Ces entreprises russes qui exportent vers la France

La Russie développe de plus en plus sa production de biens de consommation et d’équipements de haute technologie, et se lance à la conquête des marchés européens. Le Courrier de Russie s’est penché sur trois exemples d’entreprises russes qui exportent avec succès leurs créations en France.

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Les cosmétiques russes Natura Siberica sont aujourd’hui distribués dans 250 magasins Monoprix à travers toute la France. Crédits : Natura Siberica

Natura Siberica : «Certains clients ont cru que nous étions une marque française »

Andreï Troubnikov, fondateur de la marque Natura Siberica, qui propose des soins cosmétiques à base d’herbes et de plantes sauvages de Sibérie, avait toujours rêvé de conquérir des marchés étrangers. Et ses efforts ont porté leurs fruits : la marque, lancée en 2008, est aujourd’hui commercialisée dans 45 pays du monde, dont la France.

Le magasin Natura Siberica à Paris.

« La France fait partie des priorités du développement de Natura Siberica », entame Anne Hubel, directrice commerciale de la marque à l’international. Arrivés dans l’Hexagone en novembre 2015, les cosmétiques russes sont aujourd’hui distribués dans 250 magasins Monoprix à travers tout le pays : « L’enseigne, très enthousiaste, a offert une forte visibilité à la marque », poursuit Anne Hubel. À en croire la directrice commerciale, la France fait actuellement partie des cinq pays où la marque est la plus vendue.Pourtant, l’entrée n’a pas été si facile, nuance Anne Hubel. La marque a mené un important travail d’ajustement : tous les textes décrivant les produits ont été soigneusement réécrits en bon français, adaptés à la mentalité. « Avec ce nouveau packaging, certaines clientes ont même cru que c’était une marque française, malgré toute l’histoire de la Sibérie !, se félicite la directrice commerciale. Il faut dire aussi que le créneau des cosmétiques naturels est en plein essor en France, ce qui joue largement en notre faveur. »

Les Françaises ont notamment plébiscité la série de soins à base de baies d’argousier – Oblepikha, qui a conservé son nom original en français – malgré les difficultés de prononciation. « Pourtant, c’est une gamme sur laquelle nous avions des doutes, même pour le marché russe, précise Vitaly Kozlenkov, porte-parole de la marque. Avec leurs emballages aux couleurs vives et leur odeur assez prononcée, ce sont des produits qui ne conviennent pas à tout le monde… » Mais la série fait aujourd’hui partie des plus populaires, en Russie comme en France.

« La France est un marché difficile mais, dans le même temps, les consommatrices y ont un goût certain pour la nouveauté, elles recherchent des produits naturels, respectueux de l’environnement, aux promesses peut-être moins spectaculaires, mais plus douces – et plus réalistes », insiste Anne Hubel. Les produits qui marchent le mieux en France ? Les soins du visage, répond la directrice commerciale, notamment le soin regard au ginseng de Sibérie, ou encore la crème lifting au caviar. « Des soins qui ont accroché par leur côté innovant », estime-t-elle.

VOMZ : « Un produit solide et bien fait »

L’usine optique et mécanique de Vologda (VOMZ), membre du holding Schwabe, exporte en France ses viseurs pour armes sportives et de chasse depuis 2010. En février 2017, la société a livré 27 viseurs de chasse à un commanditaire français, dont le nom n’a pas été rendu public.

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VOMZ fournit en France des viseurs optiques à grossissement constant ou variable, destinés autant aux chasseurs qu’aux tireurs sportifs. Crédits : VOMZ

VOMZ indique fournir, en France, des entreprises spécialisées dans la vente d’articles de chasse. Si le groupe ne précise pas les noms de ses clients français, des produits VOMZ sont disponibles dans la gamme du magasin online Ticoptic et sur le site Amazon.fr. Et les commentaires des acheteurs sont plutôt positifs. « C’est un produit solide et bien fait », commente un client sur Amazon. « Je suis satisfait et compte acheter un autre viseur bientôt », précise un autre.

Chez VOMZ, on est particulièrement fiers du produit en question : le viseur P1х42. Avec son poids de seulement 160 grammes, il supporte parfaitement les charges de tir et offre une lentille aux dimensions impressionnantes de 39х28 mm. L’objet est destiné aux chasseurs, permettant, souligne VOMZ, de viser et tirer avec précision une cible mouvante.

VOMZ fournit également en France des viseurs optiques à grossissement constant ou variable, destinés autant aux chasseurs qu’aux tireurs sportifs.

Au total, VOMZ exporte dans 26 pays du monde, dont la Bulgarie, le Canada, les États-Unis, l’Italie et la République tchèque. Pourtant, note le groupe, les sanctions compliquent le travail avec les étrangers. « Nous avons du mal à obtenir des crédits, et nous sommes limités sur la vente de certains produits : la France, par exemple, a interdit l’entrée sur son territoire de viseurs d’un grossissement supérieur à 9 », précise le service de presse du groupe.

La France demeure pourtant un partenaire fiable et ancien pour l’Usine optique et mécanique de Vologda, affirme le directeur général adjoint de Schwabe, Ivan Ojguikhine. Et nous comptons développer et renforcer cette collaboration. »

CSort : « Nous proposons le même équipement que les fabricants européens, mais à des prix plus concurrentiels »

La société CSort, basée à Barnaoul, dans la région de l’Altaï, fabrique depuis 2013 de l’équipement de tri pour les produits alimentaires en vrac. Le groupe, devenu en 2016 l’un des principaux exportateurs de sa région, a conclu son premier contrat avec un client français début 2017.

La machine de trioptique de CSort, fabriquée à Barnaoul.

« En 2015, nous avons obtenu une certification internationale qui nous a ouvert le marché européen, explique Alexander Starkov, directeur de l’export de CSort. Nous avons des collaborateurs parlant des langues étrangères, notamment le français, ce qui nous permet de trouver des partenaires hors de Russie. »

CSort est spécialisé dans la fabrication de machines de trioptique, capables de distinguer les grains végétaux de toutes les diverses impuretés qui les accompagnent à la sortie de la récolte. Le groupe traite avec des entreprises produisant ou transformant des denrées agricoles. Les machines CSort sont conçues et fabriquées à Barnaoul, avec 70 % de matériaux et pièces détachées également produits en Russie.

« Nous procédons actuellement à nos premières livraisons en France », poursuit Alexander Starkov. Le premier client français du groupe, pour l’appareil SmartSort, est l’entreprise Agro Logic, basée dans la ville de Nuillé-sur-Vicoin, dans les Pays de la Loire. « Les négociations avec leurs représentants ont duré plusieurs mois, nos clients avaient de nombreuses questions sur les caractéristiques de la machine, précise Aliona Lebedeva, directrice du département du commerce extérieur.

Pour effectuer les tests de tri, ils nous ont envoyé de la luzerne, du lin et du blé noir – et ont été très satisfaits du résultat. Avant de prendre leur décision finale, les représentants d’Agro Logic se sont aussi rendus à Prague, chez un de nos clients qui a déjà installé un appareil SmartSort dans son usine. Et ils ont été impressionnés par la rapidité et l’efficacité avec lesquelles nous réagissons aux demandes de nos clients, malgré les distances considérables qui nous séparent. C’est l’argument final qui les a décidés à faire l’acquisition de SmartSort. »

Quand les représentants de CSort se sont rendus au SIMA, Mondial des fournisseurs de l’agriculture et de l’élevage, à Paris, en février 2017, ils emportaient déjà dans leurs valises la machine destinée à leur tout premier client français.

Au cours des deux dernières années, CSort a effectué plus de 20 livraisons de machines de tri optique en Union européenne. Ces transactions représentent actuellement un tiers de toutes les ventes du groupe, et CSort prévoit, pour 2017, de faire passer cette proportion à 50 %. Pourtant, souligne Alexander Starkov, l’ouverture d’une représentation à l’étranger est un plaisir coûteux – et le groupe compte travailler avec des distributeurs locaux.

En France, c’est la société Agri Consult, spécialisée dans l’installation d’équipement pour entreprises agricoles, qui s’est chargée de la vente des trieurs CSort. « Nous proposons tout ce qui existe aujourd’hui sur le marché européen, mais à des prix plus concurrentiels – c’est ce qui fait notre différence, déclare Alexander Starkov. En Italie, par exemple, pour le prix d’un de nos appareils (un séparateur CSort coûte minimum 50 000 euros), vous trouverez des machines ayant déjà une dizaine d’années, alors que notre équipement se perfectionne en permanence. »

« La France est une puissance agraire, le plus gros producteur et exportateur mondial de blé – nous considérons donc qu’il s’agit d’un pays très prometteur pour nos ventes d’équipement », conclut le directeur commercial de CSort, Vitali Savinkov.

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