« Les terroristes se frottent les mains » : les frappes américaines en Syrie vues de Moscou

Les frappes menées dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 avril par Washington contre la base aérienne syrienne de Shayrat, d’où serait parti le raid aérien à l’origine de l’attaque chimique mardi dans le nord-ouest de la Syrie selon la Maison Blanche, ont été vivement critiquées en Russie. Tour d’horizon des réactions des hommes politiques russes.

Frappes américaines syrie
Dans la nuit du 6 au 7 avril, le président Donald Trump a ordonné le bombardement de la base aérienne gouvernementale syrienne de l’aérodrome de Shayrat, dans la province de Homs, en « réponse à l’attaque chimique d’Idleb ». 59 missiles Tomahawk ont été tirés par la flotte américaine. Crédits : Ford Williams/US Navy

« Une agression contre un État souverain »

Dmitri Peskov, porte-parole du président de la Fédération de Russie

Le président Vladimir Poutine estime que les frappes américaines en Syrie sont une agression contre un État souverain. Cette opération viole les normes de droit international et a été lancée sous un faux prétexte. L’armée syrienne ne dispose d’aucune réserve d’armes chimiques. La destruction de l’intégralité des stocks d’armes chimiques des forces syriennes a été constatée et confirmée par des organes spécialisés de l’ONU. Par ailleurs, selon le président russe, ignorer totalement les cas d’utilisation terroriste des armes chimiques ne fait qu’exacerber la situation.

L’action menée par Washington porte gravement atteinte aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état déplorable. Plus important encore, estime le président, cet acte ne nous rapproche pas de notre objectif ultime de lutte contre le terrorisme international. Au contraire, il oppose un sérieux obstacle à la création d’une coalition internationale visant à combattre efficacement ce mal mondial, dont le président américain avait d’ailleurs fait une priorité déjà lors de sa campagne électorale. (Interfax)

« Cela rappelle l’invasion de l’Irak en 2003 »

La Russie accuse l’Ukraine de violer les accords de Minsk

Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères

Cette frappe est un acte d’agression sans aucun fondement rationnel. Elle rappelle l’invasion de l’Irak en 2003 par les États-Unis, la Grande-Bretagne et certains de leurs alliés, sans l’accord du Conseil de sécurité et en violation complète du droit international. (RIA Novosti)

« L’histoire pourrait se répéter en Syrie »

Viatcheslav Volodine

Viatcheslav Volodine, président de la Douma d’État

Nous devons partir du principe que ces frappes aériennes ont été perpétrées à l’encontre d’un État souverain, un membre de l’ONU. C’est un acte d’agression de la part des États-Unis, qui n’est d’ailleurs fondé sur aucune raison valable. Tout le monde se souvient qu’un prétexte semblable a été utilisé pour mener des opérations militaires en Irak. Avec pour résultat : un pays détruit, une population dans la misère, des obus qui éclatent encore aujourd’hui et aucune arme chimique trouvée. Une prétendue erreur. Une erreur qui a coûté des dizaines, voire des centaines de milliers de vies. L’histoire pourrait se répéter en Syrie. Voilà pourquoi nous devons tout mettre en œuvre pour empêcher un tel scénario. (Interfax)

« Une provocation américaine parfaitement planifiée »

Leonid SlutskiLeonid Sloutski, président du Comité des affaires internationales de la Douma

La communauté internationale doit juger la situation de façon adéquate. La Douma d’État (Parlement) prépare donc actuellement une adresse aux parlements du monde et aux organisations interparlementaires internationales afin d’obliger tous les parlementaires du monde à réfléchir à ce qui se passe sur le territoire de la République arabe de Syrie.

Tout cela est une provocation américaine parfaitement planifiée. D’abord, ils ont dit que le régime d’Assad était pire que l’Etat islamique, puis Washington a accusé Damas d’être à l’origine de l’attaque chimique dans la province d’Idleb [qui a fait des dizaines de morts mardi 4 avril. Washington accuse Damas d’en être responsable, ndlr], et enfin, hier soir, la base militaire a été bombardée. Je dois annoncer que cette attaque chimique est, très vraisemblablement, une provocation occidentale : c’est-à-dire qu’ils ont utilisé cette attaque pour pouvoir lancer ces frappes, et revenir par là à la ligne de l’administration Obama qui visait à renverser Assad. (RBC)

« Il faut prévenir »

ChamanovVladimir Chamanov, président du Comité pour la défense de la Douma

Avant de prendre de telles décisions, il faut prévenir au moins 24 heures à l’avance, et surtout, il faut argumenter. Ni l’un ni l’autre n’a été fait. (Interfax).

« Durcissement brutal de l’attitude américaine envers Assad »

kosachevKonstantin Kossatchev, président du Comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération

Par un étrange concours de circonstances, ce durcissement brutal de l’attitude américaine envers Assad est arrivé tout juste deux jours après que celle-ci s’était assouplie. On a la ferme impression que ni le Pentagone, ni les services secrets américains n’étaient d’accord avec ce rapprochement, et qu’ils ont de nouveau mis Trump au pied du mur et l’ont acculé avec des « preuves irréfutables ». (Facebook)

« Les terroristes se frottent les main »

Frants_KlintsevichFrantz Klintsevitch, premier vice-président du Comité pour la défense et la sécurité du Conseil de la Fédération

Nous devons être prêts à d’autres mouvements brusques de Trump en Syrie. Tous les imprévus sont possibles, du point de vue politique autant que militaire. En donnant l’ordre de bombarder la base aérienne syrienne, Trump a montré, en pratique, contre qui les États-Unis combattent en Syrie. Les masques sont tombés, comme on dit. Et je suis certain que les terroristes se frottent les mains. (TASS)

« Une tentative de diviser la Syrie »

TchepaAlexeï Tchepa, président adjoint du Comité des affaires internationales de la Douma

La Russie doit prendre toutes les mesures, au niveau diplomatique, pour empêcher dans l’avenir de tels agissements de la part des États-Unis, c’est indispensable. Nous savons que jusqu’à 15 avions militaires syriens ont brûlé, ce qui, évidemment, nuira à la lutte contre le terrorisme.

Moscou doit continuer d’exiger une enquête soigneuse sur l’attaque à l’arme chimique à Idleb. La première chose qui saute aux yeux, c’est qu’il s’agit d’une tentative de discréditer les autorités syriennes, une tentative de diviser la Syrie. (RBC)

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