Infirmières russes tuées à Alep : entre indignation et silence

Lundi 5 décembre, deux infirmières russes travaillant dans un hôpital militaire mobile d’Alep ont été tuées dans des attaques successives perpétrées, selon la Russie, par les rebelles syriens. Indignation à Moscou, silence de la coalition internationale.

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Site de l’hôpital mobile militaire à Alep après les bombardements. Crédits : capture

Les faits

Il est 12h21 (heure de Moscou) à Alep-Ouest. Dans le quartier Al-Forqane, contrôlé par le gouvernement syrien, le personnel du centre médical mobile pour civils organisé par le ministère russe de la défense accueille ses premiers patients venant de la partie Est de la ville. Soudain, une explosion retentit et un épais nuage de fumée se dégage de l’hôpital, qui vient d’être touché par un tir de mortier. Quelques minutes plus tard, vers 12h30, une seconde offensive est lancée. Le bilan est lourd. Parmi les victimes : des civils syriens et des membres du corps médical russe, dont deux infirmières. Les médecins russes blessés sont transportés à l’hôpital universitaire d’Alep, où ils se trouvent toujours, dans un état critique.

Les deux femmes, Nadejda Durachenko et Galina Mikhaïlova, étaient originaires de la ville de Birobidjan, centre administratif de l’oblast autonome juif, en Extrême-Orient russe, où elles travaillaient à l’hôpital militaire. Selon le directeur de ce dernier, Vitali Krasovski, elles étaient au centre médical russe d’Alep depuis le 30 novembre. Âgées de la quarantaine, elles étaient toutes deux mères de famille.

« Une attaque planifiée »

Le ministère russe de la défense a vivement réagi à l’événement, accusant sur-le-champ les rebelles syriens et la coalition internationale d’être à l’origine des tirs. « Le sang de nos soldats est sur les mains des commanditaires de cet homicide, sur les mains de ceux qui ont créé, nourri et armé ces bêtes à forme humaine et les ont nommées, pour se donner bonne conscience, opposition » a déclaré le porte-parole de la Défense russe, Igor Konachenkov, soulignant que ces « protecteurs des terroristes » venaient des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France et des autres pays « sympathisants ».

Au cours d’une conférence de presse tenue dès le lendemain, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est à son tour exprimé sur le sujet, soulignant que cette « attaque (…) était une action prévue et planifiée par ceux qui tentent de maintenir leurs positions à Alep, couverts par leurs protecteurs étrangers ».

« L’indifférence »

Les États-Unis ont immédiatement nié toute responsabilité dans ces bombardements, condamnant, de manière générale « toute attaque contre des cibles civiles ».

La Croix-Rouge, pour sa part, est restée très neutre, accusant « toutes les parties du conflit » syrien de ne pas respecter « la responsabilité de protéger le personnel médical, les patients et les hôpitaux ».

Les Nations Unies n’ont réagi que le 6 décembre au soir, soit plus de 24 heures après l’attaque, en rappelant que « les infrastructures médicales se trouvaient sous la protection du droit humanitaire international » et que « les attaques préméditées [sur ce type de cibles] sont considérées comme des crimes de guerre ».

La retenue de ces réactions a irrité Moscou, qui, par le biais d’un communiqué du ministère russe de la défense, a déploré l’« indifférence » de la communauté internationale face au « meurtre » des deux infirmières russes. « Il faut abandonner cette approche politisée et se joindre enfin aux efforts antiterroristes (de la Russie) en Syrie », poursuit le communiqué, cité par Russia Today.

L’hôpital militaire mobile russe d’Alep a été déployé afin d’améliorer la situation humanitaire dans la ville. Pouvant accueillir jusqu’à 500 patients par jour, il est équipe d’un service de chirurgie ainsi que d’une salle de radiographie.

Pendant ce temps, à Alep :

Lundi 5 décembre, parallèlement à l’attaque sur l’hôpital russe, un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur l’instauration d’un cessez-le-feu de sept jours à Alep a été bloqué par les vetos de la Chine et de la Russie.
Mardi 6 décembre, le gouvernement syrien a fait savoir qu’il n’y aurait aucun cessez-le-feu à Alep-Est tant que les groupes rebelles n’auraient pas été évacués du secteur.
Mercredi 7 décembre, l’armée russe a perdu un officier, le colonel Rouslan Galitski, dans un tir d’artillerie à Alep. Il s’agit du 22e militaire russe officiellement mort depuis le début de l’opération syrienne.
Mercredi 7 décembre, le gouvernement syrien a annoncé avoir repris le contrôle de tous les quartiers de la vieille ville d’Alep. Des propos confirmés par le Kremlin.

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