Petr Pavlenski, accusé de viol en Russie, demande l’asile politique en France

Petr Pavlenski, activiste russe célèbre pour s’être cloué les testicules sur le pavé de la place Rouge et avoir incendié la porte du siège du FSB à Moscou, est accusé de tentative de viol par une comédienne du théâtre moscovite indépendant Teatr.doc. L’homme a quitté la Russie pour la France, avec sa conjointe et leurs deux enfants, et se prépare à y demander l’asile politique, a-t-il indiqué, lundi 16 janvier. Décryptage.

Petr Pavlenski
Petr Pavlenski. Crédits : Alice Anna Bota/FB

« Je confirme que nous nous trouvons actuellement en France suite à la dénonciation mensongère de cette comédienne », a déclaré à Kommersant la compagne de l’activiste, Oksana Shalygina.

L’actrice en question est Anastassia Slonina, membre de la troupe du Teatr.doc, qui accuse Petr Pavlenski ainsi que sa compagne d’actes de violence et de tentative de viol.

Pavlenski, joint par Kommersant, a expliqué avoir rencontré Anastassia Slonina en septembre 2016. « Elle était comédienne dans un théâtre d’opposition : elle ne paraissait donc pas du tout suspecte. Elle cherchait du soutien et avec qui parler. Nous [lui et sa femme, ndlr] sommes pour notre part ouverts aux gens, et nous lui avons donné la possibilité de se rapprocher de nous », a déclaré l’artiviste. Selon lui, leur position en faveur d’une « relation libre » et contre « l’institution du mariage, de la famille et de la fidélité entre époux » a été utilisée contre eux, la faisant passer pour de la « violence criminelle contre une personne ».

« Cette comédienne s’est avérée être une moucharde, et la soirée qu’elle a passée chez nous a dégénéré en plainte pour violence à caractère sexuel commise en groupe – c’est-à-dire par moi et Oksana, mon amie la plus proche », a poursuivi Petr Pavlenski, qui affirme qu’ « il n’y a eu aucune violence ».

Interrogé par la radio française RFI, Petr Pavlenski a précisé que le 14 décembre, lui et Oksana ont été arrêtés à l’aéroport moscovite de Cheremetievo, alors qu’ils revenaient de Varsovie, et interrogés concernant cette accusation de viol. Ils ont ensuite été relâchés, poursuit-il, l’inspecteur leur demandant toutefois de ne pas quitter la ville. Mais Petr et Oksana ont préféré fuir : « Le lendemain, nous n’étions déjà plus à Moscou : nous avons rejoint l’Ukraine via la Biélorussie puis, de là, nous sommes partis pour Paris », a expliqué l’activiste.

« Nous pensons qu’il n’y avait que deux façons de nous faire disparaître du paysage politique russe : en nous envoyant soit dans un camp du régime, soit hors des frontières qu’il contrôle », a poursuivi Petr Pavlenski sur les ondes de la radio française, expliquant avoir préféré la seconde option. « Désormais, nous essaierons de vivre en faisant plus attention, et l’avenir montrera qui aura le dernier mot », a-t-il ajouté.

L’activiste assure être victime de calomnie. À RFI, il a aussi précisé avoir choisi la France parce qu’elle est « l’alma mater de la révolution russe ». « Les piliers de la culture européenne viennent de France. Auguste Blanqui, Louise Michel », a-t-il souligné.

L’avocate de Petr Pavlenski, Olga Dinze, a déclaré qu’une enquête était actuellement en cours, dont les résultats permettront de décider si une affaire pénale doit ou non être ouverte. La défense n’a pas encore accès aux éléments du dossier.

« Pavlenski et ses copains »

Oksana Shalygina Petr Pavlenski
Oksana Shalygina et Petr Pavlenski à Teatr.doc. Crédits : FB

Chez Teatr.doc, on affirme que la comédienne Anastassia Slonina a effectivement été victime de violences de la part de Petr Pavlenski et de sa compagne.

Selon Vsevolod Lissovski, scénariste, producteur, metteur en scène et membre de l’équipe du Teatr.doc, l’activiste, sa concubine et un groupe d’amis à eux ont aussi frappé, plus tôt, l’ex-petit ami d’Anastassia, le comédien Vassili Berezine.

« Vassili sortait avec Anastassia et à un moment, il a eu l’impression que Pavlenski et sa compagne s’intéressaient à elle. Il a commencé de s’expliquer avec Petr sur Internet, puis ils se sont donné rendez-vous au théâtre. Pavlenski et Oksana sont venus ensemble, avec quatre amis, et ont frappé Vassili. Nous avons l’enregistrement de la caméra de surveillance. On voit comment ils poussent Vassili à terre, puis le frappent à coups de pied », a déclaré Vsevolod Lissovski à Kommersant et Novaïa gazeta.

Puis, ça a été le tour d’Anastassia : « Quelques semaines plus tard après l’attaque sur Vassili, Petr et Oksana ont téléphoné à Anastassia pour l’inviter chez eux, poursuit Vsevolod Lissovski. Elle y est allée. Petr et Oksana ont tenté de la violer et lui ont donné des coups de couteau sur les bras. Elle est sortie de là presque nue, avec des marques de coupures sur les doigts », poursuit le metteur en scène, qui précise que les faits remontent au mois de décembre et que les deux comédiens ont porté plainte.

Elena Gremina, la directrice artistique de Teatr.doc, a publié sur Facebook la vidéo (ci-dessous) de la caméra de surveillance en question : on y voit plusieurs personnes qui s’approchent d’un homme en bonnet et se mettent à le frapper. Mme Gremina affirme que les agresseurs sont bien Petr Pavlenski « et sa bande », et qu’ils « frappent cet homme à terre, à la respiration coupée, qui n’est autre que l’ex-petit copain de Nastia [Anastassia Slonina, ndlr] ».

Petr Pavlenski est célèbre pour ses performances retentissantes, entre art contemporain et protestation politique. En 2012, pour exprimer son soutien aux membres du collectif Pussy Riot, qui avaient dansé dans l’église moscovite du Christ-Sauveur, il s’est cousu la bouche et a fait un piquet d’une heure et demie devant la cathédrale de Kazan, à Saint-Pétersbourg. Dernièrement, il a inondé d’essence la porte du Service fédéral de sécurité, à Moscou, puis y a mis le feu.

Teatr.doc est un des rares théâtres indépendants de Moscou, connu pour ses pièces critiques sur des thèmes qui parcourent la société russe. « La vérité est la vérité, et les faits sont les faits. Les choses sont comme elles sont. Et tout cela n’a pas le moindre rapport ni avec la politique, ni avec l’art, ni avec le théâtre » a commenté la directrice artistique du lieu, Elena Gremina.

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