de livres exposés et d’écrivains à rencontrer.

Lors de ces journées, les Moscovites ont pu assister à pas moins de 500 événements et rencontrer des écrivains comme Evgueni Vodolazkine, auteur du bestseller historique Les Quatre vies d’Arséni, Lev Danilkine, célèbre pour ses biographies originales de Gagarine et Lénine, ou encore Alexandra Marinina, reine du polar russe.

Au total, plus de 400 maisons d’édition originaires de toute la Russie y ont présenté quelque 200 000 ouvrages. « C’est vraiment un superbe cadeau fait aux Moscovites ! », se réjouit Zoya, toute contente de son achat : le dernier recueil du poète russe Andreï Dementyev.

Pour Igor, 50 ans, amateur de romans historiques, le Festival du livre russe est désormais un rendez-vous annuel. « On peut acheter ici des livres qu’on ne trouve pas forcément en librairie, publiés par de petites maisons d’édition aux tirages limités », souligne-t-il. À l’occasion de ces journées littéraires sur la plage Rouge, les livres sont en outre vendus 25 % moins cher que dans le commerce.

Focus sur les régions

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80 éditeurs venus de 50 régions sont présents sur le festival. Crédits : Manon Masset / LCDR

À côté des grandes éditions nationales, l’événement fait la part belle aux régions russes, qui occupent deux pavillons. 80 éditeurs venus de 50 régions sont présents sur le festival, proposant des livres souvent difficiles à se procurer, d’ordinaire, dans la capitale russe.

La région de Kaliningrad est notamment représentée par Sergueï Markoulov, directeur des éditions Jiviom, pour qui le festival de la place Rouge est devenu « l’événement à ne pas manquer ». « Surtout pour nous. L’enclave de Kaliningrad est isolée du reste de la Russie, et cette chance de se retrouver au cœur de notre capitale est vraiment unique », souligne l’éditeur, qui participe au festival pour la deuxième fois.

La participation étant gratuite, les éditeurs ne prennent en charge que leur déplacement. « Ce n’est rien par rapport à ce qu’il faut débourser d’habitude pour être présent sur les foires littéraires », insiste Sergueï Markoulov, qui évalue ces participations « classiques » à au moins 30 000 roubles (environ 470 euros).

Deux tables plus loin, Sergueï Anisimov représente le district autonome de Iamalo-Nénétise, à l’extrême nord de la Fédération. Ce photographe d’une cinquantaine d’années édite lui-même ses livres de clichés consacrés à l’Arctique russe. « Pour moi qui habite loin de tout, ce festival est une occasion de présenter mon travail à Moscou, mais aussi de faire des rencontres professionnelles intéressantes », souligne-t-il, précisant qu’il s’agit de son seul déplacement annuel dans la capitale. « Je me rends régulièrement à des foires à l’étranger, en Europe et aux États-Unis notamment, mais en Russie, le festival de la place Rouge est le seul rendez-vous qui vaille vraiment la peine », estime-t-il.

Selon cet exposant présent depuis la première édition, le festival de la place Rouge redonne aux Russes le goût d’acheter des livres. « Certes, la situation sur le marché russe de l’édition n’est facile pour personne, la concurrence est rude et les livres électroniques font fureur, mais les gens s’intéressent toujours aux beaux objets, comme les livres photos, avec des images à couper le souffle », estime le photographe, satisfait d’avoir écoulé presque tout son stock, de 200 livres.

À la rescousse des petits

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Le pavillon dédié à la littérature pour enfants a bénéficié d’une attention particulière. Crédits : Manon Masset / LCDR

Le pavillon dédié à la littérature pour enfants a bénéficié d’une attention particulière suite à la visite du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. « En 2015, le pays a publié environ 100 millions de livres pour enfants, et un peu moins en 2016, 80 millions », a-t-il remarqué.

Ayant attribué cette baisse à l’influence des médias numériques et à la prolifération des liseuses électroniques, le Premier ministre a annoncé avoir débloqué un budget supplémentaire de 300 à 350 millions de roubles au développement de la littérature enfantine et jeunesse.

« Nos chiffres d’édition restent solides. Le plus important est de faire en sorte que ces ouvrages atterrissent bien sur les étagères des écoles et des bibliothèques », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de réitérer chaque année l’expérience du Festival du livre russe sur la place Rouge.

Rendez-vous l’année prochaine, donc !

L’édition 2016 du Festival

Un concept vieux de 300 ans

En 1720, l’éditeur de Pierre le Grand, Vassili Kiprianov, a créé, avec son fils, le concept des premières bibliothèques publiques de Russie.

Le projet, qui consistait à ouvrir des salles de lecture au plus grand nombre, était très en avance sur son temps : Vassili Kiprianov a ouvert sa première bibliothèque sur la place Rouge alors que rien de semblable n’existait alors, dans aucun pays européen.

Près de 300 ans plus tard, les autorités russes ont décidé de faire renaître l’événement dans le cadre de l’Année de la littérature, en organisant le premier Festival du livre russe, en juin 2015. Au vu du succès de la première édition, qui avait déjà accueilli près de 200 000 visiteurs, les autorités fédérales et municipales ont décidé d’en faire un rendez-vous annuel.

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