Maxime Orechkine, un « libéral à visage humain » ministre de l’économie

Maxime Orechkine, à 34 ans seulement, est désormais le plus jeune ministre du gouvernement russe. Il remplace à la tête du ministère du développement économique Alexeï Oulioukaïev, arrêté mi-novembre pour extorsion de pot-de-vin, actuellement assigné à résidence. Portrait éco.

Maxime Orechkine
Vladimir Poutine et Maxime Orechkine, le 30 novembre 2016. Crédits : kremlin.ru

Avant d’être désigné à ce poste le 30 novembre, Maxime Orechkine a travaillé 20 mois durant comme adjoint du ministre des finances, Anton Silouanov. Selon ce dernier, « Orechkine est un excellent spécialiste des questions macroéconomiques, probablement le meilleur sur le marché ».

Maxime Orechkine était entré au ministère des finances en 2013, d’abord comme directeur du département de planification stratégique, pour, un an et demi plus tard, être promu au poste d’adjoint du ministre. Avant cela, ce jeune diplômé de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou (promotion 2004) avait travaillé à la Banque centrale, à la direction de Rosbank (de 2006 à 2010), au Crédit Agricole CIB (2010-2012) et à VTB Capital, en qualité d’économiste principal de la zone Russie (entre 2012 et 2013).

Pas de cadeau

Le nouveau ministre partage la vision de développement de l’économie russe de son ancien patron, Anton Silouanov. Tout comme ce dernier, il s’est prononcé à plusieurs reprises contre l’endettement de l’économie et l’accroissement du déficit budgétaire : « Nous ne devons pas nous laisser tenter par des recettes faciles et créer une croissance économique artificielle, en augmentant notre déficit budgétaire ou en accordant des crédits bon marché aux entreprises, déclarait-il récemment au quotidien Kommersant. Au contraire, il faut regarder la réalité en face et ne pas nous laisser entraîner dans une spirale de l’inflation. ». En 2015, l’inflation a atteint 12,9 % en Russie. Pour 2016, à en croire les prévisions citées par Vladimir Poutine le 1er décembre, elle ne devrait pas dépasser les 6 %. L’objectif du gouvernement russe est de réduire ce taux jusqu’à 4 %.

« Maxime Orechkine comprend que le budget doit être équilibré et que nous devons réduire notre appétit des dépenses, confirme Anatoli Aksakov, directeur du comité de la Douma pour les marchés financiers. Certes, cette approche n’apportera pas une croissance immédiate mais elle garantira une baisse de l’inflation. » À l’heure actuelle, l’économie russe ne croît plus. Sur les neuf premiers moins de 2016, elle a même chuté de 0,7 %.

« Un partisan de l’économie de marché »

Juste après sa désignation, le nouveau responsable a annoncé que l’objectif premier de son ministère serait de « supprimer les obstacles structurels » qui freinent la croissance.

Dans son adresse annuelle à la Douma et au Sénat du 1er décembre dernier, Vladimir Poutine a également souligné la nécessité d’élaborer des mesures concrètes visant à garantir la croissance. « La Russie ne peut pas se permettre de voir son économie stagner au niveau zéro », a-t-il annoncé, ajoutant que si l’économie nationale peinait aujourd’hui à prendre son envol, c’était avant tout dû à des « problèmes intérieurs », et notamment à « un déficit des ressources d’investissements, des technologies modernes et des cadres hautement qualifiés mais aussi au développement insuffisant de la concurrence et aux failles du climat d’investissement ».

Pour améliorer la situation et booster les investissements dans l’économie russe (au niveau de 17 % aujourd’hui), Maxime Orechkine, si l’on en croit ses récentes interviews, compte réduire les dépenses publiques, qui dépassent actuellement 40 % du PIB, mais aussi faire baisser les tarifs pratiqués par les corporations publiques ayant le monopole des ressources naturelles.

« Nous n’avons plus de rente pétrolière, et l’objectif, aujourd’hui, est donc de consommer moins, de faire plus d’économies et d’investissements pour assurer notre bien-être futur, avait encore déclaré le nouveau ministre à Kommersant. Il faut commencer par réduire les dépenses les moins efficaces, notamment en réduisant le nombre de fonctionnaires. Les corporations publiques doivent accroître l’efficacité de leurs investissements et cesser d’augmenter les tarifs qu’ils pratiquent pour l’industrie et les particuliers, mais aussi les salaires de leurs employés », a-t-il martelé.

Pour le politologue Evgueni Mintchenko, Maxime Orechkine serait un des ces « jeunes professionnels » par qui Vladimir Poutine remplace peu à peu sa « vieille garde ». Le directeur de l’Institut d’économie auprès de l’Académie des Sciences, Rouslan Grinberg, affirme pour sa part que Maxime Orechkine est « un libéral et un partisan de l’économie de marché, sans pour autant être un fanatique ». « Orechkine a un visage humain », conclut l’expert.

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