#ImpactJournalism – En Russie, Rabota-i propose du travail à des jeunes tout juste sortis de l’orphelinat

Chaque année, en Russie, sur les 10 à 15 000 jeunes sortant d’orphelinats (dont 300 à 400 à Saint-Pétersbourg), seuls 7 à 10 % parviennent à trouver du travail et devenir des membres actifs de la société. Les autres vivent majoritairement des minima sociaux et ne fréquentent que des gens qui sont dans la même situation qu’eux. Certains s’engagent dans des activités criminelles ou s’adonnent à l’alcool ou à la drogue.

RabotaI Russie 1
Mikhaïl Krivonos ne cesse de convaincre les entreprises d’embaucher de jeunes orphelins. Crédits : Rabota-i

C’est pour leur venir en aide que Mikhaïl Krivonos a créé, il y a six ans, Rabota-i, une agence de recrutement pas comme les autres. Basée à Saint-Pétersbourg, l’organisation aide les entreprises à recruter des candidats issus de milieux défavorisés, handicapés ou sortant d’orphelinats.

Tatiana, 19 ans, en fait partie. Récemment sortie du Village d’enfants SOS Pouchkine, elle travaille aujourd’hui comme caissière dans un magasin IKEA. « Avant cela, j’ai eu des petits boulots, mais c’est mon premier travail officiel. J’ai dû lutter contre mes peurs, mais j’ai essayé et ça a marché », confie-t-elle. Durant neuf mois après son embauche, Tatiana a été accompagnée par ses collègues et les spécialistes de Rabota-i.

« Quelqu’un qui a grandi dans un orphelinat en Russie n’a pratiquement aucune compétence au moment où il en sort, dénonce Mikhaïl Krivonos. Les orphelinats isolent les jeunes, qui finissent par être peu motivés pour travailler. Notre but est de les aider à s’en sortir », souligne-t-il. Cet ex-cadre dans une société de conseil internationale s’est inspiré, pour créer son agence, de modèles existant en Scandinavie, notamment Samhall en Suède, Vates en Finlande ou Klapjob au Danemark.

« Quand nous avons débuté, en 2011, sur trente jeunes à qui nous proposions des emplois disponibles, seuls cinq revenaient nous voir après l’entretien d’embauche, et un seul obtenait réellement le travail… souvent pour démissionner dès le lendemain ! Mais cette époque est révolue », confie Mikhaïl.

Rabota-i investit dans la formation et le coaching des candidats et aide les entreprises à s’adapter à leurs nouveaux employés en les conseillant, sur le lieu de travail, pendant les six à neuf premiers mois suivant l’embauche.

« Nous essayons de répondre aux demandes des entreprises – ce sont d’ailleurs ces dernières, tant russes qu’étrangères, qui nous soutiennent financièrement. Je citerai notamment Melon Fashion Group, IKEA, Gazprom Neft, East Capital, Jochnick Foundation et d’autres », précise le fondateur de l’agence.

700 jeunes formés

RabotaI Russie 3
Les employés de Rabota-i en pleine discussion sur les opportunités de carrière pour les handicapés. Crédits : Rabota-i

La seconde cible de Rabota-i, ce sont les jeunes handicapés, qu’ils aient grandi dans une institution ou chez eux. La plupart éprouvent de grandes difficultés à entrer sur le marché du travail. « J’ai toujours eu honte de mon handicap, qui m’empêchait d’avoir une vie sociale et de trouver un emploi, confie l’un des candidats, Alexander, 25 ans. Mais lorsque j’ai passé l’entretien pour un poste chez Maersk Line, je me suis senti à l’aise – comme s’ils n’avaient pas remarqué que j’étais handicapé. »

L’an dernier, Rabota-i a fourni une formation professionnelle à environ 700 jeunes à Saint-Pétersbourg. « Nous essayons d’aider ceux qui rencontrent le plus de difficultés à trouver du travail, c’est-à-dire les jeunes de moins de 29 ans n’ayant aucune expérience professionnelle de plus de six mois », précise Mikhaïl. La plupart des candidats ont trouvé du travail en tant que vendeurs, assistants administratifs, techniciens de surface, préposés au vestiaire, gardiens, livreurs, cuisiniers ou réparateurs.

« L’objectif principal est d’aider ces jeunes à vivre une vie normale, à participer activement à la société et à démarrer leur vie en toute indépendance financière », insiste Mikhaïl Krivonos. Parmi les employeurs, on trouve d’importantes entreprises internationales ou russes comme Ahlers, befree, IKEA, JTI, KFC, Ulmart, Vaillant, ZARINA et beaucoup d’autres.

Rabota-i, qui n’est encore présente que dans la région de Saint-Pétersbourg, souhaite s’étendre à d’autres zones du pays. L’agence coopère activement avec d’autres entreprises à caractère social et des ONG proposant des programmes d’adaptation sociale. Rabota-i est en contact avec plus de 600 travailleurs sociaux employés dans des institutions ou accompagnant de jeunes handicapés afin de faire passer son message sur les opportunités d’emploi pour les jeunes.

« Nous espérons créer un cadre accessible aux organisations dans toute la Russie, qui recenserait les offres d’emplois et les candidatures, et, à terme, transformer notre structure en une sorte de réseau constituant un modèle durable et aisément reproductible », conclut Mikhaïl.

Pour en savoir plus : http://rabota-i.org/mikhail@raoul.org.ru

Angelina Davydova

Kommersant, Russie

[ijd id-media= »kommersant » id-solution= »P21″]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *