Frappes américaines contre une base syrienne : et maintenant ?

Dans la nuit du 6 au 7 avril, le président Donald Trump a ordonné le bombardement de la base aérienne gouvernementale syrienne de l’aérodrome de Shayrat, dans la province de Homs. Le gouverneur de la région, Talal al Barazi, a confirmé que les frappes américaines avaient fait des victimes et des blessés. Ces tirs ont été décidés en réponse à l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, attribuée à Damas, qui a fait des dizaines de morts le 4 avril. Elena Souponina, conseillère du directeur de l’Institut russe des recherches stratégiques, tire les premières conclusions de l’événement pour Kommersant FM.

Syrie base américains
La base de Shayrat en Syrie visée par les frappes américaines dans la nuit du 6 au 7 avril. Crédits : DR

Kommersant : Quel sera l’impact de ces frappes sur les relations des deux pays ?

Elena Souponina : Outre des officiers syriens, des militaires iraniens se trouvaient aussi sur cette base de Shayrat, et on ne peut donc pas exclure des victimes supplémentaires. La base abritait – et abrite – la direction de l’opération anti-terroriste en Syrie, qui est gérée conjointement par les Iraniens et les Syriens. Et les Américains le savaient parfaitement. Mais il faut ici se rappeler une chose : les experts ont souligné à plusieurs reprises que les Américains avaient un « plan B », au cas où les négociations de paix échoueraient. Ce plan était déjà discuté sous l’administration Obama, même si ce dernier, Dieu merci, n’a jamais osé le mettre en œuvre.

Donald Trump, en revanche, semble prêt à tous les risques. Il a ordonné ces frappes – et tout cela est très dangereux, les conséquences peuvent être imprévisibles. C’est une aggravation très claire de la situation, et c’est le signal que les États-Unis peuvent agir de façon résolue, et même avec déraison.

Kommersant : Est-ce à dire que nous allons finir par regretter Obama ?

E.S. : Oui. Certes, Obama critiquait en permanence la politique russe et mettait des bâtons dans les roues de Moscou, notamment au Proche-Orient. Mais dans la région et au-delà, tout le monde savait parfaitement qu’il n’y avait rien de plus grave à redouter, de la part du président américain, que ses belles phrases.

Donald Trump, c’est autre chose. Il est capable de prendre des décisions et il est prêt à les mettre en œuvre ; mais il se conduit un peu comme lors des débats télévisés, sur le modèle je dis-je fais – sans particulièrement réfléchir aux conséquences de ses actes. Ces frappes font planer une menace sur toutes les négociations de paix, celles de Genève autant que celles d’Astana. On se demande si elles pourront se poursuivre. Mais quoi qu’il en soit, il s’agit d’un tournant dans la politique américaine à l’égard de la Syrie. Toutes les grandes envolées sentimentales dont nous avait repu auparavant M. Trump sont rayées d’un coup.

Kommersant : Y a-t-il quelque chose que la Russie puisse faire ? Contrôler au moins cette politique agressive, sinon l’endiguer ?

E.S. : La Russie a proposé d’essayer de comprendre ce qui s’était passé à Idleb. Quelle raison le gouvernement syrien aurait-il eu de recourir, en ce moment, à des armes chimiques – pour provoquer ces tirs de missiles ? La Russie a dit qu’il fallait mener une enquête objective. Mais elle n’a pas été entendue, on n’a pas voulu l’entendre – et cela, c’est tout Trump. Par-là même, il durcit encore sa position dans les négociations, il se conduit comme un businessman qui campe sur des positions fermes.

La Russie a toujours été claire sur les raisons et les objectifs de sa présence militaire en Syrie – mais aujourd’hui, il faut par tous les canaux possibles essayer de comprendre, auprès des Américains, ce qu’ils prévoient de faire ensuite, il faut montrer qu’il existe une ligne rouge, à ne surtout pas franchir.

Kommersant : Les diplomates américains et les militaires du Pentagone affirment qu’il ne s’agit que de frappes ponctuelles, d’une action ponctuelle. Une opération terrestre américaine en Syrie est-elle toutefois possible, qu’en pensez-vous ?

E.S. : À l’heure actuelle, elle reste très peu vraisemblable. Mais ces tirs sont en eux-mêmes révélateurs. À compter d’aujourd’hui, on ne peut plus rien exclure : ni la répétition de frappes de ce genre, ni une opération terrestre. Plus l’on avance dans la forêt, plus l’on coupe de bois. Plus Donald Trump prendra de telles décisions, plus les scénarios seront imprévisibles et incroyables. Mais tous, en tout cas, seront malheureux. Il n’y a pas, aujourd’hui en Syrie, de variantes positives de développement futur des événements. La tension va s’accroître absolument partout dans le Proche-Orient, et en Syrie particulièrement.

2 commentaires

  1. Les USA sont ni plus ni moins la pire organisation terroriste que le monde ait connu.
    85 régimes renversés!
    Des millions de morts pour la démocratie!
    etc….
    Bref il n’ont rien à envier à certains régimes!!!!!!

  2. Il est scandaleux que l’imperialisme américain attaque la Syrie allié de la Russie ! j’apporte mon soutien à Vladimir Poutine !

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