Attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg : « Seigneur, faites qu’on arrive à destination »

Lundi 3 avril, une explosion dans le métro de Saint-Pétersbourg a fait 14 morts et une cinquantaine de blessés. Touchée en plein cœur, la capitale russe du Nord se réveille meurtrie, alors que la piste de l’attentat a été confirmée et son auteur identifié. Le Courrier de Russie revient sur une journée partagée entre horreur et solidarité.

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La douleur est immense chez les Pétersbourgeois en ce moment. À la station Tekhnologuitcheski Institut, où l’attentat a eu lieu. Crédits : AP Photo/Yevgeny Kurskov/TASS

Le trajet de l’enfer

Il est aux alentours de 14h40 à Saint-Pétersbourg, lundi 3 avril, lorsque qu’une rame de métro quitte la station Sennaïa Plochtchad, en plein centre-ville, pour rejoindre celle de Tekhnologuitcheski Institut. Mais à peine la rame a-t-elle quitté la station qu’une explosion retentit dans le troisième wagon.

Natalia Kirillova, qui se trouvait dans le wagon voisin, raconte avec émotion : « Il y avait beaucoup de jeunes gens et des femmes, debout. À côté de moi étaient assis une grand-mère avec son petit-fils. Comme moi, ils ont eu de la chance : ils ont été renversés sur la gauche […] Nous étions à terre, et je pensais uniquement : Seigneur, faites qu’on arrive à destination ! On y arrivait déjà, on voyait déjà la station. »

Certains passagers des autres wagons témoignent ne pas avoir tout à fait compris ce qui se passait. Andreï Chouchrev, qui voyageait dans l’un des derniers wagons de la rame, se rappelle avoir entendu une légère détonation : « Je ne dirais pas qu’elle était flagrante, mais j’avais mes écouteurs », explique-t-il. Le jeune homme a ensuite senti une odeur de fumée, puis vu se propager une sorte de poussière. « Tout le monde s’est réfugié dans le fond du wagon, puis on est simplement sorti sur le quai, quand le métro s’est arrêté », poursuit-il. À la station Tekhnologuitcheski Institut, Andreï, toujours sans comprendre ce qui s’était passé, a effectué son changement et poursuivi son chemin. « Le métro fonctionnait encore à ce moment là », indique-t-il.

Alors que les secours ne sont pas encore arrivés, de premières images, choquantes, circulent déjà sur les réseaux sociaux : on y voit le wagon éventré, de la fumée et des gens ensanglantés, à terre. Mais aussi d’autres, qui, malgré le choc, s’efforcent de s’entraider.

Natalia, interviewée juste à sa sortie du métro, salue cette solidarité spontanée. « Certains hommes qui étaient dans le wagon ont commencé à examiner tout le monde en disant à ceux qui le pouvaient de se lever. On ne pouvait pas passer par les portes, donc nous sommes sortis par les fenêtres, dont les vitres avaient explosé, raconte-t-elle. On a d’abord donné un enfant à un des hommes qui avaient pris les choses en main, puis la grand-mère. Ensuite, je suis sortie, avec trois autres personnes. Une fois sur le quai, je me suis retournée et j’ai vu tous ces gens à terre, une foule… C’était horrible, poursuit-elle. Les gens qu’on extirpait du wagon où la bombe a explosé étaient en sang. Le visage d’une femme, au niveau du nez, n’était plus qu’une large blessure », se souvient Natalia, tout en s’excusant de parler lentement, parce qu’elle est encore sous le choc.

Une fois sur place, les secours ont pris le relais des simples citoyens qui avaient commencé à se charger des blessés et à évacuer les morts. Le bilan actuel fait état de 14 morts et d’une cinquantaine de blessés.

Héros du quotidien

Si les images de la scène et les récits des témoins font froid dans le dos, la situation aurait pu être plus catastrophique encore sans l’intervention de deux héros du quotidien : le conducteur de la rame, Alexandre Kaverine, et le contrôleur Albert Sibirski.

Alexandre Kaverine, tout d’abord, a décidé de ne pas s’arrêter quand l’explosion a retenti, mais de poursuivre normalement, jusqu’à l’arrêt suivant.

Le conducteur a ainsi permis de sauver « de nombreuses vies », a assuré à la presse, peu après le drame, le directeur du métro pétersbourgeois, Vladimir Kariouguine. « Il aurait été beaucoup plus compliqué d’évacuer les gens si le wagon avait stationné dans le tunnel », a-t-il commenté, expliquant que la situation du train à quai avait considérablement facilité le travail des secours.

Au lendemain du drame, le conducteur, pour sa part, a déclaré qu’il s’était contenté de suivre les instructions. « Ce n’est pas le premier attentat dans le métro en Russie, et des gens intelligents ont eu le temps de réfléchir à des règles de conduite sensées dans de tels cas. Je n’ai fait que les respecter », a-t-il indiqué, modestement, à la presse.

Vladimir Kariouguine a salué la conduite d’un autre agent du métro : Albert Sibirski. C’est cet employé du service de contrôle qui, une dizaine de minutes avant l’explosion entre Sennaïa Plochtchad et Tekhnologuitcheski Institut, a découvert un second engin explosif artisanal, déposé dans la station Plochtchad Vosstania.

Alors qu’il effectuait sa ronde, Albert Sibirski a trouvé un sac abandonné, contenant un extincteur rempli de charges explosives. « Et cet agent a sécurisé à temps l’endroit et appelé les experts en déminage – empêchant ainsi un autre acte terroriste », a insisté le directeur du métro.

Les deux hommes seront récompensés par l’État russe.

L’entraide des Pétersbourgeois

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Les Pétersbourgeois pleurent les victimes de l’attentat. Crédits : AP Photo/Yevgeny Kurskov

Après l’explosion, le métro a été entièrement fermé. En milieu d’après-midi, tous les transports en commun terrestres ont été rendus intégralement gratuits, et les services de taxis privés, comme Yandex, Uber ou GetTaxi, ont commencé à proposer leurs courses gratuitement.

De simples automobilistes, eux aussi, ont proposé aux personnes coincées dans le centre de les ramener chez elles. Le hashtag #domoï [« #àlamaison, ndlr] est apparu sur les réseaux sociaux et, via un service de géolocalisation, les Pétersbourgeois ont publié l’itinéraire qu’ils s’apprêtaient à emprunter, précisant jusqu’où ils étaient prêts à aller. Parmi eux, Irina Charouebva, 45 ans, professeur d’anglais. « Dès que j’ai appris la nouvelle, je me suis activée, je ne pouvais pas rester chez moi sans rien faire », a-t-elle confié au Courrier de Russie. Elle a alors immédiatement publié, sur VKontkate, un message accompagné du hashtag #domoï. Contactée par une jeune étudiante, Anastasia, 20 ans, Irina, qui habite le centre-ville, l’a ramenée chez elle, avec deux de ses amis, dans le nord de Saint-Pétersbourg. « Sur la route, nous avons chargé encore une vieille dame, qui attendait à un arrêt de bus. Elle avait l’air complètement perdue, elle ne comprenait pas ce qui se passait », a raconté l’enseignante.

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Exemples de messages postés sur le moteur de recherche russe Yandex suite à l’attentat à Saint-Pétersbourg.

Au total, elle a fait le chauffeur pour près de dix personnes dans la journée. « J’aurais voulu transporter encore plus de gens, mais il faut dire que le trafic était ralenti, à cause des embouteillages », a conclu Irina, qui n’est rentrée chez elle qu’à 23h30.

Plusieurs restaurants et cafés de la ville ont offert aux habitants du thé, comme l’enseigne de restauration rapide Tchaïnaïa Lojka [« La cuillère à thé », ndlr].

Enfin, certains Pétersbourgeois ont invité chez eux des inconnus, leur offrant un toit, mais surtout une oreille, un soutien. C’est notamment le cas d’Ilya, un internaute qui a proposé avec humour à ses concitoyens, via VKontakte, de venir chez lui «  boire le thé et caresser ses chats ».

Le deuil

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Le wagon du métro de Saint-Pétersbourg après l’attentat. Crédits : VK

En fin d’après-midi, tous les blessés avaient été évacués vers les hôpitaux, et les citadins ont commencé à venir rendre hommage aux victimes, en déposant des fleurs et des bougies à l’entrée des stations touchées.

« Je suis Pétersbourgeois, c’est ma ville !, a déclaré au portail d’informations Meduza Vadim, l’un des premiers arrivés à la station Sennaïa Plochtchad. Je me sens solidaire avec ces gens. Je suis venu à pied depuis l’île Vassilevski, je suis jeune… je ne pouvais pas ne pas venir. Pardon », a-t-il ajouté, au bord des larmes.

En fin de soirée, Vladimir Poutine, en déplacement à Saint-Pétersbourg ce jour-là, est aussi allé déposer des fleurs devant la station Tekhnologuitcheski Institut, sans dire un mot.

Les Moscovites, quant à eux, ont déposé des fleurs au pied du Kremlin, devant le monument à la mémoire de Leningrad-ville martyre de la Seconde Guerre mondiale. Trois jours de deuil ont été décrétés dans la capitale du Nord.

L’État russe versera 1 million de roubles (16 500 euros environ) à chacune des familles des victimes de l’attentat du 3 avril à Saint-Pétersbourg. Les personnes ayant reçu des blessures graves se verront attribuer 400 000 roubles (6 600 euros). Celles souffrant de blessures légères recevront 200 000 roubles (3 300 euros) de dédommagement.

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