François de Saint-Chéron : « Les relations de Malraux avec la Russie ont été nombreuses et complexes »

Le 14 février, François de Saint-Chéron, maître de conférences à la Sorbonne et commissaire de l’exposition Les voix du Musée imaginaire d’André Malraux, présentée au musée Pouchkine depuis le 1er décembre et jusqu’au 12 février, donnera, dans le cadre des Mardis, une conférence sur le thème « Malraux et la Russie ». Rencontre.

Malraux Pouchkine Moscou
Exposition Malraux au musée Pouchkine à Moscou. Crédits : LCDR

Le Courrier de Russie : Pourquoi le musée Pouchkine a-t-il souhaité mettre André Malraux à l’honneur ?

François de Saint-Chéron : Cet événement est lié ​à une autre exposition, présentée par le musée Pouchkine en 2012​ autour de l’idée d’un « musée imaginaire » mondial​, mais​ plus encore à ​la volonté personnelle d’Irina Antonova [directrice d’honneur et curatrice de l’exposition], qui avait rencontré Malraux lors de son séjour à Moscou en 1968 et qui admire son œuvre.

LCDR : Qu’est-ce que le « musée imaginaire » décrit par André Malraux ?

F.S.C. : Le Musée imaginaire est d’abord le titre d’un essai de Malraux, paru en 1947 – il s’agit moins d’une collection d’œuvres favorites que d’une prise de conscience de l’art du monde entier depuis la préhistoire. Ce musée ne tient ni dans une pièce, ni dans un musée : par définition, il est imaginaire. Malraux parlait de « lieu mental ». Regroupant les grandes œuvres conservées dans les musées de par le monde mais aussi les peintures des grottes, les sculptures de l’Inde, les fresques romanes, les bas-reliefs et les vitraux des cathédrales… Certaines œuvres sont plus présentes à certaines époques, telles l’art africain depuis le début du XXe siècle, ou – selon Malraux – Goya pendant la guerre d’Espagne. Ainsi, je préfère parler du musée imaginaire suggéré, plutôt que décrit, par Malraux.

LCDR : L’exposition du musée Pouchkine rend-elle cette idée ?

F.S.C. : Oui, cette exposition transmet admirablement l’esprit du musée imaginaire, c’est-à-dire le rapprochement – ou la confrontation – d’œuvres éloignées dans le temps et/ou dans l’espace. Vous voyez, par exemple, une tête romano-gothique du musée de Cluny à côté d’une reine khmère du musée Guimet : les deux sculptures sont à peu près contemporaines, mais appartiennent à des civilisations totalement différentes. Vous avez, encore, l’Ecce homo de Morales entre deux Christ de Rouault, ou Les Trois Croix de Rembrandt près des Désastres de la guerre de Goya et d’une Femme qui crie de Picasso. Les œuvres exposées ne sont pas forcément celles que Malraux évoquait dans son essai, mais l’esprit de l’ouvrage est très fidèlement rendu.

LCDR : Quelle relation entretenait André Malraux avec la Russie ?

F.S.C. : Les relations de Malraux avec la Russie ont été nombreuses, complexes et ont duré une quarantaine d’années. Elles touchent à la fois la politique, la littérature et l’art. Ce sera le thème de ma conférence.

François de Saint-Chéron François de Saint-Chéron est maître de conférences à la Sorbonne. Il a publié L’Esthétique de Malraux (Sedes, 1996), Sainte Thérèse d’Avila (Pygmalion, 1999), Malraux et les poètes (Hermann, 2016) et a collaboré aux Œuvres complètes de Malraux dans la Bibliothèque de la Pléiade et assuré les éditions du Carnet d’URSS 1934 (Gallimard, 2007) et des Lettres choisies (édition revue et augmentée, Gallimard, « Folio », 2016).

La conférence de François de Saint-Chéron s’inscrit dans le cadre des Mardis. Un mardi par mois, Le Courrier de Russie organise une conférence avec des spécialistes abordant des thèmes aussi variés que les crises politiques, l’histoire, l’art ou la littérature.

Le programme complet des Mardis est à retrouver ici.

La conférence, qui se tiendra en langue française dans les locaux du journal, sera suivie d’une séance de questions-réponses et d’un verre.

Pour toute information complémentaire, contactez-nous à l’adresse conferences.lcdr@gmail.com.

Un événement organisé en partenariat avec l’agence de voyages Tsar Voyages.

Lieu : Le Courrier de Russie – Moscou, rue Milioutinski 10/1 (métro Loubianka ou Tchistye Proudy).

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